ATP / Nadal, l’arbre qui ne cache pas la forêt

Ce n’est pas un scoop, car vous l’avez déjà lu, vu ou entendu : Rafael Nadal réalise le plus beau début de saison de sa carrière. Déjà trois titres à son actif, Melbourne, l’Open d’Australie, son 21ème Majeur, et Acapulco. Le Majorquin a disputé quinze rencontres pour autant de victoires. Un exploit monumental alors qu’il avait dû stopper son année 2021 début août en raison d’une grave blessure au pied. Aujourd’hui installé au quatrième rang mondial, le champion ne compte que 2100 points de moins que le nouveau leader du classement, Daniil Medvedev. Au rythme où Nadal engrange les succès, on peut se demander si cet incroyable athlète n’est pas en mesure de venir déloger le Russe tout en haut de la hiérarchie. 

Rafael Nadal va donc bien, très bien, merci pour lui. Mais qu’en est-il du tennis espagnol dans son ensemble ? Comme le taureau de Manacor occupe une grande partie de l’espace médiatique, on a tendance à oublier à quel point ses compatriotes réalisent eux aussi des merveilles, à leur niveau. Et ce malgré la retraite de David Ferrer et la chute progressive et logique de Fernando Verdasco et Feliciano Lopez. Un premier élément de réponse provient du classement ATP. Dans le TOP 20, on compte 4 Espagnols (Rafael Nadal, Roberto Bautista Agut, Pablo Carreno Busta et Carlos Alcaraz), soit le nombre le plus élevé pour une nation, devant la Russie (Daniil Medvedev et Andrey Rublev), l’Italie (Matteo Berrettini et Jannik Sinner), le Canada (Félix Auger-Aliassime et Denis Shapovalov) et les États-Unis (Reilly Opelka et Taylor Fritz), des pays qui présentent deux de leurs ressortissants dans ce club très prisé. 

Dans le TOP 100, l’Espagne est encore très bien placée. Avec 10 représentants (ajoutez aux quatre patronymes précédents Albert Ramos-Vinolas, Alejandro Davidovich Fokina, Pedro Martinez, Pablo Andujar, Roberto Carballes Baena et Jaume Munar), elle figure au deuxième rang juste derrière les Américains (12) et devant les Français (8). Ensuite, le palmarès 2022 éclaire encore davantage sur la santé florissante du tennis outre-Pyrénées. Sur les 18 tournois disputés depuis le début de l’année, les Espagnols ont soulevé 7 trophées, soit près de 40%. Le mois de février a été particulièrement prolifique. D’abord, Rafael Nadal s’est imposé à Acapulco, son quatrième titre dans la ville mexicaine. Ensuite, la tournée sud-américaine sur terre battue a été l’occasion pour les joueurs hispaniques d’asseoir leur domination sur la surface ocre. Sur quatre épreuves, ils en ont remporté trois. Albert Ramos-Vinolas à Cordoba, Carlos Alcaraz à Rio et Pedro Martinez à Santiago. Seul Casper Ruud, qui s’entraîne régulièrement dans l’académie de Rafael Nadal à Majorque, a tiré son épingle du jeu à Buenos Aires. Enfin, l’infatigable Roberto Bautista Agut a conquis son dixième trophée à Doha, au Qatar. 

C’est une évidence, le niveau moyen des tennismen espagnols est très élevé et ils ont une faculté remarquable à combattre afin de parvenir à leurs fins. Le constat est d’autant plus vrai sur terre battue, une surface sur laquelle il faut puiser très profondément dans ses ressources physiques et mentales pour prendre le dessus sur l’adversaire, dans des matchs qui peuvent dépasser trois heures de jeu. Plus fort encore, la capacité du contingent à se renouveler sans cesse. L’année dernière, avec un Rafael Nadal blessé durant le troisième tiers de la saison et un Carlos Alcaraz pas encore arrivé à maturité, le tennis espagnol masculin n’avait empoché « que » 6 titres au total (Pablo Carreno Busta à Marbella, Rafael Nadal à Barcelone, Albert Ramos-Vinolas à Estoril, Rafael Nadal à Rome, Pablo Carreno Busta à Hambourg et Carlos Alcaraz à Umag), moins que leurs homologues féminines (8), emmenée par l’expérimentée Garbine Muguruza et l’avènement de Paula Badosa.  

Deux mois en 2022 ont donc suffit à dépasser ce score. Évidemment, la locomotive « Rafa » y est pour beaucoup. Le champion majorquin est un modèle qui fédère et galvanise les troupes. Il est fort à parier que Carlos Alcaraz prendra bientôt le relais. Mais il ne faut pas oublier de louer la formation espagnole, qui offre de nombreuses académies de grande qualité, comme celle de Nadal, mais aussi la 4 Slam Acadamy à Barcelone ou la Ferrero Tennis Academy pas très loin d’Alicante. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si de nombreux joueurs étrangers (Andrey Rublev, Karen Khachanov, Casper Ruud, Alex de Minaur) s’entraînent en Espagne. Quand on se rappelle que la saison sur la terre battue européenne, qui compte pas moins de 15 tournois, n’a pas encore commencé, les autres nations peuvent trembler.