ATP / Open Sud : un mercredi bleu azur ?

Redescendu à la 265ème place mondiale, Jo-Wilfried Tsonga a écarté le Polonais Kacper Zuk au premier tour (6-4, 6-4). A 36 ans, Jo est au crépuscule de sa carrière et n’a disputé que 14 matches depuis deux ans. Il n’avait plus gagné sur le circuit ATP depuis Marseille il y a un an mais il a tout de même réussi à dominer les débats face à un joueur qui reste limité et qui peine à se rapprocher du top 100 : « C'était mon objectif ici à Montpellier, d'aller chercher un peu ma limite physique dès le début du match. De mettre de l'intensité dans chaque frappe sans forcément écouter ma douleur mais voir justement jusqu'où mon corps pouvait tenir. Je ne suis pas aujourd'hui sur un objectif de résultats. Je suis l'ombre du joueur que j'ai été. Ce n'est pas la grande gloire de gagner ici un match du premier tour contre un joueur qualifié même s'il joue très bien. Le plus important, c'est vraiment de progresser semaine après semaine. »

Lors de ses cinq précédentes apparitions à Montpellier, le Français a franchi quatre fois l’obstacle du premier tour, atteignant finalement les demi-finales lors de ces 4 éditions et s’imposant même en 2019. Le Manceau aime jouer en indoor, en particulier en France, comme le prouvent ses deux derniers quarts de finale sur le circuit principal au Rolex Paris Masters et à Metz en 2019. Mais il regrette amèrement de ne pas avoir reçu d'invitation pour ce tournoi : « Avec mon classement protégé, j'ai 4 cartouches. Je ne voulais pas forcément l'utiliser pour ici mais ils ont refusé de me donner une invitation. J'espère que je vais bien jouer du coup comme j'ai dû utiliser ma première cartouche. Mon classement protégé s'arrête fin mars. J'ai été déçu de ne pas recevoir une wild card. »

En face, Filip Krajinovic a déjà bien performé à Montpellier, ayant atteint les quarts de finale en 2019 et le dernier carré en 2020. L’ancien finaliste de Bercy est actuellement sur une série de huit victoires contre des joueurs hors du top 100. Il semble en bonne forme et devrait constituer un sérieux adversaire pour Tsonga même si on sait qu’avec Tsonga, rien n’est joué d’avance et qu’une autre bonne performance reste possible.

Les deux hommes s’affrontent pour la deuxième fois en carrière, le premier duel étant tombé dans l’escarcelle du Serbe, c’était en Coupe Davis en 2019. Le manque de forme physique et de temps de jeu du Jo fait du Serbe le grand favori de ce duel. Mais le Français va tente de s'inspirer des performances des joueurs de sa génération, encore capable d'évoluer au plus haut niveau : « La victoire de Rafa ce week-end était inspirante. Malgré qu'on soit vieillissant, moins bien physiquement, je vois Gaël, je vois Rafa, Novak encore très performants et au sommet du classement. Je regarde encore plus le circuit qu'avant parce que je me rends compte que c'est en étant sur le point de le quitter qu'on devient encore plus passionné. C'est touchant de voir la performance de Nadal. C'est unique. Il ne jouait pas il y a deux mois. C'est bluffant. C'est exceptionnel. »

Herbert vs Bublik : la même qu'à Moscou ?

C'est le second affrontement en carrière entre Alexander Bublik et Pierre-Hugues Herbert. Le Français était sorti vainqueur de leur premier duel en Russie en 2018. Mais depuis, le Kazakh a franchi quelques étapes pour s'installer dans le top 40 mondial. Il s'est offert une belle victoire face à Griekspoor au premier tour (7-6 7-6) en claquant la bagatelle de 20 aces. Un succès intéressant face à un Hollandais qui surfait sur une excellente dynamique. Mais Griekspoor se heurte aussi à la difficulté de passer du circuit Challenger au circuit ATP. Bubliks avait échoué au deuxième tour lors de sa seule participation à Montpellier en 2020. Il n’a pas gagné deux matches consécutifs depuis sa demi-finale à domicile à Nur-Sultan en septembre dernier où il avait manqué une grande occasion de remporter son premier titre ATP.

De son côté, Pierre Hugues Herbert est loin de son meilleur niveau et de son meilleur classement. Le 113ème mondial, non vacciné, a dû renoncer à la tournée australienne puis a contracté la Covid. Mais il s'est bien remis et a éliminé Peter Gojowczyk en deux sets dans un match piège qu'il a su parfaitement bien géré notamment grâce à une grosse qualité de premières balles (80% de réussite et 79% de points remportés). Il s’agit d’une belle performance de la part du Français, qui s’était incliné en deux sets contre Alexandre Muller lors du Challenger de Quimper la semaine dernière et avait semblé encore très poussif en qualifications pour battre le 928ème mondial Sascha Gueymard Wayenburg et Mikhail Kukushkin. Il y a un an, il avait atteint la finale de Marseille en dominant Nishikori, Tsitsipas, Norrie et Humbert. Mais P2H aime aussi Montpellier où il avait fait tomber Auger-Aliassime en 2020 et surtout atteint la finale en 2019 après des victoires sur Berdych, Shapovalov et Ivashka.

Notre consultant Florent Serra pense qu'un coup est possible pour le Français, à condition d'être bien physiquement : « J'ai peur que Pierre-Hugues manque de rythme sur ce début de saison même si Bublik est toujours irrégulier. En indoor, il peut quand même être solide. On sait que le Français est capable de faire des surprises à domicile. Les bookmakers se méfient du Français en lui donnant une cote très basse je trouve. C'est vrai qu'il sert bien, qu'il prend la balle tôt et que son jeu offensif peut faire dégoupiller le Kazakh. Il peut surprendre Bublik avec des retours volée sur seconde balle. »

Gilles Simon a-t-il la clé pour verrouiller Bautista ?

Après une saison 2021 en demi-teinte, Roberto Bautista Agut avait désespérément besoin d’un début de saison réussi. Il y est parvenu en quelque sorte lors de la tournée australienne où il a obtenu quatre victoires au cours de ses cinq matchs en simple. Des solides performances qui ont aidé l’Espagne à atteindre la finale de l’ATP Cup. Son troisième tour à l’Open d’Australie n’est qu’une demi-déception car le match face à Fritz était vraiment équilibré. L’ancien numéro 9 mondial n’a atteint les demi-finales qu’à 3 reprises au cours de la saison précédente, et notamment à Montpellier où il avait battu des joueurs comme Ugo Humbert et Grégoire Barrère avant de perdre contre David Goffin en finale.

De son côté, Gilles Simon est parvenu à prendre le dessus sur Lucas Pouille dans une bataille entre deux anciens joueurs du top 10 et actuellement classés au-delà du top 100. C’est un très bon résultat pour le Niçois, 130ème mondial, qui n’a remporté que quatre matches sur le circuit principal au cours des 13 derniers mois. Il avait en outre subi plusieurs défaites démoralisantes notamment contre le 1085ème joueur mondial, Edward Winter, lors des qualifications pour l’Open d’Australie. Cette victoire a également mis fin à sa série de quatre défaites au premier tour à Montpellier. Un tournoi où il a déjà atteint les quarts et une fois le dernier carré.

Face à Bautista Agut, Simon (37 ans) cherchera à remporter deux rencontres consécutives sur le circuit principal pour la première fois depuis le tournoi de Cologne 2020... où il avait finalement été battu par Bautista Agut. C'était d'ailleurs la première victoire de l'Espagnol contre le Français sur dur qui mène 5-1 dans les confrontations. L'écart de classement reflète-t-il un réel écart de niveau ? On peut malheureusement le penser puisque Gilles Simon a eu toutes les peines du monde à dominer un Lucas Pouille peu convaincant. Un succès de Simon serait un véritable exploit même si tactiquement, il a évidemment tout dans la raquette pour faire craquer RBA. Le problème serait plutôt sur le plan physique. Mais avec Gilou, il faut toujours se méfier.