ATP / Open Sud de France : présentation et analyse du tournoi

Si l’ATP Cup et le tournoi de Sydney, ainsi que l’Open d’Australie à quelques rares moments, se sont joués sous un toit, la première véritable épreuve indoor de l’année a bien lieu à Montpellier. Le nom de la salle hôte ? La Sud de France Arena, située au cœur du Parc des Expositions dans la commune de Pérols. Dans le calendrier, l’Open Sud de France a remplacé en 2010 le Grand Prix de tennis de Lyon, qui s’est déroulé de 1987 à 2009. L’édition inaugurale de la compétition héraultaise s’est disputée en octobre, puis le tournoi a été recasé au mois de février à partir de 2012 - il n’y a pas eu d’épreuve en 2011. 

Historiquement, l’Open Sud de France est la vitrine idéale du tennis français. Tous les meilleurs joueurs tricolores s’y donnent rendez-vous pour un excellent bilan : 8 vainqueurs français en 11 éditions. Prophète en son pays, Richard Gasquet, originaire de Sérignan, à moins de 80 kilomètres de Montpellier, est le détenteur du record de titres, à égalité avec Gaël Monfils (3). Les deux autres Bleus victorieux se nomment Jo-Wilfried Tsonga et Lucas Pouille. Seuls trois joueurs étrangers ont réussi à s’immiscer dans ce palmarès franco-français. Il s’agit de Tomas Berdych (2012), Alexander Zverev (2017) et David Goffin (2021).

La 12ème édition du tournoi ne déroge pas à ses principes. Répondent à l’appel occitan, une tête d’affiche, le N°3 mondial Alexander Zverev, et une flopée de joueurs français, 9 dans le tableau principal, en attendant d’éventuels qualifiés tricolores. Le nom du futur vainqueur se trouve t-il dans cette liste, emmenée par le champion allemand ? C’est fort possible. Lors des 11 éditions précédentes, celui qui a soulevé le trophée fut soit français, soit une tête de série élevée (Berdych N°1, Zverev N°4, Goffin N°2). Parmi les surprises, relevons la présence dans le dernier carré d’un joueur bénéficiant d’un classement protégé en 2020, Vasek Pospisil, ainsi que de deux qualifiés, Dustin Brown en 2016 et Peter Gojowczyk en 2021.

Depuis 2010, 34.9% des outsiders ont remporté leur match avec un premier tour où les favoris (66% de victoire) sont moins en danger qu'en quarts de finale (56%) et demi-finales (61%). Enfin, si le tournoi se joue sur un Greenset plutôt rapide, il ne fait pas partie des épreuves dans lesquelles les joueurs tiennent le mieux leur service (79% - 28ème du classement des tournois), ni de celles où on dispute le plus de tie-breaks (37% - 36ème). 

Zverev en reconquête

Alexander Zverev est bien sûr le grand favori du tournoi. C’est la troisième fois qu’il participe à l’Open Sud de France. En 2016, alors 85ème mondial, il avait atteint les demies, échouant devant Paul-Henri Mathieu. En 2017, il s’était imposé en matant au passage trois joueurs tricolores (Jérémy Chardy, Jo-Wilfried Tsonga et Richard Gasquet). Le voici en reconquête après son échec à l’Open d’Australie - une défaite en huitièmes de finale face à Denis Shapovalov. L’indoor lui convient à merveille. Sous un toit, l’Allemand a remporté 7 de ses 19 trophées et, à la fin 2021, il était tout simplement le meilleur joueur du circuit dans ces conditions de jeu (titre à Vienne et au Masters de Turin, demie à Paris-Bercy).

Alors, qui pour contrarier le N°3 mondial dans ce quart de tableau ? Pourquoi pas Adrian Mannarino. Le Français, finaliste à trois reprises dans cet environnement (Moscou 2018 et 2019, Nour-Soultan 2020), a laissé une très belle impression à Melbourne. Victorieux face à deux TOP 20 (Hubert Hurkacz et Aslan Karatsev), vaillant en huitièmes de finale contre Rafael Nadal, le tricolore a emmagasiné de la confiance : « Je surfe sur une bonne vague, c’est motivant de battre de bons joueurs. » Légèrement touché aux adducteurs à l’issue de l’Open d’Australie, Mannarino a toutes les raisons d’espérer passer l’obstacle Alejandro Davidovich Fokina au premier tour. L’Espagnol a aussi mal débuté la saison (une petite victoire en deux matchs) qu’il avait terminé l’année précédente (8 succès pour 12 défaites depuis Roland Garros). Et surtout, le Français a déjà bousculé à deux reprises l'Allemand en indoor à Cologne (6-4, 6-7, 6-4) et à Bercy (7-6, 6-7, 6-4).

Dans cette zone du tableau, il existe deux inconnues. De quoi sont capables David Goffin et Ilya Ivashka ? Au moment de l’écriture de ces lignes, de tout ou de rien. Tenant du titre, le Belge a oublié de s’inscrire à Montpellier. Sébastien Grosjean a rattrapé le coup en lui attribuant une invitation. En grande difficulté depuis deux années (27 victoires pour autant de revers), l’ancien finaliste du Masters de Londres a été sèchement battu par Daniel Evans dès son entrée en lice à l’Open d’Australie. Heureusement, son genou ne semble presque plus le faire souffrir. Le Belge devra se méfier de Benjamin Bonzi, qu’il avait dominé sur le fil la saison dernière lors de ce même Open Sud de France (4-6, 6-4, 7-5). Mais depuis un an, le Français a franchi un cap immense. Il est entré dans le top 100 grâce notamment à 4 titres remportés sur dur en Challenger. Mais il manque encore de références sur le circuit ATP avec aucune victoire face au top 50 mondial (6 défaites en 6 matchs).

De son côté, Ilya Ivaskha n’a pas encore commencé sa saison. La faute à une blessure à la cheville qui l’a contraint à se retirer des trois premiers tournois qu’il avait cochés dans son calendrier (Melbourne, Sydney et l’Open d’Australie). S’il est remis, le Biélorusse peut faire des dégâts. En 2021, il a fait un bond de plus de 50 places, glanant son premier trophée à Winston-Salem (dur extérieur), et s’offrant le scalp d’Alexander Zverev, Pablo Carreno-Busta et Grigor Dimitrov. Ses qualités de frappeur, plutôt à plat, conviennent à l’indoor, de quoi passer au moins le premier tour face à Mackenzie McDonald.           

Monfils, chef de file

Bien sûr, Gaël Monfils sera très attendu. Après sa belle épopée Down Under qui l’a vu remporter son 11ème titre à Adélaïde et se hisser en quarts de finale à l’Open d’Australie, le nouveau 16ème mondial endosse le statut de « favori bis » aux côtés d’Alexander Zverev. D’autant plus logique que la « Monf » a toujours brillé à Montpellier (3 trophées et une finale). Rappelons enfin que le N°1 français a glané plus de la moitié de ses titres sur dur intérieur (6). 

Dans ce quart de tableau, Monfils est accompagné par une meute de Bleus, pas moins de quatre. Difficile de prévoir qui va effectuer le meilleur parcours. Sur le papier, Ugo Humbert a tout pour réussir dans cet environnement. Il s’est d’ailleurs imposé sur dur indoor à Anvers en 2020. Problème : s’il a réalisé un gros coup en dominant Daniil Medvedev lors de l’ATP Cup, il a ensuite échoué dès son entrée en lice à l’Open d’Australie contre Richard Gasquet, qui est justement son premier adversaire à Montpellier. Pour les bookmakers, le cadet des deux est assez largement favori, ce qui est un peu étonnant. Vainqueur à trois reprises et finaliste le même nombre de fois, le Biterrois joue dans un cocon à l’Open Sud de France. Mais physiquement, c’est toujours compliqué, comme on a pu le constater avec son abandon au deuxième tour à Melbourne. 

De son côté, Corentin Moutet affiche une jolie forme depuis le début de l’année. Le Parisien a atteint le dernier carré à Adélaïde et a failli surprendre Sebastian Korda à l’Open d’Australie. Il est donc logiquement favori pour son entrée en lice. Deux bémols néanmoins. D’abord, le Français ne joue - et ne gagne - que très peu sur dur indoor (8 matchs sur le circuit principal, 2 petites victoires pour 6 défaites). Ensuite, son adversaire au premier tour se trouve sur une pente ascendante. Finaliste à Winston-Salem en août 2021, Mikael Ymer vient de jouer les quarts à Adélaïde. Surtout, le Suédois présente de très bonnes statistiques face aux gauchers, avec 4 succès consécutifs. Le défi est à peu près le même pour Hugo Gaston. Exceptionnel lors du dernier Rolex Paris Masters (quart), le Toulousain peut poser des problèmes à n’importe qui. Mais il n’a pas encore remporté un match cette saison (2 revers). Et il affronte au premier tour Soonwoo Kwon, vainqueur l’année dernière de son premier trophée à Nur-Sultan, sur dur indoor, et qui était à deux doigts de faire tomber Denis Shapovalov à l’Open d’Australie.                

Tsonga, le baroud d’honneur ?

Et si Jo-Wilfried Tsonga était la surprise de ce tournoi ? On le sait, la fin de carrière approche pour le Manceau. Souvent blessé ces dernières années et souffrant de la drépanocytose, une maladie génétique du sang, le Français n’a disputé que 11 matchs depuis deux ans sur le circuit principal. Son bilan ? Un seule victoire. Avant Montpellier, l’ancien N°5 mondial s’est essayé au Challenger de Quimper. Résultat : un succès pour une défaite. Pas très encourageant. Mais le fait de jouer une épreuve qu’il a déjà remportée (2019), à la maison, pour sa « peut-être » dernière saison, dans des conditions qu’il apprécie (13 titres sur 18 au total et 70% de réussite en carrière sur dur indoor) ne pourrait-il pas le transcender ? Un gros service et un coup gros coup droit, ça peut suffire à gagner quelques matchs. En Bretagne, il s’est montré plutôt serein : « Je sais quand je vais arrêter, mais je le garde pour moi. Pour le moment, ma motivation est intacte et je suis toujours passionné par le tennis. » 

Les chances de Tsonga de s’illustrer sont d’autant plus pertinentes que son quart de tableau n’est pas extraordinaire. Après un duel face à un qualifié, le Français pourrait jouer Filip Krajinovic ou Alexei Popyrin. Depuis le début de l’année, le premier n’a pas fait mieux qu’une victoire contre le 139ème mondial, Alejandro Tabilo. S’il a déjà atteint la finale du Masters 1000 de Paris-Bercy (2017) et celle de Stockholm (2019), le Serbe ne présente pas un bilan ravageur sur dur intérieur (54% de réussite). En face, l’Australien a le profil du bon joueur indoor - il a d’ailleurs glané son premier trophée dans cet environnement, à Singapour en 2021 -, mais il ne se montre pas performant depuis le coup d’envoi de la saison (1 succès, 3 revers).

Que dire de Nikoloz Basilashvili, tête de série N°4 du tournoi ? Le Géorgien est capable de tout. De passer à côté, comme de gagner le trophée. Deux indices néanmoins ? Premièrement, il n’a presque jamais brillé sur dur indoor : une seule de ses 8 finales disputées en carrière, 8 victoires sur ses 30 derniers matchs et surtout 14 éliminations dès son entrée en lice et 4 dès son 2ème match sur ses 20 derniers tournois. Deuxièmement, il n’a pas encore remporté un match cette saison (4 défaites). Enfin, peu de chance de voir Alex Molcan se frayer un chemin dans cette zone du tableau. Il n’a joué que deux rencontres sur dur intérieur (2 revers). Mais le Slovène a réussi un bon début d’exercice (quart à Melbourne et un tour passé à l’Open d’Australie), après avoir réalisé une saison 2021 monstrueuse. Classé au 313ème début janvier, il a terminé l’année au 88ème rang, après avoir remporté 2 Challengers, dont un sous un toit, et disputé la finale de l’épreuve ATP 250 de Belgrade (terre). 

Bautista Agut, toujours solide

C’est le meilleur joueur du dernier quart du tableau. Roberto Bautista Agut est le mieux classé (N°19), mais aussi et surtout le plus régulier. S’il n’a gagné qu’un titre sur dur indoor (pour 9 au total), l’Espagnol a aussi joué 4 finales dans ces conditions de jeu. Son efficacité, sa solidité et ses déplacements font de lui une valeur sûre du circuit. « RBA » s’est fait surprendre dès le troisième tour de l’Open d’Australie par un excellent Taylor Fritz, mais a très bien commencé l’année, atteignant avec son pays la finale de l’ATP Cup, dominant au passage quatre joueurs, dont Hubert Hurkacz (N°9) et Casper Ruud (N°8). Surtout, il s’est hissé en finale à Montpellier l’année dernière. De quoi avoir confiance. 

Dans cette partie de tableau, l’adversité n’est pas florissante. Certes, Peter Gojowczyk, demi-finaliste en 2021 à Montpellier et titré à Metz en 2017, peut obtenir de bons résultats sous un toit. Il aime jouer en France, mais son jeu à plat n’offre aucune garantie. Enfin, il n’a pas gagné un match, ni même un set en 2022 (à Melbourne contre Mackenzie McDonald et à l’Open d’Australie face à Benjamin Bonzi). Même chose pour Alexander Bublik, qui n’a tout simplement pas encore appuyé sur le bouton « marche » depuis le début de l’année, avec une petite victoire pour deux revers. S’il est en feu, le Kazakh peut faire très mal (2 finales en 2021, dont une à Singapour sur dur indoor). Mais il ne semble pas actuellement dans cet état d’esprit. 

C’est même son adversaire au premier tour qui pourrait être la grande sensation de ce tournoi. Tallon Griekspoor a tout simplement remporté 29 de ses 30 derniers matchs (avec 5 titres consécutifs en Challenger, dont un sur dur intérieur), à cheval sur l’année 2021 et l’année 2022. Lors de l’Open d’Australie, il a fallu un Pablo Carreno Busta très concentré et mieux préparé sur le plan physique pour venir à bout du Néerlandais en 5 sets. Il n’a pas encore remporté de trophée dans l’élite. Et s’il débutait à Montpellier ? Enfin, Lucas Pouille a peu de chances de réussir un grand tournoi. S’il s’est imposé en 2018, le Nordiste a bien du mal à revenir à son meilleur niveau depuis son opération au coude, entre autres blessures. Il a passé un tour à Quimper, mais n’a remporté que 5 matchs sur 19 sur le circuit principal en 2021. Compliqué.  

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