ATP / Miami : Kyrgios, c’est lui le patron ?

Qui arrêtera Nick Kyrgios ? C’est bien simple, depuis le début de l’année, il faut avoir remporté au moins un Grand Chelem pour parvenir à dominer l’Australien. Car si « Kygs » joue peu (Miami n’est que son troisième tournoi cette saison), il joue bien. Et même mieux que bien. Seuls Daniil Medvedev à l’Open d’Australie et Rafael Nadal à Indian Wells ont réussi à le stopper. Sinon, il a enchaîné les succès, écrasant notamment deux membres du TOP 10, Casper Ruud à Indian Wells et Andrey Rublev à Miami. Au tour suivant, en Floride, il a mis une nouvelle rouste à Fabio Fognini, grâce à un service toujours aussi efficace (77% de premières, 10 aces, seulement 8 points perdus derrière son engagement et aucune balle de break concédée), mais aussi une ribambelle de coups magiques, même s’il serait réducteur de limiter ses performances actuelles à son fort coefficient de spectacularité.

Après sa victoire sur l'Italien, Kyrgios est revenu sur son passage à vide pendant de longs mois et pourquoi il se sent mieux aujourd'hui : « Je n'ai pas vraiment envie d'en parler encore et encore. Je traversais mes propres problèmes qui m'amenaient dans des endroits sombres que tout le monde traverse à un moment de sa vie je pense. Je suppose que c'était une combinaison de tout. J'avais l'impression de jouer tellement sous ce stress mental et cette négativité que je ne pouvais vraiment plus fonctionner avec la pression. Je ne pouvais pas fonctionner avec cette négativité. Chaque jour n'était qu'une négativité constante de la part de vous les médias, éventuellement de ma famille, éventuellement de mes amis, de tout le monde. Il n'y avait pas de positivité, ça me rongeait et je détestais sincèrement ma vie. Laisser toute cette négativité derrière moi m’a pris beaucoup de temps, mais maintenant je suis très heureux et je pense que cela se voit sur le court. Je ne prends rien pour acquis. J’ai une belle petite amie. Mon meilleur ami [Kokkinakis] est ici. Je joue du bon tennis. J’essaie juste de rester dans l’instant, de penser au présent. Pour moi, il n’y a pas de temps pour pleurer. J’essaie juste d’être positif, d’aider les autres et de moi‐même me remonter le moral.  Après mon bon tournoi à Indian Wells, je voulais maintenir l'élan ici à Miami. Contre Fabio, dès que j'ai eu des balles de break, j'ai voulu les convertir. J'ai bien servi et je suis content d'avoir terminé le match en deux sets. Je reviens bien. Jouer en double avec Thanasi m'a beaucoup aidé pour mes matchs en simple. La façon dont je sers et retourne est tout un spectacle à voir. »

En effet, plus que jamais, et ce depuis début mars et le premier Masters 1000 de la saison en Californie, Kyrgios se montre concerné, concentré et précis. On le sait, son ennemi principal, c’est lui-même. En ce moment, il semble être débarrassé de ses vieux démons. Le voir favori contre Jannik Sinner ne constitue pas une immense surprise, bien que l’Italien soit aux portes du TOP 10, alors que l’Australien n'est actuellement que 102ème mondial et sera au mieux 93ème lundi prochain en cas de défaite contre Sinner.

En effet, pour le jeune transalpin de 20 ans, les temps ne sont pas si faciles. Depuis son quart à l’Open d’Australie, il a dit bye-bye à Riccardo Piatti, mais son association avec Simone Vagnozzi ne porte pas encore ses fruits. Rien de ridicule au niveau des résultats (il a perdu en quarts à Dubaï contre Hubert Hurkacz et a déclaré forfait à Indian Wells alors qu’il devait jouer… Nick Kyrgios, car il était souffrant), mais dans le jeu, aucun signe d’amélioration. Sinner est toujours aussi puissant et distribue la balle comme un boxeur balance des droites, mais il est toujours aussi inconstant et manque encore d’un plan de secours. Du coup, il n’est pas passé loin de la sortie aussi bien lors de son premier match (3 balles de match sauvées contre Emil Ruusuvuori) que lors de son deuxième (5 balles de match écartées face à Pablo Carreno Busta), 6 heures de jeu au total, de quoi avoir du mal à récupérer en vue de son duel contre Kyrgios. Face à l’Espagnol, l’Italien a encore eu beaucoup de mal à « cadrer », avec 44 fautes directes en tout.

Heureusement, il a pu compter sur deux nouvelles armes. Son service d'abord, avec lequel il a claqué 15 aces. De quoi suffire pour prendre le dessus sur l’Australien ? C’est loin d’être évident, tant Kyrgios dispose d’une large palette pour contrecarrer les plan de l’Italien. D’autant que Sinner pourrait être surpris par la fulgurance des coups de l’Australien, puisqu’il a avoué en conférence de presse ne s’être encore jamais entraîné avec lui. L'autre aspect important pour l'Italie, c'est cette force mentale qui semble l'habiter en Floride. Au bord du précipice, il a réussi à sauver 8 balles de match depuis le début du tournoi. Sans trembler. Avec beaucoup d'autorité pour un gamin de 20 ans.

Toutefois, ne l’oublions jamais, Nick Kyrgios est toujours très performant contre les joueurs les mieux classés du circuit, une manière pour lui de montrer sa réelle valeur. La statistique est d’ailleurs encore plus éloquente face aux tennismen plus jeunes que lui, comme s’il voulait envoyer un message à la génération suivante.  

La stat à retenir

Le bilan de Nick Kyrgios sur dur en carrière face aux membres du TOP 20 est quasiment à l’équilibre (30 victoires, 31 défaites) et son ratio depuis 2019 est positif (9 succès, 7 revers)

Plus fort encore, l’Australien a remporté 6 de ses 8 derniers matchs contre les joueurs du TOP 20 plus jeunes que lui (26 ans)  

L’œil de Florent Serra

Une belle rencontre en perspective. D’abord, il faut voir comment Sinner aura récupéré après son long combat de plus de 3 heures face à Carreno Busta. Il est trop irrégulier - alternance de coups gagnants et de fautes directes -, alors que Kyrgios joue super bien depuis le début de saison. L’Australien sert très bien et proposera aussi des changements de rythme que l’Italien n’a pas eu à gérer face à l’Espagnol, qui joue surtout en cadence. Donc, si Kyrgios parvient à le sortir de cette cadence que Sinner aime bien, il sera devant. D’où des cotes logiques selon moi, avec un Kyrgios favori. 

L’œil de Rodolphe Gilbert

Les cotes, à la base, ne semblent pas cohérentes, à la vue du classement des deux joueurs. Mais elles sont sans doute faites à partir de ce que montrent Sinner et Kyrgios depuis Indian Wells et le début du tournoi de Miami. Quand on regarde les joueurs battus par l’Australien et son niveau de jeu actuel, il semble au-dessus. De l’autre côté, l’Italien connaît des moments avec de grands passages à vide, au cours desquels il commet beaucoup de fautes. Bref, s’il joue de manière aussi élevée que sur les tours précédents, il a largement de quoi gagner ce match et je le vois en favori logique de ce match.

Un prono vaut mille mots

ATP - Miami Par Rodolphe GILBERT
Kyrgios vs Sinner

Victoire Kyrgios
Perdu

Cote 1.62 Winamax

Mise BK 1.5%

le 28/03