2021, le bilan des Bleus : les prémices d'une relève ?

Certes, pour la première fois en 30 ans, il n’y a pas eu un seul Français qualifié en deuxième semaine d’un Grand Chelem. Mais pourtant, cette saison 2021 n’a pas été ponctuée que d’échecs et de désillusions. Parfois, les Majeurs sont l’arbre qui cache la forêt comme un trompe-l'œil mettant sous le tapis des semaines de déconvenues et de défaites inexplicables. Cette année aura donc été tout le contraire et il ne faut pas tomber dans l’effet inverse en accablant nos Bleus de tous les maux. Certes, le tennis français n’est pas au mieux, loin de là : aucun tricolore dans le top 20 mondial, Gaël Monfils numéro un à la Race à la 47ème place, un seul titre pour la France remporté par Ugo Humbert à Halle. Toutefois, on peut essayer d’éclaircir le tableau avec une entrée dans le top 100 pleine de panache pour Arthur Rinderknech, un parcours très positif de Benjamin Bonzi en Challenger (6 titres) et une confirmation d’un certain potentiel pour Hugo Gaston, un an après son parcours flamboyant à Roland Garros. Tour d’horizon des performances de nos Bleus en 2021.

Il s’est révélé : Arthur Rinderknech

Ses premiers pas en Coupe Davis ont conforté les impressions laissées et les résultats engrangés en 2021. Définitivement, Arthur Rinderknech est estampillé du label « joueur à suivre », de par sa régularité, mais aussi son état d’esprit positif et l’énergie qu’il a diffusée auprès de ses coéquipiers tricolores. « Il nous a amené beaucoup de fraîcheur et d’envie, et ça fait du bien », appréciait Nicolas Mahut à l’issue du double disputé en compagnie du natif de Gassin (Var), grandi en Île-de-France, avant de se former durant 4 années dans une université américaine. À 26 ans, le fils de Virginie Paquet, ancienne joueuse professionnelle, connaît aujourd’hui son meilleur classement, N°58. Un bond prodigieux de 120 places pour celui qui ne pointait qu’au 178ème rang au début du mois de janvier. Solide en Challenger (titre à Istanbul, demie à Cherbourg, Ostrava et Rennes), le Français a surtout enregistré ses premiers résultats probants sur le circuit principal. Au total, un dernier carré à Kitzbühel, ainsi que 6 quarts de finale (Marseille, Lyon, Bastad, Gstaad, Anvers et Stockholm) en ATP 250. Le tout sur terre et dur intérieur, preuve de sa faculté à s’adapter à des surfaces différentes. Son jeu offensif, basé sur un excellent service, lui a permis de surprendre deux membres du TOP 20, Jannik Sinner et Roberto Bautista-Agut. En 2022, il lui faudra passer quelques tours dans les Grands Chelems et les Masters 1000 pour franchir un nouveau palier.

Il a confirmé : Hugo Gaston

Au début de l’automne 2020, il avait épaté les téléspectateurs français. C’était à Roland Garros, une édition spéciale décalée à l’automne et presque jouée en catimini en raison de la pandémie. Un parcours héroïque qui l’avait vu écoeurer Stanislas Wawrinka au troisième tour, avant de céder au bout du suspense en huitième de finale face à Dominic Thiem. Certains ont craint un exploit sans lendemain. Même s’il a mis de longs mois à digérer cette nouvelle notoriété et cette pression, que neni ! Classé au 164ème rang au début de l’année, le voici 67ème à l’ATP, soit presque 100 places au-dessus ! Cette saison, il a connu des hauts et des bas, mais il a toujours su rebondir. D’abord en Challenger où il a atteint 4 finales (Rome, Iasi, Tulln, Barcelone) et autant de demies (Oeiras, Cherbourg, Braga, Lisbonne). Surtout, le Toulousain a disputé sa première finale sur le grand circuit, à Gstaad, après avoir dominé des spécialistes de terre battue (Juan-Manuel Cerundolo, Federico Delbonis, Cristian Garin, Laslo Djere). Enfin, c’est sur une surface moins attendue, le dur indoor, qu’il a réalisé une nouvelle épopée, au Rolex Paris Masters. Un quart de finale en Masters 1000, rien que ça, en se sortant des griffes des Espagnols Pablo Carreno-Busta (N°17) et Carlos Alcaraz (N°35), avant d’accrocher Daniil Medvedev. Ses amorties, son toucher de balle et son sourire ont conquis le coeur des Français qui ne demandent qu’à revivre ce genre d’émotions en 2022.  

Ils ont grimpé : Benjamin Bonzi, Hugo Grenier, Arthur Cazaux, Evan Furness

Ils ont tous les deux réalisé un bond de 100 places. Chacun à leur étage. De la 164ème place à la 64ème pour Benjamin Bonzi, du 250ème rang au 150ème pour Hugo Grenier. Le premier est la principale révélation de la saison, aux côtés d’Arthur Rinderknech. D’ailleurs, il le talonne à la Race (55ème et 56ème). Une différence de poids néanmoins : le Nîmois n’a remporté que 2 matchs sur le circuit principal (pour 7 défaites). C’est donc surtout en Challenger que le protégé de Lionel Zimbler s’est distingué. Une razzia de titres - 6 en tout -à Potchefstroom, Ostrava, Segovia, Saint-Tropez, Cassis et Rennes, principalement sur dur. Cerise sur le gâteau, un tour franchi à Wimbledon, avant de s’incliner en 4 manches face à Marin Cilic. De son côté, Grenier, 25 ans comme Bonzi, a parfaitement commencé l’année en remportant à Antalya son seul et unique match joué en carrière dans l’élite, soit 100% de réussite. Il s’est ensuite illustré durant la seconde moitié de la saison, glanant un trophée en Futures (Bakio), mais surtout un autre en Challenger (Roanne) au mois de novembre. Sur le circuit secondaire, le natif de Montbrison (Loire) a également atteint une finale supplémentaire à Alicante et 3 demies (Milan, Segovia, Saint-Tropez). À noter enfin quelques victoires intéressantes comme celles acquises à Orléans contre Arthur Rinderknech.

Encore plus fort, mais à un étage inférieur, la progression phénoménale d’Arthur Cazaux. En un an, il est passé du 741ème rang au 288ème, soit plus de 450 places de mieux. Finaliste de l’Open d’Australie junior en 2020, le Montpelliérain âgé de 19 ans a surtout brillé en Futures. Un joli tableau de chasse avec 2 titres (Setubal et Quinta Do Lago) et 2 finales (Meerbusch et Bacau). En Challenger, il s’est hissé en quart à Roanne, en se débarrassant de son compatriote et aîné Richard Gasquet. Enfin, il a battu son premier TOP 50, en l’occurrence Adrian Mannarino dans le tournoi ATP 250 de Genève. Classé un tout petit rang derrière Cazaux, N°289, Evan Furness a lui aussi franchi un cap important dans sa carrière. Alors qu’il végétait aux alentours de la 500ème place en début d’année, il a enchaîné les succès, 46 au total. En Futures, il a remporté deux tournois (Manacor et Vale do Lobo), en dominant Holger Rune en finale de l’épreuve espagnole. En Challenger, il a battu 3 joueurs du TOP 200 et atteint le dernier carré à Oeiras. Bref, largement de quoi acquérir une sacrée confiance en vue de la saison prochaine.

Ils ont un peu déçu : Gaël Monfils, Ugo Humbert, Enzo Couacaud

Après une deuxième partie de saison 2020 et un début d’année 2021 catastrophiques - 3 petites victoires en 17 sorties -, la faute principalement à la pandémie et des conséquences désastreuses sur son moral, Gaël Monfils a finalement retrouvé le sourire… sans toutefois retrouver son niveau d’avant Covid où, titré coup sur coup à Montpellier et Rotterdam, il était 9ème à l’ATP au moment de s’offrir 3 balles de match à Dubaï contre Novak Djokovic avant de s’incliner contre le Serbe. Le voici aujourd’hui juste en dehors du top 20 (21ème) mais il ne doit ce classement qu’au gel du classement durant la pandémie. Sa 47ème place à la Race, sans avoir remporté le moindre trophée, n’est pas à la hauteur du talent de la Monf’ ni de ses objectifs fixes avec son nouveau coach Günter Bresnik. Mais avec le retour du public dans les tribunes, le Français a affiché un bilan intéressant de 15 victoires pour 7 défaites lors des 3 derniers mois de compétition. À retenir, une finale à Sofia, une demie à Metz, un quart à Toronto et 3 huitièmes de finale à Cincinnati, Indian Wells et Paris-Bercy. Pas un seul succès contre un TOP 10 en revanche mais de quoi demeurer le numéro un tricolore. Objectif en 2022 ? Enfin réussir une saison pleine, en assimilant parfaitement les consignes de son coach qui exige de son poulain un tennis plus direct et agressif.

La saison de Ugo Humbert est assez paradoxale. Par moments, il a semblé progresser à vitesse grand V. Comme cette semaine de juin où il a pratiqué un tennis de très haut niveau lui permettant de s’offrir son premier tournoi ATP 500 à Halle avec un tableau de chasse impressionnant : Sam Querrey, Alexander Zverev, Sebastian Korda, Felix Auger-Aliassime et Andrey Rublev. Aux JO de Tokyo, porté par l’envie de briller en Bleu, il s’est offert Stefanos Tsitsipas et s’est hissé jusqu’en quart de finale. Mais certaines périodes ont ramené le Messin de 23 ans dans ses travers. Sur terre battue, une seule victoire pour 6 défaites. Il a également mis fin à sa saison prématurémment dès la fin septembre après 5 revers consécutifs. La faute à quelques doutes et une baisse de motivation. Dommage, quand on connaît les qualités offensives du jeune homme et son appétence pour le dur intérieur. D’ailleurs, en début d’exercice, il s’était distingué à Montpellier (quart), puis à Marseille (demie). Au final, le tricolore chute de 3 petites places (N°32 à N°35). Un moindre mal pour un joueur qui possède dans la raquette largement de quoi grimper au classement et s’installer dans le top 20.

On descend de deux étages pour évoquer l’année d’Enzo Couacaud. Depuis quelques saisons, on avait vu le natif de Curepipe (Île Maurice) surtout briller dans les Futures. Entre 2013 et 2017, il avait glané pas moins de 12 trophées dans cette catégorie. En 2021, il s’est distingué dans les Challengers, glanant un titre (Las Palmas) et atteignant une finale supplémentaire (Biella), à chaque fois sur terre battue. À Roland Garros, il est parvenu à passer un tour, en dominant Egor Gerasimov, avant de prendre une manche à Pablo Carreno-Busta le surlendemain. Une première réussie dans le grand tableau d’un tournoi du Grand Chelem. Pas de quoi jouer régulièrement sur le circuit principal, mais assez pour s’en rapprocher. À 26 ans, voici le franco-mauricien en embuscade au 180ème rang, soit 31 places de mieux qu’au début de l’année (N°211). Mais le talent de ce joueur (26 ans) aurait pu lui permettre d’entrer dans le top 200. Un doute subsiste encore sur sa capacité à s’installer au plus haut niveau. Espérons que 2022 lui permette de poursuivre sa progression et franchir un nouveau palier.

Ils ont décliné : Jérémy Chardy, Adrian Mannarino, Richard Gasquet, Corentin Moutet

Le Palois avait pourtant parfaitement débuté l’année avec deux demies à Antalya et Melbourne, ainsi que deux quarts à Rotterdam et Dubaï. Avec au passage des victoires sur Fabio Fognini, Taylor Fritz, David Goffin, Alex de Minaur et Karen Khachanov. Puis, excepté un joli parcours aux JO de Tokyo (quart), il a perdu confiance (5 victoires 12 défaites), avant d’interrompre sa saison prématurément (fin août) après avoir mal réagi au vaccin contre la Covid. Il est sorti du top 100.

Adrian Mannarino termine lui l’exercice tout juste dans le TOP 100 à la Race (N°98). C’est mieux au classement technique (N°71), mais il a indéniablement perdu de la valeur sur le marché tennistique, puisqu’il était 34ème mondial au moment de débuter la saison. C’est surtout la première moitié de l’année qui a enrayé la belle mécanique du contreur gaucher. Entre janvier et mi-juin, il présente un ratio bien trop faible pour un joueur de son niveau, avec 6 succès pour 16 défaites, soit seulement 37% de victoires. Évidemment, la période sur terre n’aide pas (7 revers en autant de matchs joués), lui qui n’a remporté que 22% de ses rencontres en carrière dans ces conditions de jeu. Heureusement, le Français est nettement plus performant sur les surfaces qui offrent un rebond plus bas. Ainsi, il s’est distingué sur gazon à Majorque (demie) et sur dur indoor à Moscou (quart, en dominant au passage Andrey Rublev). Mannarino devra néanmoins faire bien mieux en 2022 pour revenir dans le TOP 50.

À 35 ans, Richard Gasquet a de plus en plus de mal à performer au plus haut niveau. La passion est toujours intacte mais cette année, l’ancien TOP 10 a reculé de presque 40 places (N°48 à N°87). Rien d’étonnant avec l’âge et l’accumulation des blessures, notamment celle au pied qui l’a obligée à ne s’aligner que dans 4 tournois lors des 4 premiers mois de compétition. Puis le Biterrois a contracté la Covid-19 et n’a finalement commencé réellement sa saison qu’au mois de mai. Toujours aussi fan de son sport et enthousiaste à l’idée de prolonger sa carrière, l’homme au 15 titres en carrière est fier de son année. « C’est limite ma plus belle saison », lançait-il dernièrement, heureux d’avoir surmonté ses pépins physiques. À Lyon et Parme, il a atteint les quarts. En battant Diego Schwartzman sur son chemin. À Umag, il se hisse jusqu’en finale. Son magnifique revers à une main peut encore faire des dégâts sur terre battue. Sur dur, il a joué un autre quart à Winston-Salem, et à Rennes, en Challenger, il s’offre un dernier carré. Oui, Gasquet vieillit, mais il résiste et montre bien qu’il existe encore sur le circuit.

La chute n’est pas dingue (12 places), mais on peut être à peu près certain que Corentin  Moutet espérait mieux de son année. À 22 ans, le Parisien se voyait peut-être intégrer pour la première fois le TOP 50 en 2021. Au contraire, il a légèrement baissé au classement (N°80 à N°92), ne jouant que 25 petits matchs sur le grand circuit. Un bilan mi-neutre, mi-négatif (12 succès, 13 défaites), marqué par une saison coupée en deux parties bien distinctes. Il démarre sur les chapeaux de roue avec une demie à Melbourne (ATP 250), en se payant Frances Tiafoe et Grigor Dimitrov. En avril, il s’offre deux belles victoires sur la surface ocre, contre Daniel Evans (Barcelone) et Denis Shapovalov (Estoril). Puis le trou noir : 3 petits succès en 12 matchs. Moutet achève néanmoins l’année sur une bonne note, avec un dernier carré au Challenger d’Orléans.

Ils sont passés au travers : Benoit Paire, Pierre-Hugues Herbert, Gilles Simon, Lucas Pouille, Grégoire Barrère, Antoine Hoang

À l’instar de Gaël Monfils, Benoit Paire n’a pas du tout apprécié jouer en période de crise sanitaire aigüe. C’est même un euphémisme, tant le Français a maintes fois expliqué avoir très mal vécu la vie sur le circuit sous bulle. Entre août 2020 et avril 2021, il n’a remporté que deux petits matchs pour 16 revers. Bizarrement, le retour du public dans les tribunes n’a pas eu un effet positif immédiat pour l’Avignonnais. Ce dernier a totalement raté la saison sur terre jusqu’à Roland Garros (2 victoires pour 10 défaites) et celle sur gazon (2 revers en autant de rencontres disputées). Le tricolore s’est finalement réveillé à Hambourg puis Gstaad - quart de finale dans les deux cas -, avant de réaliser un coup d’éclat au Masters 1000 de Cincinnati (encore un quart, après avoir battu Denis Shapovalov et John Isner). Si son classement à la Race est problématique (N°85), le ranking ATP reste convenable (N°46), malgré une chute de 18 places sur l’ensemble de l’année (N°28 début janvier).

Pour tous ces joueurs, l’année 2021 est à oublier. Pierre-Hugues Herbert (N°111), Gilles Simon (N°124) et Lucas Pouille (N°155) sont tous sortis du TOP 100, chutant d’une trentaine de places minimum. L'Alsacien n’a connu qu’un temps fort - en simple bien sûr -, à Marseille, un tournoi dur intérieur où il a atteint la finale en dominant lors de son parcours Cameron Norrie, Stefanos Tsitsipas et Ugo Humbert. Sinon, il n’a jamais réussi à remporter deux matchs d’affilée dans les tableaux principaux. L’ancien N°6 mondial connaît lui une chute de 60 places tout pile. Il n’a gagné que 5 matchs sur le circuit principal (pour 17 revers). Une saison galère pour Simon marquée par un seul bon tournoi (quart à Moscou) et des douleurs récurrentes au dos, l’empêchant de bien jouer deux fois de suite. Enfin, le Nordiste dégringole de 81 rangs. L’ex 10ème joueur mondial n’a lui aussi remporté que 5 rencontres (pour 14 défaites) et ne semble pas parvenir à retrouver son niveau d’avant son opération au coude (juillet 2020).

Valeurs montantes du clan Bleu en 2019, Grégoire Barrère et Antoine Hoang sont rentrés dans le rang en 2021. Tous les deux anciens TOP 100, les voici aujourd’hui plus proche de la 200ème place. Le premier est passé de la 111ème à la 167ème, le second de la 121ème à la 198ème. Sur le circuit principal, les deux hommes n’ont remporté qu’un seul match cette saison. Le Francilien a néanmoins atteint une finale en Challenger à Lille, alors que le Varois s’est illustré en s’extirpant par deux fois des qualifications en Grand Chelem (Wimbledon et US Open). Forcément, l’un comme l’autre espère rebondir en 2022.      

Classement à la Race des Français en 2021