ATP / Buenos Aires : « Juan Martin n'a pas été respecté comme il le méritait »

Sebastian Torok, une référence du journalisme en Argentine, a recueilli pour La Nacion, des témoignages de divers acteurs du tennis argentin sur l'annonce de Juan Martin Del Potro concernant sa retraite imminente.

C'est d'abord Modesto Vázquez, ancien capitaine de Coupe Davis entre 2009 et 2011 [battu en finale par l'Espagne en 2011], qui rappelle combien Del Potro avait été fortement critiqué à ses débuts : « Juan Martín a subi une chose horrible. Il y avait des obstacles physiques et aussi, incroyablement, les doutes de beaucoup de gens. Il a été fortement critiqué. Certains l'appelaient "poitrine froide" ! Il a traversé une période difficile pendant laquelle il n'a pas été respecté comme il le méritait. Il a passé un mauvais moment et parfois il s'est beaucoup enfermé, il s'est entraîné presque caché. Il n'avait pas une saine liberté. Il y a quelques jours, je l'ai revu au club, il est venu sur le court où j'étais, il m'a salué et ça a été un choc. Je le vois relâché, détendu, comme s'il avait obtenu quelque chose de lui-même. S'il décide de dire au revoir, il doit partir en tournée et être applaudi partout. Il le mérite. Nous avons Guillermo Vilas tout en haut du piédestal. Guillermo Coria a aussi écrit l'histoire. Mais pour moi, Juan Martin était sur le point de les dépasser. »

Leonardo Mayer, retraité du circuit en 2021, appréhende le vide que va laisser son ami : « J'ai été un peu surpris d'apprendre que Juan prenait sa retraite parce que je lui parlais tous les jours. Il me disait qu'il allait bien ou mal mais qu'il avait vraiment envie de continuer. Mais, il veut vivre comme un homme de 33 ans et il faut le mettre sur la balance. Quand il jouait, il atteignait les demi-finales quasiment à chaque tournoi. C'est la chose la plus choquante : arrêter de le voir concourir. Je comprends sa position de ne plus vouloir subir ces douleurs qui doivent être insupportables à vivre. Il y aura un vide pour longtemps sur le circuit et pour les Argentins. Ce sera difficile de ne plus le voir... », ajoute le son ancien partenaire de Coupe Davis avec qui il a remporté le Saladier en 2016.

Le président de la Fédération argentine, Agustín Calleri, comprend la décision de Del Potro. Lui-même a été blessé dans sa carrière : « Il avait les qualités techniques et physiques pour être là-haut. Sans ses blessures, il aurait été numéro un mondial. Mais chaque joueur sait quand le moment est venu. Il arrive un moment où il faut préserver sa santé : la vie continue après le tennis. Ce n'est pas facile de vivre avec la douleur. Cela m'est arrivé avec mon épaule droite : il est arrivé un moment où je n'ai pas pu prendre ma fille dans mes bras. J'ai pris ma retraite à Wimbledon 2009 et j'ai été opéré. Aujourd'hui, j'ai cinq vis à l'épaule. J'espère que Juan Martín continuera à jouer encore un peu. Il le mérite. Il verra comment son genou réagit et puis, s'il ne peut pas continuer, la vie continue. »

Pablo Fuente, qui était l'entraîneur de Juan Martin en 2006 lors de sa dernière venue à Buenos Aires, est évidemment très triste d'imaginer le tennis sans lui : « C'est un super-héros dont vous pensez qu'il ne mourra jamais. Avec un si bon joueur, vous pensez que, peu importe le nombre de mauvaises choses qui lui arrivent, il reviendra. Que retenir de cette année 2006 ? Ce qui m'a le plus marqué, c'est qu'il est passé d'un entraînement à Tandil à jouer sur un court du circuit ATP contre Ferrero sans aucun problème. J'étais nerveux et j'ai pensé : 'Comment va faire ce garçon de 17 ans pour jouer contre l'un des meilleurs joueurs du monde ?' Et quand il a frappé la première balle, j'ai vu que c'était un joueur à part, unique. J'ai réalisé que c'était un phénomène. »

Source : La Nacion, Sebastian Torok