ATP / Reilly Opelka : « Je peux encore mieux servir et être plus fort physiquement »

Vainqueur ce dimanche à Dallas de son troisième titre en carrière, Reilly Opelka est un personnage à part sur le circuit. A 24 ans, il vient d'entrer dans le top 20 mondial sans avoir perdu un set durant sa semaine au Texas au prix d'une qualité de service inouïe : « Tout s'est parfaitement déroulé cette semaine. En 2021, j'ai joué le meilleur tennis de ma carrière, mais je n'ai pas pu gagner de titres. C'est une sensation formidable de remporter à nouveau un trophée car c'est quelque chose auquel je ne suis pas très habitué. »

L'enfant du Michigan n'a pas concédé une seule fois sa mise en jeu à Dallas, claquant pas moins de 100 aces en 4 matchs et en remportant tous les jeux décisifs disputés. « C'est une chose de bien servir et d'avoir un bon geste, de frapper fort et d'être précis. Mais les gars finissent par deviner où vous allez servir donc il faut beaucoup réfléchir et varier. Il faut anticiper le déplacement de votre adversaire au retour. Il ne suffit pas d'avoir un bon service. » En effet, ce qui frappe dans les performances de Reilly Opelka, c'est sa capacité à tenir la balle du fond du court et à bien se déplacer malgré ses 2m11. Le meilleur exemple est son parcours à Rome l'an passé où il avait atteint la demi-finale battu par Rafael Nadal (6-4, 6-4). Il fait preuve d'une coordination et d'une solidité loin du filet épatante. Mais pas seulement : « Tout ce que j'ai amélioré sur le plan physique ne se voit pas trop de l'extérieur mais je ne me suis pas vraiment fatigué après mes matchs. J'aurais pu jouer trois sets de plus en finale à Dallas. C'est très important que je me sente physiquement bien pour pouvoir jouer chaque point avec une intensité maximale. Les gens n'imaginent pas le travail que j'ai dû entreprendre pour améliorer ma mobilité. »

C'est en Grand Chelem que le géant américain va devoir prouver désormais qu'il a bien améliorer son physique. Pour le moment, son bilan en Majeur reste assez moyen avec 48% de victoires et seulement un huitième de finale en 12 participations. Il a remporté 4 de ses 11 matchs disputés en 4 ou 5 sets. Mais il y a du mieux dans ses performances avec trois qualifications pour le 3ème tour sur les 4 derniers Grands Chelems : « Dans ces derniers grands tournois, j'ai perdu contre de grands joueurs. C'était Medvedev, puis Shapovalov et puis Harris, ils étaient tous très en forme quand ils m'ont affronté. Nadal est le seul capable de battre Medvedev, même Novak a perdu contre lui. Je pense toujours que je dois m'améliorer de toute façon. Je peux encore mieux servir, je veux être physiquement plus fort et plus rapide. J'espère que dans deux ou trois ans, je pourrai dire que je me suis beaucoup amélioré. »

Pour comprendre comment Reilly Opelka est devenu l'un des meilleurs joueurs du monde, il faut remonter 15 ans en arrière. Tom Gullikson, ancien capitaine de la Coupe Davis des États-Unis, a forgé le jeu d'Opelka et lui a appris tous les principes fondamentaux en insistant sur l'éthique de travail des plus grands joueurs de tous les temps dont Roger Federer : « Son coaching ne ressemblait à rien de ce que j'avais jamais vu... Je me suis vraiment amélioré grâce à lui. Il a posé toutes les normes de mon jeu. Il m'a construit. Tous les fondamentaux sont venus de lui, en particulier concernant mon service. »

Certains joueurs luttent pendant des années avec des mauvaises bases, des prises incorrectes ou des faiblesses évidentes qu'ils doivent compenser avec de la puissance ou de l'athlétisme. Tant qu'ils gagnent, aucun entraîneur ne semble s'en soucier. Mais lorsque les joueurs arrivent sur le circuit leurs adversaires sont heureux d'appuyer sur leurs faiblesses. « Les séances d'entraînement de Tom demandent beaucoup d'efforts coordonnés. Il faut aussi beaucoup de patience. Je pense qu'il a fait un excellent travail avec Reilly Opelka », précise Jay Berger, actuel entraîneur d'Opelka.

Lorsque Reilly Opelka a déménagé en Floride, Gullikson l'a pris en main, inspecté son jeu puis tout changé. Il a changé sa prise de coup droit en prise fermée, et aussi sa prise de volée. Au service, il a poussé Opelka à ouvrir sa tête de raquette le plus tard possible. Lors de chaque entraînement, Reilly Opelka passe la première heure à travailler ses fondamentaux, à savoir son positionnement, la tactique pour en faire autre chose qu'un servebot. Dans la deuxième heure, il était plutôt question de construction des points et de lecture du jeu. En 2007, Gullikson emmène Reilly au Masters 1000 de Cincinnati. Le jeune n'a que 10 ans et se retrouve au petit-déjeuner avec Jose Higueras, alors entraîneur de Federer, en train de discuter de la façon dont le Suisse travaillait pour incorporer plus d'amortis dans son jeu.

Gullikson était également un grand fan de Rafael Nadal et a encouragé Opelka à étudier son coup droit. « Vous ne savez tout simplement pas où il va, vous êtes toujours sur vos talons », disait Gullikson. L'entraîneur voulait surtout qu'Opelka passe du temps à regarder au première loge les entraînements de Federer, Nadal, Roddick et David Ferrer. Lorsque Tom Gullikson a rejoint l'USTA en tant qu'entraîneur à plein temps, il a pris de se trouver un successeur pour poursuivre la formation du jeune Reilly. Après quelques coups de fil, c'est Brian Gottfried, ancien numéro 3 mondial, qui héritera du bébé. Gullikson est resté un guide tout au long de la carrière d'Opelka. Il a notamment présenté Opelka au célèbre psychologue du sport Jim Loehr, et Opelka travaille encore avec lui aujourd'hui.

Titré à Delray Beach en 2020, en sauvant une balle de match en demi-finale contre Milos Raonic, le géant américain va faire son entrée en lice ce jeudi contre Jack Sock. Un type de duel qu'Opelka gère plutôt bien puisqu'il mène 13 victoires à 4 face aux Américains sur dur dans les tournois américains. De son côté, Jack Sock a perdu 5 de ses 6 derniers matchs face aux grands serveurs dont une défaite contre Opelka ici-même à Delray Beach en 2018.