ATP / Indian Wells : vers un nouveau choc Nadal vs Medvedev en demies ?

Le nouveau numéro un mondial étrenne son habit de gala et se présente parmi les favoris de la 35ème édition d'Indian Wells. Mais Daniil Medvedev n'est pas seul dans la partie la plus haute du tableau : Stefanos Tsitsipas, Cameron Norrie - tenant du titre - et Carlos Alcaraz peuvent venir perturber les plans du Russe. Sans parler de Rafael Nadal, encore invaincu cette saison, qui devrait profiter d'un deuxième quart de tableau assez faible pour progresser tranquillement dans l'épreuve californienne. Dans des conditions sèches et relativement lentes, les premiers tours du tournoi devraient aussi se jouer dans le vent (30 km/h), ce qui peut avoir une influence supplémentaire sur la vitesse et la hauteur de la balle, et pénaliser les joueurs qui jouent à plat et qui manquent de puissance.

Q1 : Medvedev, un nouveau statut à assumer

C’est une double première que va vivre Daniil Medvedev à Indian Wells. D’abord, jouer avec le costume du numéro un mondial, le 27ème de l’histoire. Ensuite, taper la balle sous bannière neutre, depuis les sanctions imposées par les instances sportives à cause de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Sera-t-il perturbé par ces deux nouveautés ? On ne peut jurer de rien, mais le protégé de Gilles Cervara ne semble pas manger de ce pain-là. Au contraire, le Russe visera une troisième première, celle de s’imposer en Californie, lui qui a souvent brillé en Amérique du Nord durant l’été (vainqueur et finaliste à l’US Open, vainqueur et finaliste au Canada, vainqueur à Cincinnati et Winston-Salem, finaliste à Washington), mais qui se rate à chaque fois à la fin de l’hiver avec un troisième tour au mieux à Indian Wells (en 2021, il avait atteint les huitièmes de finale, mais le tournoi s’était déroulé en octobre à cause de la pandémie) et un quart à Miami. Pour ce qui est de l’épreuve située dans le désert du comté de Riverside, on peut penser que les conditions assez lentes et les rebonds hauts ne favorisent pas le style de jeu du natif de Moscou. Mais ce dernier possède une marge de sécurité conséquente pour espérer aller loin dans le tableau. 

Exempté de premier tour, comme les 31 autres têtes de série, Medvedev commencera en douceur contre Alexei Popyrin ou le qualifié Thomas Machac. Vainqueur de Munar et Kecmanovic, l’Australien de 22 ans a été ensuite sèchement battu par Isner et Hurkacz dès le deuxième tour lors de ses deux premières apparitions dans ce tournoi. Le Tchèque pourrait lui poser des problèmes, car il vient de battre Radu Albot et Ilya Marchenko, après avoir remporté un Challenger sur dur extérieur en début d'année. Ensuite, pour Medvedev, ce sera soit Gaël Monfils, soit le vainqueur du duel serbe opposant Filip Krajinovic à Dusan Lajovic. Ça devrait encore passer. Fatigué de son très bon début de saison (titre à Adélaïde, quarts à l’Open d’Australie), le Français n’a plus joué depuis sa défaite d’entrée à Montpellier. Son niveau de jeu est actuellement très intéressant, mais il s’effondre à chaque fois qu’il affronte un top player (9 défaites de rang contre les TOP 10). Concernant le choc fratricide, la tendance logique voit Krajinovic prendre le dessus. Il est meilleur sur dur (52% de réussite en carrière contre 40%) et réalise un début de saison supérieur. Méfiance néanmoins, si Lajovic affiche un ratio médiocre en 2022 (4 victoires, 8 revers), l’environnement aride d’Indian Wells pourrait mettre en lumière ses qualités de terrien (en 2017, il avait atteint les huitièmes de finale, après avoir enchaîné cinq succès, qualifications comprises).

Il faut descendre tout en bas de ce premier quart de tableau pour voir le patronyme de l’autre favori « légitime » de cette partie de tableau, en l’occurrence Stefanos Tsitsipas, accompagné depuis peu par un nouveau renfort, Thomas Enqvist. Comme pour le Russe, il y a à la fois de quoi être confiant, mais aussi vigilant. Le Grec est solidement installé dans le TOP 5 mondial et se présente ici à lui un dur pas trop rapide et propice aux amateurs de balles bombées. S’il ne parvient pas encore à devenir le joueur « ultime », capable d’arracher les batailles les plus importantes face aux tous meilleurs, Tsitsipas affiche déjà de solides références en 2022 (finale à Rotterdam, demie à l’Open d’Australie et Acapulco). En Californie, il s’est déjà hissé en quarts, en fin de saison dernière, mais il avait déçu en s’inclinant contre Nikoloz Basilashvili. Mais il faut se remettre dans le contexte de sa blessure au coude dont il semble remis désormais. Un manque de constance qui peut lui jouer des tours, même si le tirage au sort lui a offert, en principe, un premier match largement à sa portée, face au vainqueur de la rencontre qui va opposer Juan Manuel Cerundolo à Jack Sock. Ultra terrien, l’Argentin n’a joué que 6 fois sur dur extérieur sur le circuit principal… pour une seule victoire. C’est pourquoi l’invité américain, pourtant plus mal classé, a une vraie carte à jouer, lui qui adore le ciment lent et faire tourner la balle. Ce n’est pas pour rien qu’à sa grande époque - l’année 2017 -, le yankee avait réussi à rejoindre le dernier carré à Indian Wells, en se débarrassant notamment de Grigor Dimitrov et Kei Nishikori. Sock pourrait-il être l’une des grosses surprises de cette 35ème édition ?  

Abordons à présent le sujet « outsider ». Dans ce rôle, deux acteurs se détachent largement. Le premier est tout simplement le tenant du titre du tournoi, Cameron Norrie. L’année dernière, le Britannique avait en effet surpris tout le monde en empochant son premier Masters 1000, après un parcours de grande qualité (Roberto Bautista Agut, Diego Schwartzman, Grigor Dimitrov, Nikoloz Basilashvili). Super polyvalent, il avait réalisé une merveilleuse saison 2021 (deux trophées sur dur extérieur, à Indian Wells et Los Cabos, et quatre finales à Estoril, Lyon, au Queen’s et San Diego, sur terre, gazon et greenset), le propulsant au Masters de Turin. En 2022, après quatre défaites inaugurales, certains ont pu penser que le natif de Johannesburg était cuit. Sa réponse fut cinglante : un nouveau titre à Delray Beach et une finale à Acapulco, après avoir fait tomber John Isner et Stefanos Tsitsipas. Bien protégé par son statut de tête de série N°12, Norrie peut voir venir, puisqu’il affrontera d’abord Pedro Martinez ou le lucky loser Joao Sousa, rien d’insurmontable, même si l’Espagnol, solide sur ses appuis sur ocre comme sur dur, vient de glaner son premier trophée en carrière à Santiago, et que le Portugais lui, après deux saisons galères, vient de remporter le tournoi de Pune. Ensuite, le joueur anglais pourrait affronter Nikoloz Basilashvili, Fabio Fognini ou Pablo Andujar. Finaliste en Californie en 2021, le Géorgien est capable du meilleur, mais encore plus souvent du pire. Cette année, il s’est hissé en finale à Doha, mais il a surtout flanché d’entrée à Sydney, Melbourne, Montpellier, Rotterdam et Dubaï. De quoi donner des idées à Fognini ou Andujar, tous les deux spécialistes de terre et donc souvent à l’aise sur les durs lents. L’Italien mène 4/1 dans leurs confrontations. Presque trois ans après son sacre au Masters 1000 de Monte-Carlo, il vient d’atteindre de nouveau un dernier carré, à Rio. Et si Fognini redevenait un sérieux client du circuit ?

Outsider number two, Carlos Alcaraz. La pépite espagnole, déjà TOP 20 à 18 ans après son triomphe à Rio, a de quoi faire peur à tous ses concurrents. Au Brésil, il a surmonté l’obstacle Matteo Berrettini, avant de découper Fabio Fognini et Diego Schwartzman. Excellent sur terre, mais aussi performant sur dur (quarts à l’US Open 2021), l’élève de Juan Carlos Ferrero devrait s’adapter rapidement aux conditions de jeu californiennes. Charge à lui de bien lancer son tournoi, lors d’un premier acte pas si évident contre Marton Fucsovics ou Mackenzie McDonald. Les deux joueurs ont des arguments à faire valoir. Le Hongrois a retrouvé le sourire en engrangeant deux quarts à Rotterdam et Doha. L’Américain a montré de belles choses à Dubaï, en éliminant Aslan Karatsev et Filip Krajinovic, et en prenant une manche à Andrey Rublev. Rappelons également sa finale à Washington durant l’été dernier. Un indice : les balles volantes à Indian Wells pourraient favoriser Fucsovics, qui a remporté son seul trophée en altitude, sur la terre battue de Genève.

Un cas pose question, à l’aube du Masters 1000 californien, celui de Roberto Bautista Agut. Sur le papier, ce joueur si solide et si sérieux mériterait d’endosser le costume d’un outsider dangereux. Après deux années un peu en deçà de ses standards, il a enfin gagné un nouveau titre, le dixième dans sa carrière, à Doha, lors d’une semaine quasi parfaite au service et dans l’échange. Sur dur extérieur, il est dans son élément (7 de ses 10 titres et 11 finales en tout, dont le Masters 1000 de Shanghai en 2016). Mais les conditions d’Indian Wells, notamment les rebonds hauts et les balles qui volent, sont loin d’être une sinécure pour l’Espagnol, adepte du jeu à plat. La preuve, en huit participations, il n’a atteint qu’une seule fois les huitièmes de finale, pour un bilan neutre - mais décevant pour un athlète de son niveau - de 7 succès pour autant de revers. Alors, quel « RBA » verra t-on au moment de son entrée en lice face à Hugo Gaston ou le qualifié J.J. Wolf ? Si le jeune tricolore n’a gagné qu’un match cette saison dans l’élite, il pourrait s’amuser à jouer avec sa capacité à diversifier les effets et les trajectoires sur le dur californien. Côté américain, il y a aussi de quoi prétendre à se présenter face à Bautista. En effet, Wolf est sorti tranquille des qualifications (contre Emilio Gomez et Daniel Elahi Galan), après avoir dominé Andreas Seppi, Kevin Anderson et Lorenzo Sonego à Acapulco.

À suivre enfin, avec un œil aiguisé, la performance de Jenson Brooksby. Auteur d’une progression fulgurante depuis un an – de la 315ème place au TOP 50 -, alors qu’il n’a joué que 12 tournois dans l’élite, dont 4 Majeurs, le Californien de 21 ans a tout pour réussir : un revers fusant, une bonne main, de sacrée jambes et l’intelligence de jeu. À Dallas, pour ses débuts cette saison sur le circuit principal, après avoir été privé de l’Open d’Australie en raison du Covid, il a frappé fort en atteignant la finale, seulement dominé par Reilly Opelka et ce, sans perdre son service. Ensuite, il a perdu d’entrée à Acapulco, mais en accrochant sérieusement Alexander Zverev, avec deux balles de match non converties. Reste à savoir si Brooksby parviendra à bien jouer à Indian Wells, lui qui joue plutôt à plat et aime s’appuyer sur la balle de l’adversaire. En tout cas, il partira favori lors de son premier match face à Roberto Carballes Baena, qui présente un bilan médiocre sur dur extérieur (34% de réussite). Le vainqueur affrontera la dernière tête de série de cette partie de tableau, Karen Khachanov. Depuis un an, le Russe va mieux, merci pour lui. Il a atteint deux finales (JO de Tokyo en 2021 et Adélaïde 2022), après près de trois ans de disette. Il a également rejoint le dernier carré à Doha, après de bonnes victoires (Emil Ruusuvuori et Marin Cilic). Enfin, le N°26 à l’ATP s’est déjà illustré à Indian Wells, en se hissant en quarts en 2019. Alors pourquoi ne pas perturber la progression de Brooksby, voire contester la supériorité de Tsitsipas dans cette zone du tableau ?