ATP / Doha : présentation du tournoi et analyse du 1er tour

L’an dernier, tout l’attrait du tournoi de Doha résidait dans le retour à la compétition de Roger Federer, après plus d’un an éloigné des terrains. Ceci dit, historiquement, le tournoi fondé en 1993 n’a pas besoin de l’attraction Federer pour attirer la lumière. En effet, la dotation nettement supérieure aux autres ATP 250 a toujours permis aux organisateurs de faire venir les plus grands noms du tennis mondial. Il suffit de jeter un œil sur le palmarès, qui s’apparente à celui d’un Masters 1000 : Boris Becker, Stefan Edberg, Jim Courier, Marcelo Rios, Roger Federer, Andy Murray, Nikolay Davydenko, Jo-Wilfried Tsonga, Rafael Nadal, David Ferrer et Novak Djokovic ont tous soulevé le trophée qatari. Oui mais voilà, comme l’an dernier, le tournoi est désormais disputé en février en raison de l'ATP Cup organisé début janvier en Australie. Et beaucoup de joueurs ne sont pas motivés à l’idée de s’y rendre juste avant d'entamer la tournée américaine. Même pour quelques dollars de plus. Le plateau sera moins relevé qu’à Marseille, où l’Open 13 accueillera pas moins de trois joueurs du Top 10. Pour cette édition 2022 du Qatar ExxonMobil Open, aucun membre du top 10 ne sera présent mais Denis Shapovalov (n°12) et Roberto Bautista Agut (n°17) feront tout de même office de belles têtes d’affiche. On aura une belle concentration de joueurs du Top 50 avec pas moins de 13 représentants.

Le tournoi se joue sur dur extérieur sur une surface identique à celle de l'Open d'Australie avec les mêmes balles également. Mais en raison d'une météo moins chaude et humide, les conditions de jeu sont moins rapides en journée et même assez lentes en soirée. Du soleil est attendu toute la semaine avec des températures aux alentours de 25°. Après une année 2021 où le tournoi n’a offert « que » 660 000 euros de prize money (deux fois moins qu’en 2020), les dotations repartent à la hausse cette année avec plus d'un million d’euros. Un invité surprise peut-il aller toucher le gros lot en se hissant jusqu’en finale ?

L’histoire récente du tournoi - les dix dernières éditions ne donne qu’un exemple de ce type : la belle épopée de Corentin Moutet, issu des qualifications, n’échouant que sur la dernière marche, en 2020, contre Andrey Rublev. C’est en 1999 que le joueur le moins bien classé a réussi à rafler la mise : Rainer Schüttler, N°124, vainqueur de l’épreuve, face à Tim Henman en finale. L’an dernier, Nikoloz Basilashvili est devenu le seul joueur des 10 dernières années à remporter le tournoi sans être tête de série.

Depuis 2010, il y a eu 27% d’outsiders mais on est au-dessus des 30% depuis 2013, notamment sur les trois dernières éditions (40% de moyenne). Bien que les cadors soient souvent bien représentés dans le dernier carré, les têtes de série ont quelques difficultés à bien figurer sur ce tournoi de Doha avec 34% de défaites au premier tour et un taux de présence en quarts de finale de seulement 42%. Parmi les 18 derniers finalistes, 7 joueurs n'étaient pas têtes de série.

 

Concernant les qualifiés et lucky losers, leur réussite est assez impressionnante avec 50% de victoires au premier tour dont une finale pour Corentin Moutet la saison dernière ainsi qu'une demi-finale pour Gojowczyk en 2014 et Daniel Brands en 2013. A noter aussi les présences en quart de finale pour Fucsovics en 2020, Basic et Tsitsipas en 2018, Stepanek en 2017, Edmund en 2016 et Dustin Brown en 2014. Des informations qui s'avèreront peut-être utiles dans cette édition 2022.

Shapovalov pas si serein que ça

Dans ce tableau, Denis Shapovalov fait incontestablement figure de favori sur le papier. Le Canadien s’est montré à son avantage depuis le début de l’année et a répondu présent à Melbourne en atteignant les quarts de finale. Le n°12 mondial joue bien, mais il y a toujours cette incertitude autour de lui quant à sa régularité. Cette semaine, il a notamment été éliminé dès le premier tour de Rotterdam par Jiri Lehecka, même si le Tchèque a réalisé une très belle semaine derrière. En 2021, il a souvent contre performé sur les ATP 250 sur dur avec seulement 55% de victoires face à des adversaires moins bien classés. Et il ne compte aucune finale sur dur extérieur en ATP250.

Au second tour, il retrouvera Christopher O’Connell ou Alex Molcan pour une entrée en lice en douceur. L’Australien a montré de belles choses à Melbourne et a obtenu ses meilleurs résultats sur dur extérieur (victoire contre Sinner, Schwartzman ou encore Struff). Malgré son statut d’outsider, il est capable de créer la surprise.

L’une des principales menaces pour Shapovalov se nomme Alexander Bublik. Le Kazakh a décroché son premier titre ATP à Montpellier début février en battant des joueurs comme Bautista Agut ou Zverev. À son meilleur niveau, il est tout à fait capable de rééditer l’exploit ici, mais dans quel état d’esprit arrivera-t-il au Qatar ? À Rotterdam, il a chuté d’entrée face à Andy Murray. L’an dernier, Bublik a perdu près de 30% de ses matchs en position de favori lors des ATP 250 (et près de 40% sur dur). Il s’est également incliné 28% du temps contre des joueurs classés hors Top 100.  Il affrontera Josef Kovalik au premier tour, qui a remporté son dernier match ATP sur ciment en 2017. Mais depuis plusieurs mois, on sent que le Kazakh est de plus en plus régulier. Et dans ces mêmes conditions de jeu, il avait atteint la finale à Antalya.

Arthur Rinderknech va faire son retour après sa blessure au poignet à Melbourne. Il pourrait manquer de rythme mais il a accumulé beaucoup de confiance ces derniers mois et notamment en ce début de saison avec cette finale à Adélaïde. Il est donné favori face à Jiri Vesely, en difficulté depuis de très longs mois. Le Tchèque reste sur 8 défaites de rang contre le Top 60 et semble avoir horreur des grands serveurs. En effet, il reste sur 17 défaites lors de ses 21 derniers matchs contre des joueurs de plus d’1m93. De son côté, Rinderknech a atteint les quarts de finale dans 75% des ATP 250 qu’il a disputé en carrière.

 

Un coup à jouer pour Musetti et Fucsovics ?

Le deuxième quart de tableau est très ouvert. Nikoloz Basilashvili, tête de série n°3, n’a pas gagné le moindre match en 2022, battu notamment par Murray (deux fois), Dzumhur et McDonald et serait inquiété par une enquête sur des matchs truqués. Malgré son statut de tenant du titre, le Géorgien ne se présente pas dans les meilleures dispositions pour performer au Qatar. On peut tout de même noter son « sérieux » dans les petits tournois sur dur extérieur en 2021 où il présente un bilan de 10 victoires en 13 matchs en position de favori. En 2019, il avait réussi à conserver son titre à Hambourg déjà acquis en 2018 mais cette fois, il semble assez difficile d'imaginer le Géorgien réussir à nouveau cette performance.

Pour son entrée en lice, il sera opposé à Lorenzo Musetti ou à Elias Ymer. Après une longue période sans résultats, l’Italien a signé deux belles victoires à Rotterdam contre Mikael Ymer et surtout Hurkacz. Nul doute que ces deux prestations vont lui faire du bien au moral et le relancer. « En tant que jeune joueur, j’ai beaucoup appris des défaites de ces derniers mois, ça m’a aidé. C’était un bon tournoi de ma part, sur lequel je vais m’appuyer. » Il est tout à fait capable de se hisser une nouvelle fois en quart s’il monte le même visage qu’aux Pays-Bas d'autant plus qu'il a déjà atteint une finale sur dur en extérieur à Acapulco dans des conditions de jeu globalement similaires. Mais il aura une entrée en matière difficile à négocier face à un Elias Ymer en confiance qui a atteint la demi-finale à Pune et obtenu sa première victoire contre un Top 20 (Karatsev). Avec ce statut de lucky loser, le Suédois arrivera sans doute sans pression mais les conditions de jeu seront différentes qu'en Inde où il avait d'excellentes sensations (titre en Challenger également).

Un peu plus bas, nous assisterons à un beau duel entre Marton Fucsovics et Lloyd Harris. Le Hongrois a montré de belles choses à Rotterdam en atteignant les quarts, enchaînant deux victoires de rang pour la première fois depuis mi-octobre. Au Qatar, il reste d’ailleurs sur deux quarts de finale consécutifs. Si Fucsovics n’est pas encore à son meilleur niveau, que dire du Sud-Africain ? La tête de série n°8, auteur d’une très bonne saison 2021 n’a toujours pas remporté le moindre match cette année et semble un peu à côté de ses pompes (battu par Kwon, Vukic et Ivashka). Bien que Lloyd Harris mène dans les confrontations directes (2-1), la dynamique actuelle et le fait que le Hongrois l’ait battu ici lors de l’édition 2021 font logiquement pencher les cotes en sa faveur.

Le vainqueur de ce duel ira défier Sonwoo Kwon ou Christopher Eubanks. Le Coréen, titré pour la première fois en fin de saison dernière en indoor à Nur Sultan, a déjà atteint 4 fois les quarts de finale d'un tournoi sur dur en extérieur et il a tout de même montré des choses intéressantes dans le jeu, notamment face à Shapovalov à Melbourne. Il reste sur cinq victoires de rang contre un joueur issu des qualifications. L’Américain, 169ème mondial, a battu Elias Ymer pour se hisser dans le tableau principal et reste un spécialiste du dur, mais il n’a encore jamais battu un joueur du Top 50 en 9 tentatives. Autre petit problème pour Eubanks, il s'exporte très peu en dehors des Etats-Unis et il n'a jamais gagné un match ATP hors de ses frontières. Une première en vue ? Il aura ses chances puisque le Coréen compte 12 défaites en 14 matchs sur dur face aux grands serveurs. Du haut de ses 2m01, il pourrait donc créer la surprise sur ce premier tour.

Cilic, une première à Doha !

Au repos depuis l’Open d’Australie, Marin Cilic va disputer le tournoi de Doha pour la première fois de sa carrière. Le Croate, tête de série n°4 est en forme en ce début de saison avec deux demi-finales et un 8ème à Melbourne et doit logiquement être cité parmi les favoris. Cilic sait comment gagner avec 6 titres glanés sur dur extérieur mais plus aucun depuis Cincinnati en 2016. Il a cependant atteint la finale de l'Open d'Australie en 2018. Et après deux saisons dans le dur, il joue mieux depuis quelques mois. Depuis un an, il a remporté 80% de ses matchs contre des joueurs moins bien classés dans cette catégorie de tournoi.

Il fera ses débuts face à Botic Van De Zandschulp ou Thomas Fabbiano. Même s'il n'a pas vraiment contre-performé, le Hollandais ne semble pas surfer sur sa dynamique de fin 2021. Il n'a pas à rougir de ses défaites contre Dimitrov, Fucsovics, Medvedev et la sensation Lehecka. Mais il n'est pas transcendant non plus. Pour le moment, il a bien géré ses trois duels face aux petits joueurs du circuit (3 victoires en 3 matchs). Mais attention, l’Italien sort des qualifications avec la confiance qui revient, il pourrait poser des problèmes à VDZ. Fabbiano n’a plus remporté un match ATP sur dur depuis l’US Open 2019 mais à l'image de Dzumhur ou Sousa dernièrement, il pourrait vite retrouver le sourire. N'oublions pas qu'il a été capable de battre Tsitsipas et Thiem en Grand Chelem. Après, son bilan en carrière sur dur ne plaide pas pour lui : 17 défaites en 20 matchs.

Karen Khachanov est également l'un des joueurs à surveiller. Sans faire d’éclats, le Russe réalise tout de même un bon début de saison avec une finale à Adélaïde et aucune véritable contre-performance. Malgré tout, on a du mal à en faire un favori crédible. Le 28ème mondial tient souvent son rang, mais ses exploits (hormis au JO) se comptent sur les doigts d’une main depuis 2-3 ans. La preuve, depuis 2019, Khachanov a disputé 21 quarts de finale, 9 demies, mais n’a pas remporté le moindre titre. Sur ses 30 derniers matchs, lorsqu'il est outsider, il ne compte que 5 victoires. Forcément, cela complique les choses pour espérer jouer le titre dans les tournois vu que ses performances ne lui permettent pas d'être favori contre des joueurs en forme ou du top 30. Au premier tour, il affrontera Mackenzie Mcdonald qui a beaucoup de mal contre les grands serveurs sur dur extérieur (75% de défaites).

S’il parvient à s’extirper de son premier tour, Khachanov défiera Emil Ruusuvuori ou David Goffin. Le Finlandais réalise un très bon début de saison avec une demie à Adélaïde, une finale du côté de Pune, mais également un très bon match face à Auger-Aliassime à Melbourne (défait en cinq sets). Actuellement il y a une vraie différence en termes de dynamique et de confiance entre les deux joueurs. La seule interrogation pour le Finlandais est de savoir comment il aura récupéré, mentalement de sa finale perdue à Pune. Cela a pu laisser des traces. Le Belge, malgré un quart à Sydney, est toujours en grande difficulté et gêné par ses problèmes au genou. L’ancien n°7 mondial reste sur 10 défaites en 12 matchs contre le Top 100 et ne semble pas vraiment en mesure d’inverser la tendance actuellement (battu 6-0, 6-3 par De Minaur à Rotterdam). En deux participations à Doha, il n’a jamais dépassé le second tour.

Bautista Agut, 3ème finale en vue ?

S’il joue à son niveau habituel, Roberto Bautista Agut est tout à fait capable d’aller chercher le titre. D’autant plus que l’Espagnol est très à l’aise au Qatar puisqu’il y a atteint la finale lors de ses deux dernières participations (vainqueur en 2018 et finaliste en 2021). Il a même signé plusieurs victoires de référence contre Novak Djokovic, Dominic Thiem et Andrey Rublev. Depuis 2016, RBA a remporté 83% de ses matchs contre des joueurs moins bien classés dans des ATP 250 sur dur. Ce qui lui permet souvent d'aller a minima dans le dernier carré.

Il aura un second tour à sa portée face à Andy Murray ou Taro Daniel. Les deux hommes se retrouvent après leur duel à l’Open d’Australie où le Japonais s’était imposé en trois manches. Toujours à la recherche d’un coach permanent, l’Écossais n’est pas dans une situation idéale. On l'a senti même très nerveux à Rotterdam : « J’essaye de trouver une solution sur la durée parce que recevoir des consignes différentes des personnes avec lesquelles je travaille n’est jamais facile. » Malgré tout, il estime qu’il est sur la bonne voie. « Il y a eu des signes positifs. J’ai le sentiment que mon tennis peut s’améliorer. À Rotterdam, je n’ai pas perdu en raison de difficultés physiques. Évidemment, tout ne va pas se régler demain dans la mesure où je traine certaines erreurs depuis un an et demi, mais je vais dans la bonne direction. » De son côté, Taro Daniel a impressionné en atteignant le 3ème tour de l’Open d’Australie et en prenant même un set à Jannik Sinner alors qu’il sortait des qualifications. Rien n’indique qu’il ne pourra pas reproduire ce genre de performance. De son côté, Murray a toujours excellé à Doha avec 4 finales (dont 2 titres) en cinq participations. Et on peut imaginer que le Britannique sera animé par un sentiment de revanche.

Au vu de son début de saison, Dan Evans peut largement rejoindre les quarts de finale. Il aura un premier tour à sa portée contre Egor Gerasimov, qui semble reprendre un peu du poil de la bête en ce début d’année après quelques bons matchs. Le Britannique n’en reste pas moins supérieur et devrait se tirer d’affaire s’il produit un match sérieux. Sur dur extérieur, il n’a plus perdu contre un joueur classé au-delà du Top 100 depuis 2017 alors que Gerasimov reste sur 13 défaites de rang face au Top 30.

En cas de victoire, Evans pourrait retrouver Alejandro Davidovich Fokina ou Malek Jaziri. L’Espagnol ne réalise pas de mauvais matchs même si les victoires manquent à l'appel. Il a fait presque jeu égal avec Auger-Aliassime et Tsitsipas cette saison. Il l’occasion de décrocher sa deuxième victoire de la saison contre le Tunisien qui, à 38 ans, reste sur 9 éliminations consécutives au premier tour d’un tournoi Challenger.

Nos values sur les vainqueurs des quarts de tableau

Q1 : Bublik @3.80

Q2 : Fucsovics @5.00

Q3 : van de Zandschulp @7.00

Q4 : Davidovich @5.60

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