ATP / Pune : présentation du tournoi et analyse du premier tour

 Annulé l’an dernier en raison de la pandémie, le Tata Open Maharashtra retrouve ses quartiers pour une 4ème édition qui aura lieu comme en 2020 après l’Open d’Australie, contrairement aux éditions 2018 et 2019. Pune a remplacé le tournoi de Chennai en 2018. Il offre cette année un plateau assez peu relevé avec beaucoup de joueurs classés au-delà de la 100ème mondiale. C’est donc l’opportunité pour ces joueurs de glaner des précieux points ATP qu’ils ne pourraient pas obtenir dans d’autres tournois plus relevés comme l’Open Sud de France par exemple.

En 2018, ils n’étaient que 5 joueurs du top 50 présents dans le tableau. En 2019, seulement 4. Cette année, comme en 2020, il n’y aura qu’un membre du top 50, la tête de série numéro une du tournoi. C'était Benoit Paire il y a deux ans. C’est Aslan Karatsev cette année. Et comme en 2020, le tableau compte 20 joueurs classés en dehors du top 100. Forcément un écart de niveau avec les traditionnels tournois ATP qui va compliquer les analyses et les prédictions mais offrir plus d'opportunités.

Certes mal classés, certains joueurs pourraient proposer un tennis d’une qualité supérieure à leur classement. On peut penser à Kamil Majchrzak, Egor Gerasimov, Radu Albot, Bernabe Zapata Miralles.

Les conditions de jeu y sont très rapides en raison de l’altitude puisque le Shree Shiv Chhatrapati Sports Complex se situe à 560 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cela fait de ce tournoi celui où il y a le plus de tie-breaks durant toute la saison (59% des matchs) et 82% des jeux de service remportés. Finaliste en 2018 et vainqueur en 2019, Kevin Anderson ne sera pas présent mais on pourra compter sur le tenant du titre, Jiri Vesely, qui avait réussi à remporter le titre en étant classé seulement à la 107ème place mondiale avant le tournoi.

Parmi les demi-finalistes des trois premières éditions, on a dénombré 6 grands serveurs (Anderson x2, Paire, Cilic, Karlovic, Vesely et Gerasimov) et trois contreurs (Simon, Darcis et Berankis).

Les conditions météo y sont souvent très chaudes (entre 30 et 35 degrés à l’ombre) et humides, ce qui contraint les organisateurs à faire jouer les matches en fin d’après-midi et en soirée. Ce qui permet aux Européens d'observer les matchs à des horaires de journée (entre 11h et 18h).

Sur les trois premières éditions, les têtes de série ont eu un taux de présence de 75% en quart de finale, 67% en demi-finale et 50% en finale. On a calculé 32% d’outsiders en 3 éditions (8 en 2018, 11 en 2019 et 7 en 2020).

Parmi les qualifiés/lucky losers, 64% ont atteint le 2ème tour. Un taux très élevé par rapport à la moyenne des autres tournois ATP. Et deux joueurs ont atteint les quarts de finale : l’Espagnol Ojeda et l’Italien Marcora.

Enfin, parmi les joueurs indiens invités par les organisateurs, seul Ramanathan est parvenu à passer deux fois le premier tour. Pour un bilan global de 6 défaites en 8 matchs au premier tour. Et Ramanathan n’a jamais atteint les quarts de finale.

Le tableau compte trois joueurs titrés sur dur extérieur (Karatsev, Albot et Vesely le tenant du titre) ainsi que quatre joueurs déjà finalistes dans ces conditions de jeu (Travaglia, Sousa, Berankis et Gerasimov, le finaliste de la dernière édition). Le vainqueur se trouvera-t-il parmi ces prétendants ou un joueur mystère viendra inscrire son nom au palmarès ?

Un Indien en quarts de finale ?

La première question à se poser est de savoir si le Russe Aslan Karatsev est dans des conditions optimales pour assumer son statut de favori. Depuis un an et son éclosion sur le circuit professionnel, le Russe présente un bilan de 15 victoires pour 6 défaites sur dur face aux joueurs classés en dehors du top 50 au classement ATP. Dans des conditions de jeu rapides, en extérieur et chaudes comme en Inde, cela tombe à 13 victoires pour 4 défaites contre Brooksby, Korda, Chardy et Mannarino la semaine dernière. La marge est étroite mais rien n'assure donc que le 15ème mondial aille au bout ce tournoi.

Alors d'où pourrait venir le danger ? Dans quelle partie de tableau se cache un possible vainqueur de substitution en cas de défaillance de Karatsev ?

Dans la partie haute du tableau, le Russe semble avoir le champ libre. Invité par les organisateurs, le local de l'étape Ramkumar Ramanathan n'a plus gagné un match ATP sur dur depuis 2018 et un premier tour ici à Pune contre Granollers. Redescendu à la 181ème place mondiale, il n'a atteint qu'une seule fois les quarts de finale d'un tournoi ATP sur dur. En revanche, Stefano Travaglia a un bon coup à jouer pour rejoindre les quarts. Il faudra bien évidemment passer la première étape dans un stade acquis à 200% à la cause de son adversaire. Depuis sa finale à Melbourne il y a un an, il n'a plus gagné le moindre match sur dur mais dans le contenu, ses défaites n'ont pas été toutes à jeter à la poubelle. Il n'a pas eu non plus que des adversaires faciles à battre (Tiafoe, Moutet, Popyrin, Kecmanovic, Fognini, Bautista...). Il n'est pas certain, à part le Russe, qu'il doive affronter des joueurs bien meilleurs dans ce tableau. Mais le voir autant favori sur ce premier tour est étonnant. On pourrait avoir un Indien en quarts de finale avec Yuki Bhambri qui pourrait se défaire de Kovalik au premier.

Radu Albot, l'outsider surprise ?

Un autre Italien pourrait faire une percée. Gianluca Mager n'est certes pas un spécialiste du dur mais il compte 8 victoires contre le top 100. En revanche, 7 d'entre elles ont eu lieu en indoor. Il a donc peu de références sur dur extérieur à part un succès contre Querrey à Delray Beach. Mais l'Italien a un bon service et pourrait créer la surprise s'il a de bonnes sensations. Il aura déjà l'avantage d'être exempté de premier tour et surtout le deuxième avantage de tomber sur un joueur largement à sa portée pour son entrée en lice. Arjun Kadhe va avoir l'occasion de tenter pour la 4ème fois sa chance de remporter son premier match sur le circuit ATP. Après trois wild cards et trois défaites ici à Pune face à Bhambri, Djere et Vesely, il aura cette fois un adversaire moins en forme. Joao Sousa est plus à l'aise sur terre mais le Portugais se débrouille bien sur dur avec 40% de victoires et une finale perdue à Auckland en 2017. Cependant, il est dans une crise de résultats depuis l'automne 2019 avec seulement 1 victoire pour 21 défaites. Après deux blessures (au pied et au bras) et la Covid, il est retombé à la 140ème place mondiale. A son actif, un retour réussi sur le circuit Challenger avec notamment deux finales sur dur indoor en fin de saison dernière. Alors pourquoi pas imaginer un réveil du Portugais ? Hypothétique vu le peu de confiance et de repères qu'il a accumulé ces derniers mois. Mais il pourrait prendre confiance en cas deux bons premiers matchs. Reste à se défaire de l'Indien et de l'Italien...

Si Mager passe ce premier match, il devra se méfier principalement de Radu Albot en quarts de finale. Le Moldave revient bien depuis quelques temps. Titré à Pau en novembre, il est sorti des qualifications à l'Open d'Australie pour atteindre le 3ème tour en dominant des joueurs modestes mais du niveau de ce qui l'attendent à Pune (Vukic, Nishioka, Sousa). Ses qualités de contre et sa vitesse de jambes font de lui un vrai outsider dans ce tournoi. Il n'est pas dérangé, malgré sa petite taille (1m75) par des conditions de jeu rapides, ni par les grands serveurs. A son meilleur niveau en 2019, il avait dominé Kyrgios, Karlovic, Johnson ou encore Cilic. Il partira en tout cas favori contre Daniel Altmaier s'ils se retrouvaient au 2ème tour. L'Allemand est meilleur sur terre et présente seulement une victoire contre le top 100 sur dur mais attention, c'est un joueur pénible à jouer et il est capable de bien évoluer sur dur. Il reste néanmoins sur 4 défaites en ce début de saison face à Baez, Fognini, Thiago Monteiro notamment. Il faudra donc élever son niveau pour espérer rejoindre a minima les quarts de finale. Et un sérieux match piège l'attend d'entrée.

Contrairement à son compatriote Ramanathan, l'Indien Prajnesh Gunneswaran a déjà été dans le top 100 (75ème à son meilleur classement). Mais il n'a jamais atteint le moindre quart de finale. Il a déjà gagné à Pune en 2020 contre Yannick Maden sans aller plus loin, battu par le Coréen Kwon. Avec le soutien du public, il pourrait bien créer la surprise sur ce premier tour mais il n'a aucun match référence depuis bien longtemps...

Vesely, un tenant du titre en grand danger ?

La partie basse est un peu plus relevée et plusieurs noms ont attiré notre intérêt. On va d'entrée écarter l'idée que le tenant du titre puisse doubler la mise. Jiri Vesely est très loin du niveau affiché en 2020 qui n'était déjà pas du grand tennis. Physiquement, il est loin du niveau professionnel en ce moment. Il avait profité d'un tableau vraiment faible il y a deux ans et gagné dans la difficulté des matchs contre Ivashka et Berankis qu'il n'aurait jamais dû gagner. En finale, Egor Gerasimov avait lui aussi fait beaucoup de cadeaux au Tchèque. Vesely n'a plus battu un top 50 depuis un an mais son match face à Nakashima à Sydney allait dans le bon sens. Toutefois, pourra-t-il enchaîner 4 matchs pour aller au bout ? Ca tiendrait du miracle même s'il est exempté du 1er tour.

Le finaliste de la dernière édition, Egor Gerasimov justement, pourrait bien avoir un coup à jouer. Le dur est sa meilleure surface. Il a fait un bon début de saison avec un quart de finale à Adélaïde en dominant Fucsovics mais surtout Albot et Mager qui sont dans le tableau de Pune. Et sa défaite face à Hurkacz fut encourageante même si le Polonais était loin de son meilleur niveau. Son premier tour face à Emil Ruusuvuori a presque valeur de ticket pour les demi-finales. Le Finlandais est capable d'élever son niveau sur dur. On l'avait vu à Washington où il avait été battu en demi-finale par le futur vainqueur Ilya Ivashka mais surtout il a confirmé en ce début de saison qu'il avait un bon niveau. Loin d'être ridicule face à Nadal (6-4, 7-5), il a également tenu tête à Felix Auger-Aliassime. Il avait certes perdu contre le Biélorusse à Marseille mais Ruusuvuori semble un peu plus régulier et constant que Gerasimov. Toutefois, mettre le Finlandais comme deuxième favori du tournoi derrière Karatsev est incroyable. Il n'y a pas tant d'écart de niveau entre lui le Biélorusse qui pourrait bien créer la surprise sur ce premier tour.

Attention à l'Espagnol Bernabe Zapata Miralles. Certes, c'est un spécialiste de l'ocre mais il se débrouille bien sur dur comme ses victoires sur Lopez, Millman et Albot en 2021 en attestent. Il avait aussi posé des problèmes à Auger à l'US Open. Mais son irrégularité l'empêche pour le moment de franchir un cap. Dennis Novak n'a quant à lui jamais disputé le moindre quart de finale sur dur extérieur. Il est plus à l'aise en indoor et pourrait souffrir avec les conditions de jeu ici à Pune. Son classement (116ème) l'a empêché de jouer à Montpellier où il a préféré renoncer aux qualifications pour intégrer directement le tableau de Pune. Il vient de Quimper où il jouait ce samedi. Arrivé en Inde tard ce dimanche soir, va-t-il pouvoir s'acclimater aussi rapidement ?

Première demi-finale pour Majchrzak ?

Ricardas Berankis est lui aussi, dans le même style que Radu Albot, un joueur dont il faut se méfier. Même sur les surfaces rapides. Ses qualités de contre et sa vitesse de déplacement lui permettent de créer la surprise face à beaucoup de joueurs. Il est à un peu moins de 50% de victoires face aux grands serveurs sur dur. Il avait failli battre Vesely en demi-finale ici en 2020. Quentin Halys n'a lui plus gagné le moindre match ATP depuis 2018 à Los Cabos. Il ne partira pas vraiment favori de ce premier tour même si les cotes, étonnement sont assez proches. Le Français a certes bien joué ces derniers temps mais il n'a plus affronté un joueur du top 100 sur un tournoi ATP depuis l'US Open.

La surprise de ce quart de tableau pourrait venir de Kamil Majchrzak. Le Polonais a de grandes ambitions pour 2022 et son premier tour face à un qualifié pourrait lui permettre de bien rentrer dans son tournoi. Il manque encore d'expérience et de références face au top 100 mondial mais il est en progrès s'il parvient à rejoindre les quarts de finale, tout sera alors possible pour lui.

Enfin, Lorenzo Musetti aurait pu être une menace importante dans ce tableau mais l'Italien ne met plus une balle depuis le dernier Roland Garros et cette défaite cruelle contre Novak Djokovic. Il a évidemment le talent pour briller sur dur et aller chercher sa première finale sur le circuit ATP. Mais son niveau actuel est inquiétant. Lui-même semble désabusé et sans solutions à ses résultats : « J'ai l'impression d'avoir des hauts et des bas que vous ne pouvez pas vous permettre d'avoir à ce niveau. Je ne peux pas l'expliquer. C'est aussi arrivé contre Taro Daniel à Adélaïde. » Cela fait des mois que ça dure et il n'y a aucune amélioration notable. Un réveil est possible mais ça ressemblerait à un vrai coup de poker.

Et si Hugo Grenier en profitait ? Le Français a signé sa première victoire sur le circuit ATP l'an passé à Antalya. Il pourrait bien récidiver ici à Pune. A 25 ans, il s’est ensuite illustré durant la seconde moitié de la saison, glanant un trophée en Futures (Bakio), mais surtout un autre en Challenger (Roanne) au mois de novembre. Sur le circuit secondaire, le natif de Montbrison (Loire) a également atteint une finale supplémentaire à Alicante et 3 demies (Milan, Segovia, Saint-Tropez). À noter enfin quelques victoires intéressantes comme celles acquises à Orléans contre Arthur Rinderknech. Au premier tour, il va affronter Aleksandar Vukic. L'Australien s'est illustré en ce début de saison devant ses supporters avec un quart de finale à Adélaïde. Il a ainsi confirmé ses bons matchs de 2021 contre Khachanov et Shapovalov. Mais le plus dur sera d'enchaîner dans un contexte différent. Vukic partira logiquement favori mais le Français aura ses chances.

Nos prédictions pour les demi-finales

Karatsev vs Albot

Gerasimov vsMajchrzak

Nos values pour les vainqueurs du tournoi

Albot @18

Gerasimov @25

Majchrzak @25

Berankis @29