Open d'Australie (H) : 21 Jump Slam, à Nadal de tenter sa chance !

L'enjeu principal de cette finale se situe là : Rafael Nadal va-t-il réussir là où Roger Federer (à Wimbledon en 2019) et Novak Djokovic (à l'US Open en 2021) ont échoué ? Ce 21ème Majeur semble pour le moment difficile à aller conquérir pour les trois légendes du Big 3. Cette quête coïncide également avec l'avènement de cette nouvelle génération de joueurs qui grignotent petit à petit le terrain de jeu du Big 3. Bientôt, la place de numéro un mondial pourrait bien finir par leur échapper. Peut-être même dès ce mois de février en cas de sacre du Russe Daniil Medvedev. Mais surtout, symbole d'un chapitre du livre d'histoire qu'on est en train de finir, pour la première fois, un membre du Big 3 ne sera pas favori d'une finale de Grand Chelem.

Mais attention, le contexte de cette finale n'a rien à voir avec celle du dernier US Open lorsque le Serbe se présentait avec cette pression et ce double poids de l'histoire de cumuler un Golden Slam avec un 21ème Majeur. Demain matin, Rafael Nadal n'aura aucune forme de pression puisqu'il n'avait aucune prévu dans son plan de bataille pour 2022 d'être déjà opérationnel ici à Melbourne. On a pu voir d'ailleurs l'émotion du Majorquin après sa victoire en demi-finale contre Berrettini.

On se demandait à quel niveau reviendrait Rafael Nadal après son opération du pied début septembre, et il aura simplement fallu un mois à l’Espagnol pour mettre tout le monde d’accord. Un titre à l’ATP 250 de Melbourne et une finale à l’Open d’Australie plus tard, et voilà le taureau de Manacor à une victoire de devenir le joueur le plus titré de l’histoire en Grand Chelem. « Le plus important dans la vie c’est de faire ce qui nous rend heureux. Pour moi, c’est d’avoir la chance de jouer au tennis. Je me sens vivant et je suis extrêmement heureux d’être une nouvelle fois en finale de l’Open d’Australie. » Physiquement, malgré l’enchaînement d’un match en cinq sets face à Shapovalov, puis d’un autre en quatre contre Berrettini, Nadal a avoué qu’il se sentait bien : « Pour être honnête, le lendemain de mon quart de finale, je me suis senti beaucoup mieux déjà. C’est quelque chose qui m’a surpris. Parfois, avoir deux jours de repos n’est pas simple à gérer, mais finalement, j’ai eu de la chance d’avoir ces deux jours. »

A 35 ans, le Majorquin semble - du moins en apparence - plus détendu et plus à même de gérer cette pression que le Serbe à New York : « Je ne pensais vraiment pas avoir une autre opportunité de disputer une finale à l’Open d’Australie. Être en finale ici, c’est plus important que n’importe quelle autre statistique. La possibilité de gagner un autre Open d’Australie prend le dessus sur la statistique du nombre de Grands Chelems. »

Bien que le dur extérieur ne soit pas sa surface de prédilection, Rafael Nadal a remporté 50% de ses finales en Majeur sur dur. Mais son bilan est meilleur à New York (4/5) qu’à Melbourne (1/5). En carrière, il n’a remporté que 2 des 11 finales qu’il a disputées sur cette surface face à un joueur mieux classé, mais les joueurs en question se nomment Roger Federer et Novak Djokovic. Cependant, face au Russe, il partira avec un petit avantage psychologique. En plus de mener 3-0 dans les confrontations directes face à Medvedev sur dur extérieur, Nadal l’a battu deux fois en finale (US Open 2019 et Coupe Rogers la même année). Mais du temps est passé depuis cet été 2019. Le Russe n'est plus le même joueur. Il brigue désormais la place de numéro un mondial et surtout, un 2ème sacre en Grand Chelem. Ce qui serait unique sous l'ère Open puisqu'aucun joueur n'a remporté un Grand Chelem, l'édition suivant un premier sacre.

De son côté, Daniil Medvedev, que l’on annonçait grand favori après le retrait de Djokovic, n’a pas toujours été maître de son sujet, ni même de ses nerfs. Il a même failli être éliminé par Félix Auger-Aliassime en quart (une balle de match sauvée), dans une rencontre où il a été totalement dépassé par le Canadien durant deux sets et demi. Mais comme souvent, au combat, il a réussi à s’en sortir et à faire plier son adversaire en haussant le ton dans les moments clés. Face à Stefanos Tsitsipas en demie, il n’est pas passé loin de sortir complètement de son match après avoir passé ses nerfs sur l’arbitre de chaise. À un set partout et balle de break d’entrée pour le Grec, le match aurait pu tourner définitivement, mais le n°2 mondial est parvenu à se remettre dans la partie. « Je ne pense pas que ces comportements me soient bénéfiques. Parfois, je pense que je perds le match à cause de ce genre de choses. Je perds ma concentration et beaucoup d’énergie. Dès que cela s’est déroulé, j’ai su que c’était une grosse erreur et j’ai essayé de me reconcentrer. Je n’ai pas bien joué en début de troisième manche, à 15/40 sur mon service, mais j’ai réussi à dégainer de bonnes premières et ça m’a remis dedans. Je suis heureux de ne pas avoir joué un match de 5 heures, je pourrais récupérer plus rapidement. »

Mais si le monde du tennis est concentré sur la possibilité, pour Nadal, de remporter son 21ème Grand Chelem, Medvedev aura aussi une sacrée pression sur les épaules. En cas de victoire, le Russe deviendrait n°1 mondial en février et le premier joueur hors « Big 4 » à occuper cette place depuis 2004 !  Pour cela, il devra garder ses nerfs avec un public très probablement acquis à la cause de l’Espagnol. En attendant, il préfère mettre la pression de cette finale sur son adversaire : « Je vais, une nouvelle fois, jouer contre l’un des plus grands joueurs de notre sport. Contre un joueur qui est à la recherche de son 21ème Grand Chelem. J’imagine que Nadal devait regarder la dernière fois [la finale de l’US Open 2021 ndlr], mais je ne sais pas qui il soutenait. À mon avis, Djokovic sera devant sa télé aussi. Les finales de Grand Chelem sont toujours très spéciales. Je me souviens du match contre Rafa à l’US Open, ça avait duré 5 heures. Je suis prêt. Je sais que Rafa est un joueur très costaud. Je vais devoir produire mon meilleur tennis pour aller chercher la victoire. »

Il faudra également être attentif à la fermeture (ou non) du toit durant la finale. Rafael Nadal l’a évoqué après son match face à Matteo Berrettini, il préfère jouer toit ouvert : « Tout le monde sait que je suis un joueur d’extérieur. » À l’inverse, des conditions indoor seraient favorables au Russe, qui avait d’ailleurs vu d’un bon œil la fermeture du toit face à Auger-Aliassime : « Je transpirais tellement que je n'arrivais pas à serrer ma raquette au service. Et quand le toit a été fermé, il a fait moins chaud. Et j'ai senti que le match basculait. »

C’est en tout cas un match très indécis qui se profile entre Rafael Nadal et Daniil Medvedev et qui pourrait durer. Mais qui a les meilleures stats en 5 sets ?  Le Russe n’a pas vraiment l’habitude des longs combats (seulement trois matchs disputés en cinq manches en carrière), mais on a vu face à FAA, qu’il ne manquait pas de ressources. Rafael Nadal, lui, en a remporté 64% (23/36) en carrière, mais la grande majorité de ces matchs (15 sur les 23) ont été glanés avant 2012, signe que le physique du Majorquin n’est plus le même qu’à ses débuts. Sur dur il s’est même incliné à 7 reprises sur les 13 derniers matchs. Les bookmakers ne donnent que 38% de victoires à Nadal, ce qui semble tout de même assez bas.

Une finale pour l’Histoire, mais un seul aura le dernier mot.

L'œil de Rodolphe Gilbert

Pour moi c'est la finale de rêve en l'absence de Djokovic. Le Russe est peut-être le meilleur joueur du monde sur dur. Il était passé à côté de sa finale l'an passé et il a eu un parcours compliqué pour arriver en finale. Malgré tout, un peu comme Djokovic, il a cette capacité à rebondir quand tous les signaux sont au rouge. Quant à Nadal, c'est encore prodigieux ce qu'il fait. Il a toujours cette même envie, cette combativité, cette bonne analyse de l'adversaire. Il jouera comme Djokovic et Federer pour ce 21ème Grand Chelem. Il a été convaincant durant ce tournoi. Et voir un écart de cote aussi important, c'est presque un manque de respect. Il sait gérer ces finales même s'il a réalisé sa plus mauvaise défaite ici à Melbourne contre Djokovic il y a trois ans. Le Russe est certainement supérieur à Rafa sur dur mais sur une finale de Grand Chelem, tout est remis à plat. Je me remémore cette finale de l'US Open qui avait été très offensive. Rafa avait montré ce jour-là qu'il pouvait pratiquer un tennis vers l'avant en montant plus de 60 fois au filet. Cette finale est ouverte et j'aurais rapproché les cotes.

L'œil de Florent Serra

Je trouve qu'il y a trop d'écart entre les deux cotes. Le lift de Nadal pose des problèmes à Medvedev. Sa patte gauche tombe dans le revers du Russe. Medvedev est un peu nerveux sur ce tournoi. Il en joue aussi pour déstabiliser mais ce n'est pas rien d'aller chercher la place de numéro un mondial. Il va forcément y penser et ça peut rajouter un peu de pression. Du moins inconsciemment. La cote de Rafa est vraiment intéressante. J'aurais presque mis du 50/50 sur cette finale avec un Rafa très expérimenté, sans pression et qui a quand même rassuré physiquement face à Berrettini et Shapovalov, quand bien même l'Italien et le Canadien m'ont déçu. On pouvait penser à ce qu'il s'effondre mais ça n'a pas été le cas. Si le toit reste ouvert, avec la chaleur, je donnerais un avantage à Rafa.

Un prono vaut mille mots

ATP - Open d'Australie Par Florent SERRA
Nadal vs Medvedev

victoire Nadal
Gagné

Cote 2.6 ZEbet

Mise BK 1%

aujourd'hui