ATP / Open 13 : présentation du tournoi et analyse du 1er tour

Le casting de cet Open 13 de Marseille est assez relevé cette année la présence de 4 top 20 dans le tableau. La concurrence était rude avec une semaine à 4 tournois dans le calendrier ATP. Mais l’Open 13 a su retenir en Europe Tsitsipas, Auger, Rublev et Karatsev, tous présents déjà à Rotterdam cette semaine. (Medvedev, Tsitsipas et Goffin, Auger, Paire, Khachanov et Shapovalov).

Deux forfaits notables avec l’Italien Sinner qui ne semble pas totalement remis du Covid et qui préfère se préparer pour la tournée américaine. Et côté français, l’absence d’Ugo Humbert, en grande méforme, laissera évidemment un vide, lui qui avait atteint le dernier carré en 2019 et 2021.

Mais on pourra suivre avec attention le parcours des autres tricolores représentés cette année par Corentin Moutet, Hugo Gaston, Gilles Simon, Jo Tsonga, PH Herbert et Richard Gasquet. Traditionnellement, les tricolores y brillent un peu moins qu'à Montpellier mais 7 des 16 derniers vainqueurs étaient Français (mais aucun depuis 2017) ainsi que 8 des 13 derniers finalistes, soit une belle présence en finale.

Depuis Mickael Llodra en 2009, tous les finalistes de l'Open 13 de Marseille étaient classés dans le top 50 mondial. C'est assez rare dans un tournoi ATP250 pour être signalé. Les conditions de jeu dans le Palais des Sports de Marseille sont plutôt rapides. Hormis Gilles Simon en 2015, tous les vainqueurs sont plutôt des grands serveurs puissants : Medvedev (1m98) le tenant du tire ainsi que le double vainqueur Tsitsipas (1m93), Khachanov (1m98), Tsonga (1m88), Kyrgios (1m93), Gulbis (1m91), Del Potro (1m98), Soderling (1m93), Llodra (1m91)...

Sur les 10 dernières éditions, il n'y a pas un pourcentage élevé d'outsiders sur l'ensemble du tournoi (32%) mais on note certaines disparités selon les éditions. Le record est détenu par les éditions 2010 et 2019 (11 outsiders) et inversement seulement 4 outsiders en 2014.

Les têtes de série brillent habituellement ici à Marseille. Voici leur bilan depuis 2010 : - 34 sur 48 gagnent au 1er tour (sont concernées les têtes de série 5 à 8) - 60 sur 81 gagnent au 2ème tour (entrée en lice des têtes de série 1 à 4) - 32 têtes de série ont été présentes dans le dernier carré sur 48 places possibles - 10 vainqueurs et 8 finalistes (donc seulement 6 non têtes de série en finale)

Par ailleurs, les joueurs issus des qualifications brillent assez peu. Aucun n'a réussi à se hisser en finale mais trois joueurs (Tursunov en 2013, Ivashka en 2018 et Ebden l’an dernier) ont atteint les demi-finales et 6 autres sont parvenus en quarts de finale dont Rinderknech l'an passé. En moyenne, ils perdent 65% de leur match au premier tour.

Prize money du tournoi de Marseille :

Défaite au 1er tour : 6.300€ (6.900€ en 2020 avant la pandémie)

Défaite au 2ème tour : 11.700€ (11.800€ en 2020)

Défaite en quarts de finale : 18.070€ (20.600€ en 2020)

Défaite en demi-finale : 27.100€ (36.200€ en 2020)

Finaliste : 40.900€ (64.200€ en 2020)

Vainqueur : 58.500€ (116.000€ en 2020)

Une revanche Auger vs Tsitsipas en demi-finale ?

On pourrait assister samedi prochain à une revanche de la finale de ce dimanche à Rotterdam. En effet, Stefanos Tsitsipas et Felix Auger-Aliassime sont les grands favoris de leur quart de finale même si le Grec a moins maîtrisé son sujet aux Pays-Bas que le Canadien.

Toutefois, le tirage au sort – réalisé par Richard Gasquet – a été plutôt clément avec le numéro 4 mondial qui devra toutefois se méfier de Corentin Moutet si celui-ci parvient à dominer son clône au premier tour. Hugo Gaston est également Français, gaucher, de petite taille, très technique et base son jeu sur les variations et les amorties. Même si les deux joueurs ont quasiment le même âge (18 mois d’écart), l’expérience est du côté de Moutet. Toutefois, le parcours de Gaston au dernier Rolex Paris Masters rappelle à quel point ce joueur est imprévisible. Capable de battre Carreno et Alcaraz mais aussi de perdre contre Zapata et Kwon. Cela tombe bien, c’est également ce qui caractérise Corentin Moutet même si attention, ses trois défaites de la saison l’ont été contre Korda (en 5 sets à l’AO), Ymer et Lehecka (en 3 sets en qualifs de Rotterdam). Ces trois joueurs font un gros début de saison et relativisent donc les défaites de Moutet qui semble partir logiquement favori de cette rencontre.

Le Grec pourrait avoir un quart de finale compliqué si Alexei Popyrin décide enfin de lancer sa saison. Pour le moment, il est loin de son niveau affiché à Singapour il y a un an, lorsqu’il avait remporté son premier titre ATP. A part un succès sur Travaglia, il reste sur 5 défaites consécutives (Griekspoor, Martinez, Rinderknech, Krajinovic, Khachanov). 5 matchs qu’il aurait pu gagner s’il avait proposé du très bon tennis et su convertir ses séquences de domination. Cependant, son tableau lui offre la possibilité de monter doucement en puissance avec 3 qualifiés face à lui. Toutefois, attention à Roman Safiullin qui a fait parler de lui à l’ATP Cup en battant Rinderknech et Duckwort et en faisant plus que résister à Sinner et Shapovalov. Il n’a pas réussi à confirmer depuis mais il se voit ici à Marseille offrir l’opportunité de le faire après deux matchs corrects en qualifications. On peut également citer Damir Dzumhur qui revient peu à peu à un bon niveau après deux années où le Bosnien est totalement passé au travers. Sorti des qualifications à Montpellier, il a dominé ensuite Molcan et Basilashvili. Ici à Marseille, il a une nouvelle fois dominé Zizou Bergs en qualifications pour rejoindre le tableau final où il sera opposé à Tomas Machac. C’est un grand espoir du tennis tchèque et il est en train de monter en régime, à l’image de son compatriote Jiri Lehecka. Machac est à l’aise sur toutes les surfaces et devrait entrer dans le top 100 cette saison. Pas très grand (1m83), il est malgré tout très puissant et véloce. Son jeu de jambes lui permet d'être difficilement débordable. Son coup droit peut partir vite et techniquement, il maîtrise toute la palette de jeu, notamment en revers.

 

Felix Auger-Aliassime doit avoir le cœur léger et sentir un poids en moins. On ne lui posera plus de questions sur comment il fait pour gérer ses finales perdues, on ne lui posera plus la question de comment faire pour franchir un cap. En 2022, il a validé ses deux étapes en signant des performances de haut niveau : trois victoires contre le top 10 (Zverev, Tsitsipas, Rublev), un match incroyable contre Medvedev où il menait 2-0, et des succès loin d’être anodins contre des adversaires en confiance (Cilic, Evans, Bautista, Norrie). Il est le favori de ce tournoi de Marseille où il avait perdu en finale contre Tsitsipas en 2020. A titre de comparaison, au même âge, Jo Tsonga n’avait pas encore disputé la moindre finale en indoor, surface où il cumule pourtant en carrière 21finales et 13 titres. FAA en compte déjà 5 dont un titre.

 

Pour son entrée en lice, il aura eu le temps de digérer l’émotion et le soulagement de son premier sacre sur le circuit principal. Il affrontera seulement jeudi Jo-Wilfried Tsonga ou Gilles Simon. Le niveau physique des deux tricolores laisse peu d’espoirs quant à la possibilité d’un exploit. Mais le statut de favori du Manceau semble justifié par rapport à ses dernières sorties contre Krajinovic et Hurkacz. De son côté, le Niçois est vraiment dans le dur avec des défaites contre Edward Winter (joueur non classé), Kacper Zuk (que Tsonga a battu en deux sets) et Gulbis. Dans les confrontations, Tsonga mène 6-2 dont 2-0 à Marseille.

 

Stefano Travaglia a déjà prouvé qu'il était capable de bien évoluer sur dur (finale en Australie), même en indoor. Il avait fortement bousculé Auger-Aliassime (7-6, 6-7, 3-6) en 2019 et poussé Marton Fucsovics dans un troisième set à Vienne. Il n'avait pas non plus été ridicule face à De Minaur (6-4, 6-4) et avait même battu Opelka à Stockholm. Il a bien récupéré ce lundi de sa tournée en Inde puisqu’il a réussi à dominer Henri Laaksonen en trois manches. Au deuxième tour, il affrontera Ilya Ivashka qui n’a pas encore retrouvé son niveau de jeu de 2021. Le Biélorusse a franchi un cap en intégrant le top 50 et en remportant son premier titre ATP. Mais dans l'optique d'un duel face à Auger en quarts, il a un petit blocage face au top 10 (9 défaites en 10 matchs). Et surtout, sa blessure à la cheville en début de saison l’a stoppé dans son élan. Il s'est d'ailleurs fait peur dans la première manche face à Norbert Gombos qui doit se demander encore comment il a fait pour perdre ce premier set. Après, forcément, Ivashka s'est libéré et le Slovaque a forcé ses frappes, commis trop de fautes et fini par s'incliner (7-6, 6-3).

Rublev et Karatsev au-dessus de la mêlée ?

Comme en fin de saison dernière à St-Petersbourg et Paris, Aslan Karatsev vient de se faire éliminer d’entrée à Pune et Rotterdam. Forcément, des défaites qui font tâche face à des joueurs même pas classés dans le top 50 mondial. Evidemment, sur le papier, le Russe a tout dans la raquette pour sortir de ce quart de tableau sans se faire peur. Dès son entrée en lice, il affrontera un jeune joueur : soit Rune, soit Bergs. Le Danois qui vient d’entrée dans le top 100 à seulement 18 ans fait partie de la relève. Fin 2020, il avait été classé parmi les 10 espoirs à suivre en 2021 par Julien Kergonou. L’avenir lui a donné raison pour le moment. Mais attention à la surchauffe. Présent en Australie en début de saison où il a notamment perdu deux fois contre Corentin Moutet, il a filé ensuite en Argentine pour découvrir la Golden Swing. Une expérience qui ne lui laissera pas un grand souvenir, battu d’entrée par Carballes et Baez. A défaut de pouvoir entrer dans le tableau de Rio, il a préféré retourner en Europe avant de partir pour la tournée américaine. Une programmation qui peut soulever certaines questions. Va-t-il finir par payer tous ces voyages ? Ses résultats ne lui permettent pas pour le moment de prendre confiance. Alors bien sûr, il est bien supérieur à l’espoir belge Zizou Bergs (169ème mondial à 22 ans) mais une surprise est possible s’il ressent un coup de pompe physique.

 

Un Français pourrait tirer son épingle du jeu et rejoindre les quarts de finale. Pierre-Hugues Herbert retrouve un joueur contre qui il reste sur deux victoires dont une ici à Marseille. Même si P2H est loin de son meilleur niveau, il partira favori contre Kukushkin qu’on voit de moins en moins briller sur le circuit principal avec 13 défaites en 15 matchs depuis un an… Le jeu offensif du Français convient parfaitement à cette surface de l’Open 13 où il avait atteint la finale l’an dernier. Il avait notamment battu Norrie, Tsitsipas et Humbert avant de s’incliner en trois sets en finale contre Daniil Medvedev.

 

Il pourrait retrouver un autre tricolore au second tour mais Benjamin Bonzi devra se méfier du Polonais Kamil Majchrzak. Il est en train de monter en puissance et a de grandes ambitions pour la saison à venir. Après sa demi-finale à Pune, il retrouve l’Europe et l’indoor, une surface qui convient bien à ce joueur polyvalent et complet. Bonzi brille en Challenger et vient encore de remporter un titre ce dimanche à Cherbourg mais il peine à franchir le cap du circuit principal. Sa défaite contre David Goffin en est l’illustration frappante.

 

Dans le dernier quart de tableau, Andrey Rublev part logiquement favori. Pour son entrée en lice, il sera opposé à Richard Gasquet, tombeur ce lundi de Mikael Ymer. Avec sa technique, le Français peut poser des problèmes au Russe mais la puissance de ce dernier pourrait suffire à empêcher Gasquet de prendre le jeu en main. Sur les tournois indoor en France, Gasquet compte 3 victoires pour 7 défaites mais il faudrait vraiment un non-match de Rublev pour qu’il se fasse piéger sur ce match.

 

L’autre joueur à suivre dans ce quart de tableau, c’est Tallon Griekspoor qui vient de faire tomber Karastev à Rotterdam même si le Russe l’a beaucoup aidé. Le Néerlandais devrait facilement passer le premier tour face à un Lucas Pouille qui n’a gagné que deux matchs en indoor depuis deux ans et demi contre Schnur et Molcan.