ATP / Benoit Paire : « Je suis normal, je suis un être humain comme vous »

Sorti au 3ème tour de l'Open d'Australie par le n°5 mondial Stefanos Tsitsipas, Benoit Paire a laissé au tour précédent l'image d'un joueur sensible qui a pu adoucir certains commentaires sur sa personnalité. Particulièrement ému lors de sa victoire contre Grigor Dimitrov, le Français a laissé son coeur parler au journaliste sur le court, dévoilant ainsi sa sensibilité et son émotion en tant que joueur, mais aussi en tant que personne.

 

Le Français a bien conscience qu'il est imparfait et que ses saisons sont faites de hauts et de bas. En 2021, Paire a particulièrement souffert, avec un bilan décevant de 13 victoires pour 30 défaites. L'ex 18ème mondial peut rivaliser avec certains des meilleurs joueurs du monde lorsqu'il est dans les meilleures conditions pour jouer son meilleur tennis. Lors de sa victoire passée contre Grigor Dimitrov, il est apparu un Benoit Paire ému par sa belle victoire, mais aussi par tout ce qu’il a traversé durant ces 18 derniers mois : « Ça a été une année de m** l'année dernière, c'était compliqué. Cette année ça commence de la même manière : je suis positif (à la Covid), je fais 7 jours d'isolement. Ça commence encore comme de la m*** et finalement je suis là, je m'accroche. Je fais un gros match aujourd'hui, un de mes meilleurs depuis très longtemps. Pour moi c'est que du positif. […] J'ai été beaucoup critiqué. Au bout d'un moment, c'est pesant. C'est vrai que quand j'arrive à faire des matchs comme ça, j'ai du soutien ici, avec les supporters français. Franchement, il n'y a rien de mieux ! »

A tête reposée, Benoit Paire s’est exprimé à nos confrères d’ATPTour.com. Il confie son bonheur de retrouver des conditions normales de jeu, avec du public, malgré le contexte sanitaire toujours aussi pesant sur le continent australien : « Je me sens bien, je suis très heureux. C'était un bon match. Pendant longtemps, je n'ai gagné aucun match en Grand Chelem. Je pense que mentalement, j'étais très bon. Je suis fier de moi et de ce que j’ai accompli. […] J'aime beaucoup le tennis. J'aime vraiment être sur le court. Je n'aime pas m'entraîner, mais j'aime juste être sur le terrain. J'aime ressentir le soutien de la foule. Pendant la pandémie, c'était vraiment compliqué de jouer sur un court vide. Pour moi, c'est un peu plus difficile à vivre que pour les autres joueurs. »

 

 Mi-fantastique, mi-catastrophique : Benoit Paire, le créatif imprévisible

La palette technique de Paire sur le terrain frise parfois l'irréel. Doté d’un toucher de balle sensationnel et d’un revers à deux mains parmi les plus agressifs du circuit, le Français est aussi l’un des seuls joueurs du circuit - avec Nick Kyrgios - à réaliser plus d'une dizaine d'amorties pendant un match, à frapper une demi-volée entre ses jambes ou, plus improbable, à tenter une volée amortie rétro plutôt que de terminer simplement le point sur le côté ouvert du court. C’est simple : quand Paire est à son "prime" et que ses coups fonctionnent, cela déstabilise son adversaire. Et la foule adore. A l’instar de l’Australien, il n'y a rien de plus beau pour lui que de rendre les fans heureux de la sorte : « Je pense que les gens viennent me voir juste pour ça. Je dois le faire, même si je rate. Je dois essayer. Je trouve ça bien. Même si ça me manque, je veux profiter et m'amuser sur le court. Je veux que les gens quittent le stade et soient heureux, peu importe mon propre résultat. Je veux que les gens rentrent chez eux et disent : 'Oh, tu as vu ce que Benoit a fait ? C'était fou ! J'ai envie d'essayer à l’entraînement !'»

S’il est techniquement doué, Paire est aussi le premier à admettre qu'il perd sa concentration plus souvent que la plupart des autres joueurs. On l’a régulièrement observé fracasser sa raquette, protester contre l’arbitre au point de sortir de son match, jurer sur le court, ou pire, balancer ses matchs. Que cela concerne l’adversaire, le public, les balles, la météo, une éventuelle injustice, ou lui-même, le moindre fait extérieur peut le faire dérailler. On peut penser que faire les gros titres en tant qu’enfant terrible du tennis français ne le dérange guère, mais il n’en n’est rien. C’est un grand sensible qui n’hésite pas à montrer son spleen sur le court de quelque manière qui soit quand le tennis ne va pas dans son sens. En clair : Paire a horreur de rater, plus que la norme. Il connaît son tempérament et apprend au fil des saisons à faire avec. Il est bien conscient qu’il y a des joueurs, professionnels ou non, comme lui : « Certaines personnes m'aiment et certaines personnes me détestent. Les gens qui aiment ne jouer qu'une fois par semaine et qui regardent un match de l’équipe de France, ils disent : 'On aime Benoit pour ce qu’il est. Nous aimons profiter, nous prenons une bière après le match, pas forcément s’entraîner comme des bêtes pendant des heures à la salle de muscu ou sur le court. Les autres me disent : "Quel gâchis, il n'est pas assez sérieux pour être un joueur de tennis professionnel, il ne pense pas assez au tennis, il aurait pu finir Top 10 mondial s’il était plus concentré". Mais que dire, en réalité ? C'est ma vie, j’ai la chance d’être là où je suis, et je profite autant que possible car je n’ai jamais été formaté à devenir n°1 mondial dans ma carrière. »

On comprend donc que la quête de la réussite absolue n’est pas au programme. Et ça se respecte. Toutefois, contrairement aux apparences, il reste un compétiteur qui a horreur de fauter, de rater, de perdre.

 

Fête, bières, teinture de cheveux et grosse barbe, Benoit Paire ne fait rien comme les autres

Benoit Paire adore se différencier de la masse. Il se teint les cheveux, laisse pousser une barbe particulièrement fournie rappelant celle de Sébastien Chabal, achète ses tenues au magasin comme tout le monde lorsqu’il se retrouve sans sponsor, et vient s’entraîner - ou jouer - avec seulement deux raquettes. Tout cela, quand d’autres prévoient un sac entier et intègrent une routine de vie stricte et réfléchie. Ce qui a déjà eu le don d’amuser certains de ses collègues, comme Adrian Mannarino lorsqu’ils jouaient ensemble en double il y a quelques semaines. C’est un joueur comme les autres, comme il tend à le rappeler : « Je pense que les gens oublient parfois que nous ne sommes que des humains. Nous aimons simplement profiter de la vie. Nous aimons aussi être en famille ou entre amis, mais aussi visiter le pays où on se trouve. Pour moi, c'est comme ça que je suis. »

Retombé au 56ème rang mondial, Paire aborde cette nouvelle saison avec un état d’esprit plus positif et une envie retrouvée de jouer au tennis devant du public. Un public qu’il aime et qui l’aime en retour. En affirmant qu’il ne se considère pas comme une célébrité, il se retire une partie de la pression que la vie sur le circuit impose : « Honnêtement, être à la télé n'est pas un problème pour moi. J'aime l’exercice, je me sens à l’aise face caméra. J'ai des gens qui sont fans de moi, et j'apprécie vraiment ça. Je ne peux pas m'en plaindre. Je n'ai aucun problème à passer à la télé et à changer de couleur de cheveux, aucun problème. Et puis si vous voulez dire bonjour et prendre une photo, je ne dirais jamais non !»

Plus que l’envie de se présenter comme un joueur normal, l’Avignonnais a trouvé en ses fans un certain apaisement dont il avait tant besoin depuis des années. Il se sent enfin apprécié à sa juste valeur par un public de plus en plus nombreux à l’accepter tel qu’il est. Public qui le prenait majoritairement en grippe par le passé à cause de son comportement. Par exemple, il ne filtre pas ce qu'il met sur ses réseaux sociaux. S'il est à la piscine en train de se détendre avec un verre, il n'a pas peur de l'afficher. S’il a un message à faire passer, il ne prendra pas plus de gants. Son caractère si authentique a été remarqué par Celio, qui a lancé une collection « be normal » à son effigie. En fin de compte, Paire veut que les fans le voient tel qu'il est : « Les gens me voient parfois un peu trop détendu, profitant trop de la vie, et ils disent que c'est parce que tu as fait une fête ou que tu as bu du vin rouge ou une bière que j’ai perdu au tennis. Cela n’a rien à voir. Pour moi, si je ne fais pas ça, je vais perdre à coup sûr parce que je ne me sens pas bien. Si on fait le bilan de ma carrière jusqu’ici, j'ai gagné trois titres, et j’ai été n°18 mondial avec cet état d’esprit. Après, je reste joueur de tennis avant tout. Je suis plus concentré sur mon tennis quand c'est un tournoi. Je ne fais pas de fête avant mon match. Mais j'aime juste être comme un humain normal qui visite un pays ou une ville différente », a déclaré Paire.

 

Paire et l’après-carrière : premières réflexions

Paire se verrait bien rester dans le milieu du sport après sa carrière. Avant de se lancer, il indique qu’il aimerait prendre deux années sabbatiques, le temps de se vider l’esprit de la vie sur le circuit autour du monde. Aussi fou que cela puisse paraitre, le natif d’Avignon aimerait s'imaginer un jour dans la peau d'un entraîneur : « Si quelqu'un a besoin d'aide et qu'il vient me voir et que c'est un bon projet, pourquoi pas ! J'aime le tennis, alors pourquoi ne pas être sur le circuit dans un autre rôle ? Peut-être que je serais strict, peut-être pas. Une chose est sûre : je ne serai pas le même homme que le joueur que je suis aujourd’hui. On verra le moment venu ! » dit-il.

Avec ses excès et ses faiblesses, le tricolore se dresse en porte-étendard du Tennis Imparfait. Celui que l’on pratique en Interclubs, un lendemain de fête bien arrosée, à l’entraînement, sans trop se fouler, mais avec les copains. Mais surtout, celui qui nous fait sortir de nos gonds sur une anonyme double faute ou un coup droit penalty manqué, alourdir notre bras au service sur balle de break, ou encore celui qui nous frustre de jouer un limeur qui ne rate rien.

« Je suis comme vous et je veux montrer que je suis comme vous. Ce n'est pas parce que je suis joueur de tennis et que j'ai gagné de l'argent et des tournois que je ne suis pas comme vous. », conclut-il. Dans l'esprit de Benoit Paire, il n'est pas différent de nous autres, et c’est ce qui fait sa force. Tantôt agaçant, tantôt attachant, il est surtout humain : Docteur Benoit et Mister Paire ne serait-il pas finalement un être unique et indivisible rempli de contradictions ? Un être humain tout simplement ?