Open d’Australie (H) / Q1 : Berrettini, chef de file malgré lui

Forcément, la décision de la justice australienne, initiée par le gouvernement fédéral, d’expulser Novak Djokovic du pays impacte massivement le tableau du premier Grand Chelem de l’année. Dans sa globalité, l’absence du numéro un mondial favorise les ambitions de ses concurrents les plus sérieux sur dur, Daniil Medvedev, Alexander Zverev, voire Rafael Nadal. Mais les conséquences de la non-participation du Serbe à son Majeur préféré (9 sacres) sont également visibles de manière plus immédiate dans la partie la plus haute du tableau. Pour le dire clairement, à part Matteo Berrettini, finaliste à Wimbledon la saison dernière, aucun autre joueur figurant dans cette zone n’a pour l’instant l’étoffe d’un vainqueur de Grand Chelem, à part la pépite espagnole Carlos Alcaraz qui pourrait bien profiter de cette formidable opportunité. 

Solide sur dur, grâce à son service de mammouth et son coup droit surpuissant, et ce même s’il a joué toutes ses finales (8) sur terre ou gazon, l’Italien s’avance donc en favori de ce quart de tableau. Sa déchirure abdominale, intervenue lors du Masters de Turin, « s’est résorbée très rapidement », selon l’intéressé lui-même, le voici donc à 100% sur le plan physique, un baromètre essentiel de son niveau. Attention, qui dit favori ne dit pas garantie. En effet, le parcours du 7ème joueur mondial n’est pas de tout repos. Brandon Nakashima pour débuter, encore limité face aux meilleurs (0 sur 3 contre le TOP 20), mais pas évident à négocier. Surtout, son éventuel troisième tour contre Carlos Alcaraz s’annonce explosif. Si la révélation de l’année 2021 n’a participé à aucun tournoi de préparation, on peut compter sur sa fougue, son insouciance, mais aussi sa maturité pour faire des dégâts, comme il l’avait fait lors du dernier US Open (quart après avoir dominé le N°3 mondial, Stefanos Tsitsipas). « Le principal défi est de maintenir le niveau de tennis qu'il a joué dans la dernière partie de la saison et d'être ainsi compétitif contre les meilleurs joueurs, ce qui devrait lui permettre d’atteindre le TOP 15 du classement », expliquait son entraîneur Juan Carlos Ferrero fin décembre.

Moutet, un tirage compliqué

En huitièmes de finale, Berrettini (ou Alcaraz) pourrait retrouver Cameron Norrie, Sebastian Korda ou Pablo Carreno Busta, pas vraiment une sinécure. Ces trois hommes figurent dans la zone de Corentin Moutet, l’un des trois français en lice dans ce quart de tableau. Autant dire que pour le Parisien, même s’il a montré une belle qualité de jeu et des progrès au service (70% des points gagnés derrière sa première avant sa défaite) à Adélaïde 2 (demie), les espoirs d’aller loin dans le Majeur australien sont très minces. Ça pourrait passer contre l’obstacle Bleu que représente Lucas Pouille, qui n’a gagné qu’un quart de ses matchs sur le circuit principal en 2021 (5 succès, 14 revers) et qui vient d’échouer deux fois dès son entrée en lice en qualifications à Melbourne et Sydney. Mais ensuite, ce sera soit Cameron Norrie, soit Sebastian Korda, autant dire un gros morceau. Avantage pour le Britannique selon notre consultant Rodolphe Gilbert, et pas seulement parce que l’infatigable N°12 mondial a épaté tout son monde en 2021 en empochant le Masters 1000 d’Indian Wells et le tournoi de San Diego, et disputé 4 finales supplémentaires : « Comme Korda a contracté récemment la Covid, le statut de favori de Norrie est d’autant plus logique. On est forcément un peu dans l'inconnu avec l’Américain, même si on connaît déjà son énorme potentiel. »

Par bonheur, si Moutet s’extirpait de ce mauvais pas, il pourrait retrouver un homme qui fait peu de bruit mais qui est presque toujours présent dans les grands rendez-vous. On parle ici de Pablo Carreno-Busta, déjà bien affûté lors de l’ATP Cup (4 victoires pour une défaite) et qui a obtenu ses meilleurs résultats en Grand Chelem sur dur extérieur (deux demi-finales à l’US Open en 2017 et 2020). Pour que l’Espagnol se glisse jusqu’au troisième tour, il lui faudra à coup sûr battre au tour suivant le vainqueur du duel intéressant qui va opposer dès lundi Fabio Fognini à Tallon Griekspoor. Les bookmakers ont du mal à les départager et on comprend pourquoi. L’Italien, ancien N°9 mondial, est devenu un joueur trop neutre (6 petites victoires lors de ses 16 derniers matchs) pour avoir l’assurance de battre le Néerlandais. Car au contraire, ce dernier est en pleine bourre depuis 6 mois : il reste sur 27 succès de rang, empochant au passage 5 Challenger (pour 8, un record, durant l’année 2021). Seul petit bémol pour celui qui connaît aujourd’hui son meilleur classement (N°62), il a dû déclarer forfait avant son quart de finale à Melbourne contre Rafael Nadal à cause d’une blessure au pied.      

Monfils, un abandon qui met le doute

S’il y a bien un joueur qui pourrait profiter de l’absence de Novak Djokovic, c’est bien Gaël Monfils. Mais ici, le conditionnel a son importance. Car si le Français a parfaitement démarré l’année en s’offrant à Adélaïde son 11ème titre en carrière, il a abandonné la semaine suivante en raison d’une douleur au cou, alors qu’il était en train de jouer face à Thiago Monteiro. Heureusement, son physio s’est montré rassurant quelques heures plus tard. À l’Open d’Australie, le 19ème mondial a déjà atteint les quarts en 2016, et sur dur extérieur, il a même fait encore mieux à l’US Open en se hissant jusqu’en demie la même année. Sans « Djoko », il pourrait se hisser jusqu’au grand 8 sans trop d’encombres. Est-ce que Federico Coria, spécialiste de l’ocre et qui n’a gagné que 4 matchs dans sa carrière sur cette surface a une chance ? A priori, non. Est-ce qu’Alexander Bublik ou Ernesto Escobedo ont de quoi faire plier le tricolore ? Certainement pas l’Américain, mais peut-être pas non plus le Kazakh, pas du tout dans le coup en ce début de saison.

Après, il sera temps pour Monfils d’affronter de nouveau un terrien, soit Cristian Garin, Facundo Bagnis, Federico Delbonis ou encore Pedro Martinez. Sur le papier, le Chilien, 18ème à l’ATP, est normalement le plus à même de rejoindre le troisième tour, mais son bilan sur greenset extérieur est assez faible (34% de réussite). Peut-être que Bagnis, tombeur d’Andy Murray et très accrocheur face à Grigor Dimitrov à Melbourne, pourrait en profiter. Enfin, si tout se passe bien, la « Monf » devrait retrouver en huitièmes de finale l’un de ces quatre hommes : Lorenzo Sonego, Sam Querrey, Tommy Paul ou Mikhaïl Kukushkin. Le premier affronte le second au premier tour, même chose entre le troisième et le quatrième. S’il passe l’obstacle américain, comme il l’avait fait lors de l’édition précédente de l’Open d’Australie, le puissant et polyvalent italien peut aller loin. En ce qui concerne Paul et Kukushkin, l’Américain a davantage de références ces derniers temps (un titre à Stockholm fin 2021 et deux quarts à Adélaïde pour débuter l’année), mais le Kazakh, redescendu au 180ème rang et issu des qualifications, a le jeu pour l’embêter sur une surface rapide, grâce à ses qualités de contre.  

Ce qu’il faut retenir de ce quart de tableau

Sans Novak Djokovic, les cartes sont totalement redistribuées. Rarement un quart de tableau en Grand Chelem a été aussi ouvert, avant même le coup d’envoi du tournoi. La partie la plus haute voit Gaël Monfils, tête de série N°17, et Lorenzo Sonego, tête de série N°25, en position de force pour se retrouver en huitièmes de finale. En dessous, c’est Matteo Berrettini, finaliste à Wimbledon l’année dernière, qui s’avance en favori. Mais attention, les deux Espagnols Pablo Carreno Busta et Carlos Alcaraz, dans des styles différents, sont à l’affût. On n’oubliera pas non plus Cameron Norrie, en net progrès depuis 2021, vainqueur du Masters 1000 d’Indian Wells et invité à participer au Tournoi des Maîtres. Face à cet adversité, ce sera compliqué pour les deux autres français de ce quart de tableau de s’illustrer, Corentin Moutet et Lucas Pouille, qui s’affrontent au premier tour.