ATP / Kamil Majchrzak : 2022, la saison de la renaissance ?

Victime d’une fracture de l’os pelvien il y a deux ans lors de la première édition de l’ATP Cup, Kamil Majchrzak fut ensuite éloigné du circuit pendant 7 mois. On peut donc imaginer son émotion d’avoir réussi à remporter ses 3 matchs de poule cette semaine et permis ainsi à la Pologne de se qualifier pour les demi-finales. Malheureusement rattrapé par la Covid-19, le Polonais n’a pu défendre ses couleurs ce vendredi aux côtés d’Hubert Hurkacz.

Le 4 janvier 2020, lors de la rencontre entre la Pologne et l’Argentine, Kamil Majchrzak joue blessé mais sert les dents. Il finit par s’incliner (2-6, 6-2, 2-6) face à Guido Pella mais le pire l’attend. Une grave blessure au bassin qui va le freiner dans son ascension et le priver pendant deux saisons de goûter au plus haut niveau. Depuis ce match, le Polonais n’a pas réussi à enchaîner deux victoires consécutives sur le circuit ATP. Mais l’impossibilité de pouvoir représenter son pays durant cette période l’a autant abîmé que la douleur physique et les efforts pour revenir sur le circuit : « C’était très douloureux pour moi car c’était la première édition de l’ATP Cup et je jouais pour la Pologne. Défendre les couleurs de son pays procure des émotions différentes parce que vous ne jouez pas seulement pour vous-même. Vous jouez aussi pour vos coéquipiers, pour votre peuple. » Il explique cette blessure par un manque de solidité sur certaines parties de son corps et aussi le port de chevillières :  « J’avais besoin de les enlever. J’ai eu un peur au début quand je bougeais sans. Puis un jour sur deux, je commençais à me sentir mieux. J’ai dû repartir de zéro au niveau de mon entraînement physique. Ce n’était pas facile mais j’ai réussi. »

 

Avant cette blessure, Majchrzak poursuivait une progression lente au classement ATP. Il était déjà sorti à plusieurs reprises des qualifications en Grand Chelem. En 2019, à l’Open d’Australie, il avait poussé Kei Nishikori au cinquième set. A Wimbledon, rebelote : sorti des qualifications, il s’inclinait au premier tour contre Fernando Verdasco. Mais c’est à l’US Open que la machine s’emballe lorsqu’il atteint le 3ème tour de l’US Open en tant que lucky loser avec des victoires sur Nicolas Jarry puis Pablo Cuevas. Grâce à ces résultats et un bon bilan sur le circuit Challenger (32 victoires pour 16 défaites), Majchrzak entre dans le Top 100 et grimpe même à la 83ème place.

Mais rien ne le prédestinait au tennis. C’est une suite de rencontres qui ont changé sa vie. Fils de deux professeurs des écoles et sans aucun contact avec la petite balle jaune et même avec le monde du sport en général, il est initié au tennis par une amie de la famille à l’âge de 8 ans. Très vite, il y prend goût : « J’ai vraiment aimé le tennis dès le premier coup de raquette. J’ai disputé un mini tournoi avec des débutants comme moi et je l’ai gagné. Je me suis alors dit que j’allais continuer à jouer et en fait je n’ai jamais arrêté…»

Mais les choses ne sont pas faciles pour sa famille car il n’y a aucun court couvert à proximité de sa maison. Il faut donc que ses parents le conduisent chaque soir après l’école dans un centre d’entraînement à une heure de voiture : « Mes parents ont toujours été derrière moi-même s’ils n’avaient aucun lien avec le tennis. Ils m’ont toujours soutenu, ils ont sacrifié leur vie, leurs soirées, leurs week-ends pour me permettre de disputer des tournois. Tous les joueurs de tennis font beaucoup de sacrifices mais les parents et l’entourage aussi. Je leur suis très reconnaissant qu’ils m'aient donné cette chance. »

 

C’est à cette époque qu’il fait la connaissance d’Hubert Hurkacz : « On se connaît depuis des années avec Hubi. On jouait parfois sous zéro degré en indoor. Maintenant, nous sommes ici à l’ATP Cup et lui est dans le top 10 mondial. C’est une amitié très inspirante qui nous unit. J’espère que cela va perdurer. »

 

En junior, Kamil Majchrzak s’offre des victoires sur Rublev, Medvedev ou encore Berrettini. Il remporte l’US Open en double et aussi les JO de la jeunesse en 2014. Après 8 titres en ITF, il dispute sa première finale Challenger en 2015. Mais il peine à confirmer en 2016. Il met plus de temps que les autres à éclater au plus haut niveau. Comme l'avait expliqué notre journaliste Julien Kergonou, le passage du circuit junior au circuit pro n’est pas chose facile. En 2018, il dominera Hubert Hurkacz à Ilkley sur gazon mais aussi Lloyd Harris sur terre à Anning. Son jeu complet lui permet de s'adapter à toutes les surfaces. Il monte en puissance et s’offre des succès sur Bublik et Sandgren, toujours en Challenger. En 2019, sa carrière prend un nouveau tournant avec ses premiers matchs en Majeur et ce premier sacre au Challenger de Saint-Brieuc. Il confirme quelques semaines plus tard sur terre à Ostrava en dominant un certain Jannik Sinner en finale…

Vient ensuite cette blessure début 2020. 7 mois après, Majchrzak se retrouve sans coach. Par le biais de son agent, il rencontre Joakin Nystrom, ex-n°7 mondial au milieu des nombreux talents suédois de l'époque Borg, Järryd, Wilander et autres Pernfors dans les années 80. Le Suédois décide de le prendre sous son aile en décembre 2020. Un gros travail physique et tennistique est mis en place pour retrouver son meilleur niveau et enfin exploiter son plein potentiel : « On s’entend bien avec Kamil, l’important est de s’amuser et de se respecter. C’est un gars gentil, poli, il veut se donner les moyens de progresser. Il a pris confiance en lui. Il sait que c’est un bon joueur et qu’il a de bonnes chances de battre de bons joueurs. »

 

Le n°2 polonais a récolté les fruits de son travail en représentant la Pologne lors de cette ATP Cup avec son grand ami Hubi. Bien qu’il soit aujourd’hui 108ème mondial, son niveau de jeu est bien supérieur à son classement et ce n’est qu’une question de temps pour qu’il se rapproche du top 50. Le mot de la fin lui revient : « Le tennis et moi, c’est une histoire tout à fait inattendue, mais une très belle histoire jusqu’à maintenant. »