ATP / Berrettini, l'heure de gloire est arrivée ?

Nous espérions voir un tricolore en demi-finale d’un Grand Chelem pour la première fois depuis 2019, mais Matteo Berrettini nous a privés de ce bonheur après un combat de 3h45 face à Gaël Monfils. Dominateur pendant deux sets, le n°7 mondial a subi le retour en force du Français dans les deux manches suivantes et a été moins impressionnant que d’habitude sur ses mises en jeu (61% de premières et 13 balles de break concédées). Au cinquième, alors que Monfils avait repris le dessus dans le jeu, l’Italien a su inverser le momentum et retrouver de la fraîcheur et de la solidité au service (aucune balle de break concédée). « C’était un gros combat contre Gaël. Forcément à deux sets à rien on pense un peu à la demie, mais j’étais concentré sur mon match. J'ai retrouvé mon tennis dans le 5ème comme contre Alcaraz. »

Mais si la déception prime en France après ce match, c’est tout sauf une surprise de voir Matteo Berrettini dans le dernier carré de cet Open d’Australie. L’Italien est extrêmement régulier depuis de longs mois et ses résultats parlent pour lui. Sur l’année 2021, il a notamment signé 5 finales en 14 tournois (en comptant l’ATP Cup), tout en remportant 89% de ses matchs contre les joueurs classés en dehors du Top 10. En Grand Chelem, le Romain est tout aussi impressionnant avec quatre quarts de finale consécutifs depuis Roland Garros, avec en point d’orgue une magnifique finale à Wimbledon. Durant cette période, Novak Djokovic est même le seul joueur du circuit à l’avoir battu lors d’un Majeur, où il a réalisé un 15/15 face aux joueurs moins bien classés en 2021.

Durant cet Open d’Australie, l’Italien n’a pas été particulièrement impressionnant sur son point fort, le service. Avec une moyenne de 8.2 balles de breaks concédées, il a été inquiété un bon nombre de fois sur ses mises en jeu. Pas de chance pour ses adversaires, Berrettini est le meilleur serveur sous pression, selon les statistiques de l’ATP.  Sur les trois derniers Grands Chelems sur dur, il est en tête du classement mondial des balles de break sauvées (77%) juste devant Reilly Opelka (75%), la référence en matière des grands serveurs. Une tendance qui s’est encore vérifiée ce mardi face à Monfils puisqu’il a remporté 5 des 8 jeux où il a été en difficulté et sur le point de concéder un break.

Alors que son compatriote Jannik Sinner a éclos très jeune en intégrant le Top 10 à 20 ans, Matteo Berrettini, lui, a connu une progression plus « lente » (il n’était pas encore dans les 500 premiers à cet âge). Aujourd’hui en demi-finale d’un Majeur pour la troisième fois de sa carrière à 25 ans, il égale Adriano Panatta au palmarès (Roland Garros 1973, 1975 et 1976). « Cela veut dire que je réalise de grandes choses, mais c’est quelque chose que je n’aurais jamais imaginé réaliser étant jeune. Je me rappelle être ici, jouant les juniors en me disant que peut-être je disputerais les qualifications. »

Et si l’Italien est aujourd’hui un joueur établi du Top 10, c’est avant tout grâce à un énorme travail qui lui a permis de progresser au fil des années et à une mentalité de gagneur. 135ème fin 2017, il dispute son premier match ATP à Rome, invité par l’organisation. Dès la saison suivante, les progrès se font sentir et il ne tarde pas à décrocher son premier titre à Gstaad en juillet face à Bautista Agut (ne concédant aucun set sur l’ensemble du tournoi). Avant de continuer son ascension au gré de ses victoires (Stuttgart et Budapest en 2019) et de ses performances en Grand Chelem (première demie à l’US Open 2019). « Pour devenir meilleur, vous devez échouer. Après certaines défaites, je ressentais de la colère, mais d’une manière positive. Je ne voulais plus jamais perdre de cette façon. Je pense que vous avez besoin de ça pour avancer. » Un développement qu’il doit en partie à son entraîneur Vincenzo Santopadre, avec qui il travaille depuis près de 10 ans. « Je travaille avec Vicenzo depuis une dizaine d’années donc notre relation est très forte. Nous nous comprenons avec un simple regard. Je crois que nous avons beaucoup progressé tous les deux. Je suis persuadé que l’on peut accomplir encore plus de choses ensemble. »

Mais ne lui demandez pas de se satisfaire de ce qu’il a accompli. Berrettini a toujours la tête tournée vers l’avenir. « Vous ne pouvez pas vous satisfaire de ce que vous avez fait dans la mesure où il y a toujours un tournoi la semaine suivante. Le principal, c’est que chaque fois, vous ayez donné votre maximum. »

Le prochain rendez-vous pour l’Italien, c’est une demi-finale de Grand Chelem face à Rafael Nadal, celui qui l’avait privé, à l’époque, d’une première finale de Majeur à New York. « C’était un match très difficile pour moi. C’était ma première demie en Grand Chelem, donc je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. J’avais eu des balles de set dans la première manche. Je pense que ce sera un beau combat. Il a aussi joué cinq sets aujourd’hui donc il aura besoin de repos. Il est un peu plus vieux, mais il a beaucoup d’expérience. »

Mais deux ans et demi plus tard, ce n’est plus le même Berrettini qui va se présenter sur le court. Et ce n'est plus le même Rafael Nadal non plus. Un sacré duel en perspective pour l'Espagnol qui reste confiant en ses chances et malgré un match très éprouvant physiquement ce mardi : « C'était important de jouer mardi après un tel match. Je n'ai plus 21 ans. C'est super d'avoir deux jours de repos complets avant la demi-finale. Dans le 4ème set, j'ai commencé à avoir mal à l'estomac, alors j'ai demandé à la fin du set s'ils pouvaient faire quelque chose. Ils ont pris la tension, vérifié que tout allait bien dans mon corps. Ensuite, j'ai pris des comprimés mais dans le cinquième set, c'était moyen. J'ai eu de la chance de bien servir. J'étais complètement détruit. Ce fut une journée très difficile, très chaude. Je n'étais pas forcément préparé pour ça. J'ai eu un peu de chance au début du cinquième parce que Denis est très talentueux, très agressif. Son service est énorme. Les conditions n'étaient pas si dures au début du tournoi. Au moins, c'était un bon test pour moi et je crois vraiment que je serai prêt pour vendredi. »