ATP / Effet rétro : 2011, la prise de pouvoir de l'empereur Novak

Novak Djokovic est revenu en 2021 à hauteur du duo Roger/Rafa dans la course aux Grands Chelems. En revanche, le Serbe est déjà passé devant « Roger » au niveau du nombre de semaines en tête du classement ATP : 353 contre 313, série en cours. 353 semaines ! Soit presque 7 années complètes ! Hallucinant ! D’autant plus remarquable quand on se souvient que Djokovic a été numéro 1 mondial pour la première fois il y a seulement 10 ans, précisément le 4 juillet 2011, à l’issue de son premier titre à Wimbledon. Il détrônait par la même occasion Nadal, son adversaire en finale à Londres.

Lors de cette saison 2011, qu’il débute au 3ème rang mondial, il va réaliser des performances incroyables, s’offrant la bagatelle de 10 titres dont 3 Grands Chelems, affichant surtout un ratio hallucinant face à ses deux rivaux historiques : 6 victoires face à « Rafa », 4 face à « Roger », pour une seule défaite concédée face au Suisse. Avec un bilan global de 70 victoires pour 6 défaites, c’est l’une des saisons les plus abouties du Serbe qui lui avait valu de remporter le prix Laureus du meilleur sportif de l'année. Retour sur le film de cette campagne qui a lancé la domination de Nole sur le circuit ATP (depuis 2011 : 19 Majeurs pour Djokovic contre 11 pour Nadal et 4 pour Federer)

Départ en fanfare

La première partie de saison de Djokovic est phénoménale. Il débute son année tennistique à l'Open d'Australie où, hormis un 2ème tour poussif face au Croate Ivan Dodig contre qui il concède un set, il écrase la concurrence, pourtant très relevée ! En huitièmes de finale, il ne concède que 7 jeux face à Nicolas Almagro, 14ème mondial, laminé en 3 sets secs (6-3, 6-4, 6-0). Il enchaîne en quart de finale face au Tchèque Tomas Berdych, N°6, qu’il écarte également en 3 petites manches (6-1, 7-6, 6-1), avant de s'offrir un succès face à Roger Federer en demi-finale. Et ce, avec la manière, puisqu'il ne perd pas le moindre set, s’imposant dans un match néanmoins serré (7-6, 7-5, 6-4). Il retrouve en finale le Britannique Andy Murray, à qui il ne laisse pas la moindre chance, le corrigeant en 3 sets et 2h30 (6-4, 6-2, 6-3). C’est le deuxième titre du Grand Chelem remporté par Novak Djokovic, après l'Open d'Australie 2008 contre Jo-Wilfried Tsonga.

Avant d'attaquer la tournée américaine sur dur, le Serbe effectue un crochet par Dubaï où il remporte son deuxième trophée de la saison. En demi-finale, il retrouve Tomas Berdych. Le match est très disputé, Djokovic concédant le premier set au tie-break avant de renverser la situation. Il égalise à une manche partout (6-2), avant de profiter de l'abandon du Tchèque, victime de crampes à 4-2 dans la 3ème manche. En finale, Djoko affronte Federer pour une revanche de la demie en Australie. Mais le Suisse n’aura pas son mot à dire. Confirmant ses récents progrès, le Serbe surclasse le « Maestro » en deux petites manches (6-3, 6-3). Le Serbe affiche une forme impressionnante et beaucoup d'observateurs se demandent s’il sera capable de maintenir un tel niveau de jeu lors des deux premiers Masters 1000 de l’année, à Indian Wells et Miami.

Nole va rapidement éparpiller par petits bouts façon puzzle les quelques doutes. En Californie, il réussit le tournoi parfait ! Sans doute le plus abouti de sa saison. Et pourtant, aucun de ses adversaires ne fut classé au-delà du top 40. Il débute par 3 victoires expéditives face à Andreï Golubev, Ernests Gulbis et Viktor Troicki, contre qui il ne concède en tout et pour tout que 6 jeux. En quart de finale, Richard Gasquet, 21ème à l’ATP, ne pèse pas bien lourd face à la classe et le talent du Serbe qui s'impose 6-2, 6-4. Voici déjà le troisième affrontement de l’année entre Djoko et Roger. Si le match est nettement plus disputé que les deux premiers, c'est malgré tout encore une fois Djokovic qui en sort victorieux, en 3 sets (6-3, 3-6, 6-2), se qualifiant ainsi pour la finale où il retrouve, pour la première fois de la saison, Rafael Nadal. L’affiche tient toutes ses promesses, comme souvent entre ces deux monstres. L’Espagnol remporte le premier set 6-4 et pousse Djokovic dans ses retranchements. Dos au mur, Djoko va une nouvelle fois éclabousser la rencontre de son sang-froid et de sa précision. Il remporte les deux dernières manches assez sèchement (6-3, 6-2), dépassant par la même occasion Federer au classement mondial.

Le voilà donc N°2 au moment d’entamer le deuxième Masters 1000 américain, en Floride. Il débute de la même manière qu’à Indian Wells, ne concédant qu'un jeu face à Denis Istomin, puis deux face à James Blake. En huitièmes de finale, Viktor Troicki connaîtra le même sort qu’à Indian Wells, de même que Kevin Anderson et Mardy Fish qui s'inclinent tous les deux en deux sets secs. La finale est une copie conforme de la précédente. Nadal, numéro 1 mondial, affronte Djokovic, et comme à Indian Wells, c'est le Majorquin qui démarre la finale de la meilleure des manières en enlevant le premier set 6-4. Le Serbe réagit et remporte la deuxième manche 6-3. Le troisième set est épique, finalement glané au bout du suspense par le dauphin au classement (7-6). Djokovic affiche clairement la forme de sa vie en ce début de saison 2011 : 4 tournois remportés, dont un Majeur et deux Masters 1000, pour un bilan parfait de 24 victoires en 24 matchs.

Nadal, impuissant sur ses terres

Pour le coup d’envoi de la tournée sur terre battue, Novak Djokovic fait un détour à la maison, en Serbie, où il s'aligne à Belgrade. Un cinquième trophée à la clé, après un tournoi sans faute (aucune manche perdue). Les choses sérieuses commencent vraiment lors du Masters 1000 de Madrid. Djokovic se présente avec le statut de sérieux outsider de Nadal, tenant du titre et grand favori chez lui même si Madrid n’est pas le tournoi où le Majorquin affiche son meilleur bilan (83% de victoires à Madrid contre 91% sur terre battue au global). Comme convenu, les deux hommes se retrouvent en finale, Djoko ayant pris soin d'écarter plusieurs spécialistes de la surface aux tours précédents, comme Guillermo Garcia Lopez, David Ferrer et Tomaz Bellucci, non sans mal (deux sets concédés). Alors que les observateurs voient le Majorquin s’imposer, Djokovic réalise un véritable exploit en prenant finalement la mesure de Nadal pour la troisième fois en finale cette saison (7-5, 6-4).

Avant Rome, le monde de la petite balle jaune s’interroge : comment Djokovic va t-il parvenir à tenir cette cadence infernale, surtout contre Rafael Nadal, triple tenant du titre et avide de vengeance ? Mission délicate mais pas impossible, le Serbe ayant déjà battu en 2008 le roi de la terre battue dans la capitale italienne. L’édition 2011 propose à Djokovic un tableau compliqué. Il affronte Stan Wawrinka en huitièmes de finale, puis Robin Söderling en quarts et Andy Murray en demies, face à qui il finit par s’imposer au tie-break de l’ultime manche. Mais physiquement, le Serbe va tenir et la suite se termine comme dans un rêve : un succès 6-4, 6-4 contre le Taureau de Manacor, déjà sa 4ème victoire en finale face à l’Espagnol en 2011.

Federer, fin de série

Toujours numéro 2 mondial à l’ouverture de Roland Garros, Novak Djokovic se présente cette fois-ci avec le dossard du co-favori, en compagnie de Rafael Nadal. Le bilan du Serbe est stratosphérique : 36 victoires consécutives depuis le début de l’année et 6 tournois remportés ! Nole est très facile lors de ses deux premiers tours. Il écarte deux joueurs classés au-delà de la 50ème place mondiale, Thiemo de Bakker et Victor Hanescu. Un premier défi de taille se présente au troisième tour, Juan Martin Del Potro. Un match plutôt accroché, l’Argentin parvenant à prendre un set au Serbe.

En huitièmes de finale, Djokovic reprend sa marche en avant en surclassant Richard Gasquet. En quart, il profite de l'abandon de Fabio Fognini et voit se présenter face à lui Roger Federer. Cette fois, c’est bien lui qui est favori. Tout le monde imagine que le Serbe va continuer sur sa lancée et dominer le Suisse, qu’il a déjà battu à trois reprises cette saison, pour rejoindre Nadal et vivre l’une des finales les plus attendues depuis des années sur le court Philippe Chatrier. Pourtant, ô surprise, Djoko va mordre la poussière. Federer réalise le match parfait, atteignant un niveau de jeu parfois irréel. Le Maestro s’impose finalement en 4 sets, dont 2 jeux décisifs, lors d’un récital de maîtrise et de prouesses techniques. Non seulement Djokovic échoue dans sa tentative d’inscrire son nom au palmarès du Grand Chelem parisien, mais il s’incline pour la première fois cette saison, interrompant son incroyable série à 41 victoires de rang.

Un coup derrière la tête. Voilà comment on imagine Novak Djokovic après son revers en demie Porte d’Auteuil. Il n’en est rien. Le Serbe repart tout de suite au combat à Wimbledon. Il débute parfaitement le Majeur britannique en écartant aisément deux gros serveurs-frappeurs, Jérémy Chardy, puis Kevin Anderson. Au troisième tour, Marcos Baghdatis arrive à lui prendre une manche, mais rien de plus. Match après match, le Serbe se rapproche de la première place mondiale. Après avoir dominé Bernard Tomic en 4 sets en quarts de finale, il retrouve Jo-Wilfried Tsonga en demies. Le match est très serré et se joue sur quelques détails, mais c’est bien Djoko qui poursuit sa route après 4 manches et 3 heures de bataille. La finale qu’on prévoyait à Roland Garros pour la place de numéro 1 mondiale se jouera finalement à Londres. Pour la 5ème fois de la saison, Nole et Rafa se disputent un trophée. Et pour la 5ème fois de la saison, c’est le Serbe qui s’offre le titre, à l’issue d’un match globalement maîtrisé (6-4, 6-1, 1-6, 6-3). Son premier sacre à Wimbledon lui permet surtout d'accéder au sommet de la hiérarchie mondiale pour la première fois de sa carrière. Nous sommes le 4 juillet 2011. Novak Djokovic domine le tennis mondial.

Petit Chelem et fin de saison relâchée

Lors de la dernière partie de la saison, Novak Djokovic traverse l'Atlantique pour se lancer à la conquête du triptyque nord-américain Montréal - Cincinnati - US open, que seuls Andy Roddick et Rafael Nadal sont parvenus à remporter. Auréolé de son nouveau statut de leader du circuit et archi favori des 3 tournois, tout est possible. Au Canada, il profite d'une opposition moindre et remporte le titre sans affronter ni Nadal, ni Federer. Il écarte néanmoins de solides clients tels que Nikolay Davydenko, Marin Cilic, Gaël Monfils et Jo-Wilfried Tsonga. C’est le surprenant Mardy Fish qui sera lors de la finale son adversaire le plus coriace, puisque c’est le seul qui parviendra à lui enlever un set. Son bilan est toujours aussi fou : son 7ème titre en 8 tournois disputés. À Cincinnati, il se hisse une nouvelle fois en finale en écartant Gaël Monfils, profitant également encore une fois de l’abandon de Tomas Berdych en demies. En finale, le Serbe montre pour la première fois ses limites physiques face à Andy Murray. Il s'incline en jetant l'éponge, mené 6-4, 3-0.

Émoussé, fatigué, Djoko se présente néanmoins sur la ligne de départ à New York. Après deux premiers tours anecdotiques durant lesquels il ne concède que 3 jeux, il élimine successivement Davydenko, Dolgopolov et Tipsarevic pour atteindre une quatrième fois le dernier carré d’un Majeur cette année. Son adversaire, Roger Federer. Le spectre de la demi-finale de Roland Garros est encore dans l'esprit du Serbe qui débute le match de manière crispée face à un Suisse virevoltant. Ce dernier empoche les deux premières manches (7-6, 6-4) et semble bien parti pour accéder une nouvelle fois à la finale de Flushing Meadows, un Grand Chelem qu’il a déjà remporté 5 fois. Mais le Serbe parvient finalement à renverser la situation, remontant ce déficit de deux sets, une rareté face au Maestro (5 défaites en carrière en 360 matchs). Djoko gagne les 3 dernières manches 6-3, 6-2, 7-5 et s'offre ainsi une nouvelle finale, la 6ème de la saison face à Rafael Nadal ! Et comme lors des 5 précédentes, c'est encore une fois lui qui s’impose, en 4 sets (6-2, 6-4, 6-7, 6-1). Un exploit monumental !

Après ce nouveau succès en Grand Chelem, Djokovic est sur le toit du monde. Il a laminé tous ses adversaires cette saison et présente un bilan incroyable de 9 victoires pour une seule défaite face à ses deux grands rivaux. La fin de saison du Serbe sera bien moins impressionnante, en roue libre : une demie à Bâle (défaite face à Kei Nishikori), un quart au Masters 1000 de Paris-Bercy, (forfait contre Jo-Wilfried Tsonga) et une élimination dès la phase de groupes au Masters de Londres. Une fin d’année qui tranche avec les 9 premiers mois de l’année complètement fous, mais qui résulte logiquement d’un petit coup de fatigue et d’une décompression légitime.

Novak Djokovic termine néanmoins la saison avec un bilan de 70 victoires pour seulement 6 défaites et 10 titres engrangés dont 3 tournois du Grand Chelem et 5 Masters 1000 en une seule saison, et bien évidemment, la place de numéro un mondial. Une année 2011 qui a permis au Serbe de former avec Federer et Nadal le fameux Big Three. 10 ans plus tard, Nole est toujours, à 34 ans, sur le toit du tennis mondial.