Open d'Australie (H) / Q2 : Nadal, un tableau cauchemardesque ?

Si vous parlez la langue de Goethe et celle de Cervantes, ce quart de tableau est fait pour vous. On y trouve pas moins de cinq joueurs allemands et quatre espagnols. Parmi ces neuf hommes, deux sortent largement du lot : Alexander Zverev et Rafael Nadal. En toute logique, ils devraient se retrouver en quarts de finale. Mais si le début de parcours du premier s’annonce plutôt tranquille, la première semaine du second pourrait s’apparenter à un beau traquenard. 

Au tour de Zverev ?

En Grand Chelem, le N°3 mondial attend son heure. Dominic Thiem et Daniil Medvedev ont montré la voie. L'Allemand pourrait être le prochain vainqueur de Grand Chelem hors Big 3. Dans son escarcelle, une finale (US Open 2020) et 3 demies (Open d’Australie 2020, Roland Garros 2021 et US Open 2021). Et si c’était la bonne ? Une certitude, le double vainqueur du Masters (2018 et 2021) s’en donne les moyens : « Je pense être l’un des top joueurs qui s’entraînent le plus sur le circuit », déclarait-il à Sydney il y a quelques jours. Avec 32 victoires pour 5 minuscules défaites sur dur (intérieur et extérieur) depuis les Jeux Olympiques de Tokyo, l’Allemand fait partie des trois prétendants les plus sérieux du tournoi. Et ce n’est pas, en principe, ni son compatriote Daniel Altmaier (N°91) au premier tour, ni le vétéran Feliciano Lopez ou le local de l’étape John Millman qui devraient l’empêcher de passer le deuxième tour. Sauf si l’Australien, 80ème à l’ATP et qui a rarement brillé chez lui, réalise un exploit comme il l’avait fait à l’US Open 2018 en dominant Roger Federer, performance qu’il avait failli rééditer à Melbourne il y a deux ans, ne s’inclinant que 10-8 dans le super tie-break… contre ce même suisse. Le troisième tour pourrait s’avérer un poil plus compliqué si « Sacha » croise la route de Lloyd Harris. Mais encore faudrait-il que le Sud-Africain, en net progrès en 2021 (quart à l’US, finale à Dubaï), soit en pleine possession de ses moyens, ce qu’il n’a pas du tout montré lors de son seul match joué cette saison, perdu contre Soonwoo Kwon à Adélaïde, après avoir commis… 51 fautes directes. Et de toute façon, Zverev mène 3-0 dans leurs confrontations. 

En huitièmes de finale, c’est Denis Shapovalov qui devrait se dresser sur le chemin de la tête de série N°3. Après avoir contracté le coronavirus le jour de Noël, le jeune canadien (22 ans) a parfaitement rebondi en participant grandement au triomphe de son pays lors de l’ATP Cup. En finale, il a notamment fait preuve de beaucoup de sang-froid lors de son succès face à Pablo Carreno Busta, écartant 8 balles de break sur 9. Forcément, les conditions rapides du greenset australien avantageront ce spécialiste de l’indoor (titre à Stockholm et finale au Masters 1000 de Paris-Bercy coup sur coup en 2019) et du gazon (demie à Wimbledon la saison dernière). « Shapo » devrait donc passer le terrien serbe Laslo Djere (seulement 26% de victoires sur dur en carrière), puis Kwon ou Holger Rune, dont le face-à-face pourrait offrir une belle opposition de style entre le contreur sud-coréen, vainqueur à Nur-Sultan (dur indoor) en fin d’année dernière, et le cogneur danois de 18 ans, passé de la 475ème aux portes du TOP 100 en douze mois. Un troisième tour explosif l’attend éventuellement contre Reilly Opelka, tout récent demi-finaliste à Sydney. On le sait, le géant américain (2m11) est capable du meilleur comme du pire, en fonction du pourcentage de sa première balle de service, mais aussi de son état physique et de sa résistance à la chaleur. D’ailleurs, il n’a jamais brillé dans les rencontres au meilleur des 5 manches (12 participations en Grand Chelem pour un petit huitième de finale et pas mieux que le deuxième tour à l’Open d’Australie). De toute façon, le finaliste du Masters 1000 du Canada 2021 devra peut-être d’abord lutter pour venir à bout du vieillissant mais grand serveur expérimenté qu’est Kevin Anderson, doublement finaliste en Majeurs (US 2017 et Wimbledon 2018), voire de Dominik Koepfer, pas très constant sur dur extérieur (44% de réussite), mais toujours coriace. 

Nadal, un tableau cauchemardesque

Remis de la Covid et déjà vainqueur d’un trophée - son 89ème en carrière - dès la première semaine de compétition (Melbourne), Rafael Nadal doit s’attendre à vivre une quinzaine brulante. La bonne nouvelle, c’est que l’Espagnol a déjà réalisé de très belles choses en Australie (un sacre en 2009, mais aussi 4 finales, dont la dernière ne remonte à pas si longtemps, en 2019) et qu’il a encore de grandes ambitions : « Je sais que ma carrière n’est pas éternelle, mais comme j’ai encore la passion et l’amour du tennis, je trouve encore l’énergie d’aller plus haut. » Moins réjouissante, sa blessure au pied qui l’a obligé à interrompre sa saison 2021 début septembre, un pépin physique dont on ne sait pas à quel point il perturbera un éventuel long parcours jonché de matchs marathons. Et puisqu’on évoque sa partie de tableau, disons le tout net, elle ressemble à un joli petit piège. Marcos Giron pour commencer, pas un foudre de guerre, mais un joueur honnête sur cette surface, qui a franchi un petit palier en fin de saison dernière (demie à Sofia, quart à Winston-Salem, quart à Sofia et huitièmes de finale au Rolex Paris Masters). Mais c’est surtout après que ça se gâte ! 

Hurkacz, l'outsider surprise ?

Au deuxième tour, probablement Thanasi Kokkinakis, qui sort de quinze jours exceptionnels avec une demie, puis un titre à Adélaïde, se payant au passage deux membres du TOP 30 (John Isner et Marin Cilic). Attention d’ailleurs au coup de fatigue pour le revenant australien lors de son entrée en lice contre le qualifié allemand Yannick Hanfmann. Si l’expérience de Nadal fait la différence, il lui faudra ensuite possiblement batailler avec Karen Khachanov, qui n’a jamais fait mieux qu’un troisième tour à Melbourne, mais qui vient de disputer une finale puis un quart à Adélaïde. Pour couronner le tout, le Majorquin a de fortes chances de tomber sur Hubert Hurkacz ou Aslan Karatsev lors des huitièmes de finale. Quand on se souvient de ce qu’a produit le Polonais depuis une année, il y a de quoi être inquiet pour « Rafa ». D’abord, le N°10 mondial s’est récemment invité dans la cour des grands. Il a remporté son premier Masters 1000 (Miami) et atteint le dernier carré à Wimbledon, avant de se qualifier pour le Masters de Turin. Ensuite, le dur extérieur est sa surface préférée (3 trophées sur 4 et 18 matchs remportés sur ses 25 derniers, soit 72% de victoires). Enfin, ses armes - le service, le relâchement dans les frappes, la précocité de ses prises de balle - devraient faire mouche sur le greenset rapide de Melbourne, qui propose également des rebonds hauts. 

Si Nadal doit affronter Karatsev, l’affaire est là aussi loin d’être pliée. Inutile de rappeler le parcours héroïque et surprenant du 114ème mondial de l’époque la saison dernière à l’Open d’Australie qui le propulsa jusqu’au dernier carré. Depuis, le bougre a confirmé (titre à Dubaï et Moscou, finale à Belgrade) et s’est installé dans le TOP 20. Il sera forcément surmotivé à l’idée de défendre les points acquis il y a un an. Touché par la Covid-19 fin décembre, le Russe a déjà recouvré la forme, puisqu’il a remporté le tournoi de Sydney ce samedi. Attention néanmoins à l’embuscade Jaume Munar lors de son entrée en lice. Ce spécialiste de la surface ocre a réussi deux jolis coups sur dur en début d’année (Kevin Anderson et John Millman), malgré un vilain ratio sur dur (31% de réussite en carrière) qui ne l’empêche pas de croire en ses capacités sur cette surface. Un dernier mot sur les deux français présents dans cette zone du tableau, à savoir Adrian Mannarino et Benjamin Bonzi, qui ont tous les deux leur chance. Le premier affronte James Duckworth, mieux classé (N°49 contre N°70), mais qui pourrait souffrir face à la faculté du tricolore à contrer en timing et à jouer avec les angles. Mais il faudra absolument que « Manna » parvienne enfin à lancer sa saison, lui qui a perdu ses deux premiers matchs de l’année. Le second n’a joué que 17 matchs sur le circuit principal et 5 Majeurs dans le tableau principal. Il est étonnamment placé en position de large favori face à Peter Gojowczyk, pourtant plus expérimenté, mais moins bien classé. Il faut surtout relever que le joueur allemand, battu sèchement par Mackenzie McDonald à Adélaïde, a ensuite déclaré forfait pour le tournoi suivant, en raison d’une douleur au cou. Ceci expliquant donc cela. 

Ce qu'il faut retenir de ce quart de tableau

Alexander Zverev, dans une forme éblouissante depuis 6 mois, s’avance en favori, d’autant que ses adversaires en première semaine ne devraient pas lui poser beaucoup de problèmes (Daniel Altmaier, puis Feliciano Lopez ou John Millman, enfin un Lloyd Harris pas encore entré dans sa saison). Le premier vrai test interviendra en huitièmes de finale puisqu’il pourrait affronter Denis Shapovalov, vainqueur de l’ATP Cup, à l’aise sur les surfaces rapides et qui a brisé un premier plafond de verre en Grand Chelem l’année dernière en se hissant jusqu’en demi-finale de Wimbledon. Dans la partie basse de cette partie de tableau, Rafael Nadal sera très attendu. Il vient de remporter le tournoi ATP 250 de Melbourne, mais rien ne dit qu’il est à 100% prêt sur le plan physique après sa blessure au pied pour disputer un Majeur dans la durée. L’Espagnol se voit proposer un parcours semé d’embuches, avec Thanasi Kokkinakis, auteur d’un gros début de saison, Karen Khachanov, Hubert Hurkacz ou Aslan Karatsev, bref que du lourd !  Vu les cotes, la value pourrait se situer sur Hurkacz et Karatsev.