ATP / Pune : la renaissance de João Sousa

Miné par les blessures, en souffrance mentalement depuis de longs mois, João Sousa a refait surface à la surprise générale en remportant son 4ème titre ATP en carrière à l'âge de 32 ans, en battant Emil Ruusuvuori en finale du tournoi de Pune. Il offre ainsi au circuit ATP un nouveau récit de renaissance et de résilience.

"J'ai eu des moments tellement difficiles au cours des deux dernières années. Beaucoup de choses ont traversé mon esprit pendant cette période. Cela signifie tellement pour moi.." Il faut souvent attendre la fin d'une finale pour qu'un homme se laisse aller à ses émotions. Pour João Sousa, il a suffit de la promesse d'une finale. Le Portugais verse alors quelques larmes à l'évocation de ces moments difficiles.

Car des moments difficiles il y a en a eu, tellement palpables sur le terrain, à l'image de ce pourtant si banal premier tour contre Jan-Lennard Struff au tournoi de Cagliari en avril 2021, où tétanisé par la possibilité d'une seule petite victoire, le joueur de 32 ans laisse filer 5 balles de match contre l'Allemand. Menant 5-2 dans le 3ème set, il perd ce jour-là 7-5, hurlant sur le court et traînant une souffrance trop perceptible.

Mais le Portugais n'a jamais cessé de se battre sur chaque match, chaque semaine, malgré un niveau de jeu tellement en deçà de ses standards passés (il a côtoyé la 28ème place mondiale à son meilleur niveau) et en dépit de sa peur de gagner, manifeste dans beaucoup de ses matchs de l'année passée.

L'origine de cette lutte? Une fracture de stress au pied droit qu'il a subi à la fin de l'année 2019. L'année d'après, il joue peu et gagne tout autant (3 victoires, 14 défaites). Puis rechute, contre ce même Ruusuvuori en octobre, au bout de 10 minutes de jeu.

"Il ne fait aucun doute que mes blessures ont influencé ma façon de jouer, ma façon de bouger, surtout. Et la vérité est que cela m’a empêché d’être un peu fidèle à mon style de jeu", disait-il en avril 2021 pour le site Bola amarela.

S'il clame avoir récupéré ces prédispositions physiques, la saison 2021 est un calvaire, 1 seule victoire en 14 matchs sur le circuit principal. Le Portugais dégringole à la 140ème place mondiale et doit retourner à l'échelon inférieur.

Face à une telle déroute, beaucoup de joueurs auraient tenté l'électrochoc du changement d’entraîneur. Mais le Portugais reste fidèle à son entraîneur depuis 10 ans, Frederico Marques. "Ce n'est pas à cause de mon équipe que les résultats ne sont pas bons", affirmait-il catégoriquement l'année dernière.

"Je me suis blâmé plusieurs fois par rapport à cette situation, avoue pourtant son coach pour le site Bola amarela. J'ai passé beaucoup de nuits blanches, avec ma femme à mes côtés, en me demandant ce qui manquait. Qu’est-ce que je dois faire différemment? Ou changer?" Aujourd'hui, alors que son joueur soulève son trophée durement acquis, il se révèle particulièrement reconnaissant de sa patience à son égard.

"Le plus simple aurait été pour lui d’aller chercher un autre entraîneur parce que les choses n’allaient pas bien. Mais il a continué à croire à ce que nous mettions en place et ne m’a jamais blâmé pour quoi que ce soit. Nous avons changé beaucoup de choses et les résultats ont commencé à apparaître à la fin de l’année dernière (ndlr: sur le circuit Challenger). Ces victoires acquises ont fini par nous donner une certaine tranquillité d’esprit lorsque nous avons entamé la pré-saison."

En arrivant à Pune dans l'habit du 137ème mondial, João Sousa ne s'attendait cependant pas à pareil parcours. Il n'aura fait cette semaine quasiment que des marathons. En demi-finale contre Elias Ymer, il sauve 3 balles de match, une habitude lorsqu'il finit par soulever le trophée à la fin du tournoi. En effet, 3 de ces 4 titres ont été acquis de cette manière, à une balle de la sortie de piste. Manière de montrer que quelque soit son niveau de jeu et son état mental, le Portugais reste un guerrier hors pair.

"Il y a beaucoup de résilience, de persévérance de la part de João, résume Frederico Marques. Je suis heureux que ce travail acharné que nous avons produit ait eu du sens. Nous avons cru en la continuité. Et en notre passé."