ATP / Delray Beach : présentation du tournoi et analyse du 1er tour

Après Dallas, les États-Unis accueillent leur deuxième tournoi (ATP 250) de l’année. De l’indoor, on passe en extérieur, dans des conditions bien différentes. Les courts en dur de Delray Beach ne sont pas très rapides, notamment en raison de l’humidité ambiante, puisque la ville du comté de Palm Beach se situe au bord de l’Atlantique. De même, le vent peut être très soutenu, et ainsi ralentir la vitesse de la balle et favoriser les rebonds hauts. Les joueurs présents au Texas vont aussi devoir s’adapter à de nouvelles balles. Vous l’avez compris, être grand et puissant – au service et dans l’échange -, afin de faire avancer la balle, est un atout de poids pour bien figurer en Floride. On note d’ailleurs parmi les récents vainqueurs les noms de Kevin Anderson, Marin Cilic, Ivo Karlovic, Sam Querrey, Jack Sock, Frances Tiafoe, Reilly Opelka et Hubert Hurkacz, tenant du titre mais absent lors de cette 32ème édition du tournoi. Attention, il n’est pas interdit aux joueurs capables de contrer et qui savent prolonger les échanges, profitant de la vitesse moyenne des courts, de s’illustrer à Delray Beach. Ainsi, Radu Albot s’est imposé en 2019 et Yoshihito Nishioka s’est hissé jusqu’en finale en 2020. 

Comme d’habitude, peu de joueurs du top 20 viennent s'aventurer dans cette épreuve floridienne, préférant faire une pause avant les ATP 500 de Dubaï et Acapulco, et laissant ainsi certains athlètes un peu moins bien classés s'offrir des occasions assez rares de remporter un titre sur le circuit principal. Cette saison, deux ont fait le déplacement : Cameron Norrie (N°12) et Reilly Opelka (N°19). Le géant américain est l’un des 14 joueurs US présents dans le tableau, soit pile la moitié du plateau ! De quoi espérer pour le public de voir l’un des leurs soulever le trophée, même si contrairement aux autres tournois américains de cette catégorie, peu de yankees figurent au palmarès (8 titres en 31 éditions). Mais comme la tendance est à la hausse – 4 vainqueurs lors des 6 dernières années -, on pourrait bien voir un local s’imposer en fin de semaine.

Il est fort possible également d’assister à des surprises, et ce même en fin de tournoi. En effet, même s’il existe un pourcentage assez faible de défaites des favoris comparativement aux autres épreuves de cette catégorie, peu fournies en TOP 20 (30% de victoires seulement pour les outsiders lors des 11 dernières éditions), les têtes de série ont souvent du mal à aller au bout. Depuis 2012, seulement 9 des 22 derniers finalistes portaient ce costume et aucune tête de série N°1 ne s’est imposée. En outre, trois joueurs issus des qualifications sont allés jusqu’en finale pendant cette période – Marinko Matosevic finaliste en 2012, Ernests Gulbis vainqueur en 2013, Daniel Evans finaliste en 2019. L’année dernière, l’Américain Christian Harrison, lui aussi qualifié, s’était glissé jusqu’en demie.  

La confirmation Kokkinakis ?

C’est l’une des très belles surprises de ce début d’année. Le retour en grâce de Thanasi Kokkinakis, après tant de blessures (surtout l’épaule) et d’épreuves (mononucléose). « J’ai failli arrêter le tennis », a t-il raconté plusieurs fois. Heureusement non, et il a bien fait. En janvier, il a remporté à 25 ans son premier trophée en carrière, juste après avoir déjà atteint une demi-finale dans la même ville, Adélaïde, dont il est originaire. Le voici de retour dans le TOP 100. Dans la foulée, il a créé la surprise en glanant l’Open d’Australie en double avec son compère Nick Kyrgios. Ce qu’il a montré est très encourageant pour la suite et on attend de voir s’il va confirmer dès le tournoi de Delray Beach. Le problème, c’est que le joueur australien va devoir être au top niveau d’entrée, puisqu’il va être opposé à un gros morceau en la personne de Sebastian Korda. S’il a perdu dès le troisième tour à Melbourne, on ne peut pas parler de contre-performance, étant donnée la valeur de son adversaire, Pablo Carreno Busta. Surtout, l’Américain s’est hissé en finale de l’épreuve floridienne en 2021, après un parcours remarquable (Cameron Norrie, Tommy Paul, John Isner). Il ne serait pas étonnant de retrouver le vainqueur de ce duel en finale.

 

En huitièmes de finale, le « K » gagnant partira favori contre Peter Gojowczyk ou Andreas Seppi. L’Allemand mène 2/1 dans leurs confrontations sur le circuit principal, mais est en panne de résultats (10 défaites consécutives, 6 en fin d’année dernière, 4 depuis le début de saison). En face, malgré ses presque 38 ans (le 21 février), l’Italien a le jeu pour rendre fou son adversaire. Pour le clin d’œil, il a empoché sa dernière victoire contre un germanique, Daniel Altmaier, avant d’enlever une manche à Jenson Broosky à Dallas. Attention, les conditions venteuses ont leur importance à Delray Beach. Or « Gojo » semble s’y adapter parfaitement. En 2018, il avait atteint la finale du tournoi floridien.

 

Tout en haut du tableau, on attend de voir Cameron Norrie retrouver des couleurs, celles qui lui ont permis de glaner deux titres en 2021, dont le Masters 1000 d’Indian Wells, et de disputer quatre finales supplémentaires. Le Britannique a manqué son début de saison (4 revers pour démarrer), mais on a vu du mieux à Rotterdam (deux victoires face à Ugo Humbert et Karen Khachanov). L’année dernière, il s’était bien débrouillé en Floride (demie), ce qui avait lancé sa saison. Exempté de premier tour, le 13ème mondial devra néanmoins se méfier d’un éventuel duel face à Yoshihito Nishioka. Le Japonais reste sur une série de 10 victoires en 12 matchs, avec un titre à Colombus et une finale à Cleveland, en Challenger. Mais il a semblé très fatigué contre Mannarino à Dallas. Si le rebond haut de Delray Beach favorise les puissants serveurs, la surface assez lente a souvent profité aux contreurs, tacticiens et mobylettes du circuit. Par exemple, Radu Albot s’est imposé en 2019 et… Nishioka est allé jusqu’en finale l’année suivante. Moins bien classé, le gaucher pourrait donc néanmoins se défaire d’Oscar Otte au premier tour. À moins qu’une statistique ne vienne doucher ce sentiment : le joueur allemand vient de gagner 10 de ses 11 derniers matchs face aux gauchers !           

 

Brooksby, roi des yankees ?

Le deuxième quart fait la part belle aux américains. Sur les 14 joueurs US en lice, on en trouve cinq dans cette zone du tableau. S’il n’est pas la tête de série la plus élevée, il ne serait pas si étonnant de voir Jenson Brooksby se frayer un chemin jusqu’au Big 8, voire plus loin. Auteur d’une progression fulgurante depuis un an – de la 315ème place au TOP 50 -, alors qu’il n’a joué que 10 tournois dans l’élite, dont 4 Majeurs, le Californien de 21 ans a tout pour réussir : un revers fusant, une bonne main, de sacrées jambes et l’intelligence de jeu. Avec un service plus puissant, il pourrait aller très haut – lui n’a pas froid aux yeux et vise la place de N°1 mondial ! À Dallas, pour ses débuts cette saison sur le circuit principal, après avoir été privé de l’Open d’Australie en raison du Covid, il a frappé fort en atteignant la finale, seulement dominé par Reilly Opelka et ce, sans perdre son service. Attention juste au contrecoup physique, pas facile d’enchaîner, surtout que sa semaine au Texas a été assez éprouvante (2 heures de jeu contre Andreas Seppi, trois heures face à Marcos Giron). En Floride, il débutera face à un autre Américain, le qualifié Stefan Kozlov, 151ème mondial et largement à sa portée.

 

S’il s’impose, Brooksby jouera peut-être un autre américain, Steve Johnson, à condition que ce dernier se débarrasse de Kevin Anderson, Sud-Africain mais formé dans une université US (Illinois). Ça joue presque en famille donc, une réunion récurrente entre les deux hommes qui vont s’affronter pour la 9ème fois sur le Tour (4-4). Il est intéressant de constater que le Californien est positionné en outsider, alors qu’il a disputé 4 de ses 6 finales aux États-Unis et qu’il a battu des grands serveurs tels John Isner, Marin Cilic et Alexei Popyrin lors des deux dernières saisons. Peut-être que les bookmakers ont vu chez Anderson, pourtant mal en point depuis début 2020 (24 succès, 26 revers), une amélioration à Dallas, lui qui a été dominé sur le fil par Isner (7-6, 6-7, 7-6).

 

Forfait pour le tournoi texan, Tommy Paul arrive en Floride avec l’étiquette de joueur à battre. Tête de série N°4, il a franchi un palier en fin d’année 2021, avec son premier trophée dans l’élite à Stockholm. Un parcours solide qui l’a vu battre Taylor Fritz, Andy Murray, Frances Tiafoe et Denis Shapovalov. S’il n’est pas un grand serveur, ses frappes enroulées en coup droit devraient s’adapter parfaitement à la surface de Delray Beach qui offre un rebond haut et giclant. Attention néanmoins, le natif du New Jersey a perdu dès le deuxième tour lors des deux dernières éditions, contre deux compatriotes. Il pourrait justement jouer un autre joueur US, Sam Querrey, dès son entrée en lice, si ce dernier se débarrasse de Denis Istomin. Issu des qualifications, l’Ouzbek a signé deux bonnes victoires, contre Jurij Rodionov et Emilio Gomez. Ancien N°33 à l’ATP, il n’avait plus gagné deux matchs de rang sur dur extérieur depuis deux ans. De son côté, l'Américain (1m98), vainqueur du tournoi en 2016, est redescendu au 118ème rang et vient d’enchaîner 9 revers consécutifs. Querrey ne respirera pas la sérénité sur le court en ce moment.

 

L’heure de Cressy ?

Après avoir marqué les esprits Down Under (finale lors du tournoi ATP 250 à Melbourne, quarts à Sydney et huitièmes de finale lors du Majeur australien), il est temps pour Maxime Cressy de confirmer. Pourquoi pas à la maison, en rejoignant une nouvelle finale ou en glanant son premier trophée ? Aujourd’hui classé parmi les 60 meilleurs joueurs du monde, le franco-américain a tout pour réussir sur le dur extérieur de Delray Beach : un énorme service et une superbe volée, soit un style de jeu idéal pour jouer dans le vent – sans attendre le rebond. Reste à digérer sa défaite face au modeste autrichien Jurij Rodionov, N°153 à l’ATP, au premier tour de Dallas. En Floride, il sera opposé à John Millman. L’Australien n’est pas au mieux de sa forme, et ce depuis quelque temps (une seule victoire lors de ses 8 dernières sorties). Même s’il contre et se déplace très bien, il lui manque un coup fort pour faire avancer la balle dans l’environnement floridien. La preuve, il a gagné à Nur-Sultan en indoor et a atteint la finale à Tokyo, sur un dur extérieur moins rebondissant.

 

Le vainqueur jouera forcément un Américain. Soit Marcos Giron, soit Tennys Sandgren. Si les cotes sont logiquement en faveur du premier nommé, il faut être vigilant. Bien sûr, le Californien est actuellement au-dessus. Il a dominé le même adversaire d’entrée à Dallas, avant de se hisser jusqu’en demie, une rencontre au cours de laquelle il a eu 4 balles de match contre Jenson Brooksby pour rejoindre sa première finale. Il est donc en grande forme, mais a beaucoup donné. Il pourrait connaître un coup de mou, alors que Sandgren reste sur 5 défaites en 6 matchs et est apparu agacé dès le début de son match contre Giron à Dallas.

 

Un peu plus bas dans ce troisième quart de tableau, on trouve un autre australien, Jordan Thompson. Il n’a franchement pas le jeu idéal pour performer dans des conditions venteuses, lui qui préfère les balles rasantes et les rebonds bas. Ce n’est pas un hasard s’il a obtenu ses meilleurs résultats sur gazon (une finale à ‘s-Hertogenbosch et près de 50% de victoires en carrière, mieux que sur toutes les autres surfaces). Il reste quand même sur un bon quart à Dallas et affrontera le qualifié Mitchell Krueger pour commencer. L’Américain n’a pas gagné un match sur le circuit principal depuis un an et demi (US Open 2020). Exempté de premier tour, Grigor Dimitrov, s’il était toujours au niveau de son talent incroyable, serait assuré d’aller en demie ou en finale. Mais on le sait, le Bulgare est branché sur courant alternatif. S’il a fait une demie à Melbourne (ATP 250), il a perdu de manière surprenante contre Benoit Paire à l’Open d’Australie, à l’issue d’un match très médiocre. Sur dur extérieur, il a remporté 3 trophées (Acapulco 2014, Brisbane et Cincinnati 2017). Mais son dernier trophée remonte à près de cinq ans. Et si le vent se lève à Delray Beach, il ne sera pas avantagé avec son revers à une main qui demande de nombreux ajustements dans le placement.

 

Opelka, capable d’enchaîner ?

C’est une vraie interrogation. Reilly Opelka, qui mesure 2m11, a souvent du mal à enchaîner les performances semaines après semaines. La faute à son physique et peut-être parfois à un manque de motivation. Dans sa carrière, à chaque fois qu’il réalise un gros parcours, il s’effondre lors du tournoi suivant. Ce fut le cas en 2021 après sa demie au Masters 1000 de Rome, sa finale au Masters 1000 du Canada et son huitième de finale à l’US Open. Vainqueur de son troisième titre à Dallas (sans concéder une seule fois sa mise en jeu), parviendra t-il à remporter plusieurs matchs consécutifs à Delray Beach ? Sur le papier, c’est fort possible, puisque son puissant service et sa taille sont des atouts idéaux pour bien jouer en Floride, une épreuve qu’il a déjà gagné en 2020. Sauf que non seulement il va vite devoir récupérer, mais aussi s’adapter rapidement à des conditions différentes, ce qui semble l’inquiéter un peu : « Ce n’est pas facile. La plus grande difficulté réside dans le changement de balles. Ce n’est pas évident à gérer. Heureusement, j’ai mes repères à Delray Beach, parce que c’est ici que je m’entraîne le plus régulièrement dans l’année. C’est comme mon jardin. »

 

Tête de série N°2, il est exempté de premier tour. Le natif du Michigan affrontera pour son entrée en lice soit Jack Sock, soit Daniel Altmaier. Il y a vraiment de quoi être méfiant. Car les deux hommes ont une balle qui tourne. Or, c’est justement une arme qui peut s’avérer déterminante en Floride. Quart de finaliste à Pune (dur indoor), l’Allemand confirme sa progression. Avec un titre et une finale en Challenger en fin d’année dernière, il a pu intégrer le TOP 100. Reste que Sock aura à cœur de bien jouer à domicile. Ses frappes puissantes, au service et en coup droit, peuvent en surprendre plus d’un. Il n’est que 147ème mondial, mais son potentiel vaut bien mieux. Il n’a passé qu’un tour à Dallas, mais a déjà remporté le tournoi de Delray Beach en 2017.

 

Encore deux joueurs US garnissent le bas du tableau. Brandon Nakashima et Denis Kudla. Les deux hommes s’affrontent dès le premier tour. Les bookmakers donnent un large avantage au plus jeune (20 ans). C’était franchement prévisible. Le Californien progresse de mois en mois. Son jeu est solide et franc. Oui, Kudla a remporté leur premier duel, à Washington la saison dernière, et son service peut faire des dégâts sur dur. Mais ses résultats sont catastrophiques. Il n’a battu qu’un joueur dans un tableau principal depuis septembre dernier. Il s’agit de Federico Delbonis, à Sydney sur dur, soit une surface où l’Argentin ne gagne pas un match. Le vainqueur affrontera au deuxième tour Adrian Mannarino, tête de série N°7. À première vue, les conditions de Delray Beach ne sont pas favorables au Français, lui qui aime les balles rectilignes et rasantes. Sauf que le tricolore a souvent réussi ici. Au total, une demie et deux quarts. Et quand on sait que le 57ème mondial réalise un début de saison épatant (huitièmes de finale à l’Open d’Australie en dominant deux TOP 15, Hubert Hurkacz et Aslan Karatsev, et deux quarts, à Montpellier et Dallas, seulement dominé par deux gros serveurs, Alexander Zverev et Reilly Opelka), on peut rêver d’un joli parcours pour un « Manna » en pleine confiance. Méfiance tout de même, son adversaire au premier tour est dans une bonne période. Il s’agit de Liam Broady, qui vient de remporter ses deux matchs de qualifications, après en avoir gagné trois à Dallas – dont un face à Peter Gojowczyk – et trois autres à l’Open d’Australie. Résultat, le Britannique connaît aujourd’hui son meilleur classement, N°116.