ATP / Miomir Kecmanović : « Mentalement, je suis un autre joueur »

Grand espoir du tennis serbe, Miomir Kecmanović a peiné ces deux dernières années à se faire une place dans l'ombre de Novak Djokovic. Il faut dire que les places sont chères dans la patrie du numéro un mondial bien entouré avec Krajinovic, Djere ou encore Lajovic. Mais à 22 ans, il semble avoir franchi un cap sur ce début de saison sur le plan mental et physique. Il devrait rapidement revenir dans le top 50 où il s'était invité pour la première en 2019 grâce notamment à un 3ème tour à Indian Wells et Cincinnati ainsi qu'une finale à Antalya.

Avec seulement 3 petits succès pour 21 défaites contre le top 50, depuis la reprise du circuit à l'été 2020 après la coupure due à la pandémie, le jeune serbe semblait afficher un blocage face aux tous meilleurs joueurs du circuit. L'idée d'un plafond de verre commençait à s'immiscer dans sa tête, et le doute avec. Oui mais voilà, 2022 semble être un nouveau départ pour Kecmanović . Déjà plutôt convaincant contre Karatsev avant l'Open d'Australie, il a confirmé cet élan à Melbourne en dominant Tommy Paul et Lorenzo Sonego. Son match face à Gaël Monfils allait faire office de vrai test pour savoir ce qu'il avait vraiment dans le ventre même si sa défaite en 5 sets contre Bautista à Wimbledon annonçait déjà les prémices d'un possible envol.

Certes battu par le Français, Kecmanović a livré une belle bataille (5-7, 6-7, 3-6). Il y a évidemment encore un réel écart face à des joueurs aussi expérimentés et talentueux comme Monfils. Toutefois, cette tournée australienne lui a donné beaucoup de confiance : « Ce n'était pas un match facile à jouer contre Gaël. Il a été très bon tout au long du match. Il ne m'a pas donné beaucoup d'opportunités mais j'ai fait de mon mieux et malheureusement, ce n'était pas assez. J'avais prévu de le presser chaque fois que je le pouvais, de ne pas lui laisser le temps de jouer ce qu'il voulait, je savais que je ne pouvais pas tenir les échanges avec lui, qu'il courrait plus que moi et finirait par me dominer dans une filière longue. Je devais donc jouer comme ça mais il a réussi à mettre des coups gagnants dans des positions difficiles, il a parfois frappé de manière irrationnelle dans la balle. Si certaines balles n'avaient pas fini dans le court, qui sait ce qui se serait passé, mais elles sont rentrées. »

Le principal enseignement de cette tournée pour le Serbe est peut-être sa capacité à tenir un niveau de jeu élevé dans l'intensité. Il a été sur cet aspect supérieur à Paul et Sonego. Et c'est très bon signe pour la suite de sa saison. Alors qu'il n'avait jamais réussi à faire mieux qu'un deuxième tour en Grand Chelem, suggérant l'idée qu'il était physiquement incapable de tenir dans des formats en trois sets gagnants, il a cette fois atteint le 4ème tour sans aucun problème physique : « C'est une semaine phénoménale pour moi. J'ai réalisé un parcours que je n'avais pas réalisé jusqu'à présent. J'ai montré des choses sur le terrain que je n'avais jamais faites auparavant, ce qui me rend fou de joie, car nous avons travaillé à l'intersaison pour que je puisse être un meilleur joueur. Aujourd'hui, je suis fatigué mais je suis satisfait de mon jeu, je ne peux pas être en colère contre moi-même. J'ai amélioré ma forme physique. J'ai pu jouer quatre matches. Les années précédentes, je ne pouvais pas jouer autant, ni garder le niveau aussi longtemps. Sur le court aussi, je montre plus d'énergie et d'envie, je mords plus, j'ai réussi à faire tourner la partie mentale dans un meilleur sens. »

Miomir Kecmanović va prendre désormais la direction de Belgrade où il passera sept jours avant de partir pour Buenos Aires, où il retrouvera son entraîneur David Nalbandian : « Je vais chez David pour travailler un peu, il sera là avec moi. J'aime sa façon de penser, son énergie, il a changé beaucoup de choses l'année dernière, cela ne s'est pas vu, car je n'ai obtenu aucun résultat, mais maintenant je montre lentement tout ce sur quoi nous avons travaillé. Je m'adapte mieux à la balle, je bouge mieux, je n'essaie plus de frapper avec la main. On verra si j'arrive à maintenir ce niveau, j'espère que j'y arriverai. »

Sur quoi le Serbe peut encore progresser pour capitaliser sur ces récents progrès ? « Malheureusement, je n'ai pas bien servi aujourd'hui contre Gaël. Si j'avais eu un pourcentage plus élevé, peut-être que ça aurait été mieux. Il y a un million d'autres choses que je peux faire, variation, extensibilité des épaules, renforcement... J'espère que je pourrai encore améliorer le service. »

Prochain rendez-vous pour le Serbe, les tournois de Cordoba et de Buenos Aires. Une Golden Swing qui réussit rarement aux Européens comme on l'avait décrypté l'an passé avec Corentin Moutet. Notre consultant Florent Serra, lui aussi, en garde une mauvaise expérience : « C'est une tournée qui est très difficile parce qu'il faut un temps d'adaptation pour jouer sur terre battue et la Golden Swing arrive très vite après la tournée australienne. On affronte là-bas des adversaires qui jouent tout le temps sur terre et qui n'ont pas besoin de ce temps d'acclimatation. Ce sont des adversaires qui arpentent la terre battue, qui ont été formés sur terre battue. En février, quand on arrive en Amérique du Sud, on n'a pas joué sur terre depuis le mois de mai de l'année d'avant (ou juillet pour certains). L'ambiance est incroyable et très difficile. Je me souviens d'un match contre Agustin Calleri à Buenos Aires, le public était très hostile et pas facile à gérer. Les voyages étaient éprouvants aussi pour aller d'un tournoi à un autre. On se rend pas compte quand on est Européen de la facilité qu'on peut avoir à voyager en Europe. Les conditions humides sont pas évidentes mais pas forcément plus difficiles qu'en Australie. »

Source : https://sportklub.rs/tenis/grand-slam/australian-open/kecmanovic-vise-grizem-mentalno-sam-drugi-igrac/