ATP / tennis paranormal : les trucs qu'on n’a pas compris en 2021 (épisode 1/3)

Féliciano Lopez, 39 ans, remonte un handicap de 2 sets 0 et bat Sonego à l’Open d’Australie

 

Si loin, si proche, le début de l’année 2021 a été marqué par les conditions d’accueil compliquées des joueurs de tennis sur le sol australien, avant l’Open d’Australie, en plein cœur de la pandémie de Covid 19. Soucieux de protéger leur pays, les autorités avaient instauré une quarantaine stricte de 14 jours pour chaque personne arrivant en Australie. Bénéficiant d'un régime d'exception, les joueurs de tennis pouvaient cependant passer 5 heures par jour en dehors de leur chambre d'hôtel pour aller s'entraîner, faire des soins ou assurer leur préparation physique. Malgré cela, ces derniers voyaient leur préparation physique considérablement tronquée et on pouvait légitimement avoir des doutes sur la capacité de certains à enchaîner les matchs au meilleur des 5 sets pendant la quinzaine.

 

Féliciano Lopez, vétéran espagnol de 39 ans et actuel directeur du Masters 1000 de Madrid, abordait en 2021 sa 19ème année en tant que joueur professionnel. N’ayant logiquement plus ses capacités physiques d’antan, il faisait partie de ceux dont on donnait peu de chance de surmonter, dans ces conditions, la chaleur et l’humidité de Melbourne...

 

Après un premier tour bouclé en 4 sets contre le revenant Li Tu, la tête de série n°31 Lorenzo Sonego se présente devant lui. Dans un match qui s'annonce si compliqué, une bonne entame de match apparaît primordiale pour l'Espagnol. Eh bien, c'est manqué, les choses se compliquent dès la fin du premier set, le vétéran espagnol perdant deux fois de suite sa mise en jeu. L’addition est salée, 7/5 2/0 pour l’Italien et bientôt un handicap de 2 sets à surmonter (6/3)… A ce moment-là du match, on ne donne pas cher de la peau de l’Espagnol. Et pourtant, le feu follet italien ne se procurera plus une seule balle de break du match ! Alors qu’il connaît régulièrement des trous d’air sur ses mises en jeu, qui plus est lorsqu’un match s'allonge sérieusement, Féliciano Lopez tiendra cette fois-ci ses 80 % de points remportés sur son premier service dans les 3 derniers sets remportés 6/3 7/5 6/4. L’exploit en 3h20 de match est significatif puisque le natif de Tolède est le joueur le plus vieux à remonter un handicap de 2 sets depuis Ken Rosewall à Wimbledon en 1974 ! « Gagner ainsi, c’est au-delà de mes attentes. Je suis devenu père dernièrement, je ne me suis pas beaucoup entraîné, ma préparation s’est faite en quarantaine, détaille-t-il en conférence de presse. Lopez perdra au tour suivant son match contre Andrey Rublev.

En cette année 2022, l’Espagnol devrait disputer le 80ème Grand Chelem de sa carrière - peu handicapé par les blessures pendant sa carrière, il n’a pas manqué un seul tournoi majeur depuis 2002 ! Aujourd’hui 106ème joueur mondial, la porte se referme cependant peu à peu pour celui qui a indiqué que la question de la retraite se poserait le jour où il ne pourrait plus entrer dans les tableaux de Grand Chelem, comme il l’a avoué il y a quelques mois à la presse espagnole : « Cela fait longtemps que je joue année par année ; quand on est aussi vieux que moi, on ne peut pas penser au pluriel. Ce que je vis en ce moment, c’est un cadeau pour moi. Mais honnêtement, si je ne suis pas en mesure de disputer les Grands Chelems, je ne me vois pas jouer très longtemps. Je respecte tout le monde mais je ne ferais pas ce que certains de mes camarades qui se sont battus pour regagner leur classement pendant un, deux ou même trois ans sans pouvoir profiter de ces grands tournois. » La conclusion est limpide pour l’Espagnol aujourd’hui au crépuscule de sa carrière. « Tout le monde prend sa retraite quand il le souhaite, c’est vrai, mais au fond, c’est le tennis qui vous met à la retraite. [1]»

 

 

A court de compétition, Steve Johnson gagne 2 matchs en 5 sets à Roland Garros

 

C’est l’une des belles histoires de cette année. Steve Johnson est un personnage qui attire naturellement la sympathie. Il réveille aisément le souvenir de sa victoire émouvante contre Borna Coric à Roland Garros 2017 et de ses larmes en interview d’après match, lorsqu'il confiait son désarroi d'avoir perdu son père – et mentor tennistique – quelques mois auparavant[2].

 

https://twitter.com/TennisChannel?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E869980772450443264%7Ctwgr%5E%7Ctwcon%5Es1_&ref_url=https%3A%2F%2Fca.sports.yahoo.com%2Fnews%2Fsteve-johnson-jr-sobs-court-emotional-french-open-win-212824687.html

 

Cette année 2021 a également été éprouvante émotionnellement pour l’Américain. Le 31 décembre dernier, sa femme Kendall donne naissance à son premier enfant, Emma. A ce moment-là, Steve Johnson hésite fortement à s’enfermer dans une bulle de quarantaine pendant 14 jours pour disputer ensuite l’Open d’Australie, loin de sa famille. Sa présence au premier Grand Chelem, c'était du 50/50 comme il l'a avoué par la suite. La question ne se posera bientôt plus pour lui, à l’issue d’un examen pédiatrique de routine qui voit Emma renvoyée à l’hôpital en soin intensif à cause d'un taux d’oxygène trop bas : « Je ne voulais pas être en Australie. Dès que j'ai reçu ce coup de téléphone, j'étais mentalement dans un avion pour Los Angeles [3]», raconte-t-il en juin dernier sur le site officiel de l'ATP. L'Américain rentre à la maison mais ne pourra pas aller voir sa femme pour autant à l’hôpital pour lui apporter son soutien... « Il y a des protocoles COVID à l'hôpital. Seule ma femme était dans la chambre avec elle. Elle ne pouvait pas avoir le soutien de sa famille parce qu'elle ne pouvait pas quitter Emma. Tout cela a fait boule de neige... » Le moment est particulièrement difficile pour un homme ayant connu par le passé des épisodes de crises d’angoisse, consécutif à la mort de son père. Mais heureusement, après plusieurs semaines d'angoisses, Emma est opérée avec succès au début du mois de mars.

 

https://www.instagram.com/p/CL8VbIQlyLH/?utm_source=ig_web_copy_link

 

Quinze jours plus tard, Steve Johnson fait son retour sur le circuit, lors du tournoi d’Acapulco mais perd sèchement contre Laslo Djere, un adversaire peu performant sur dur. « Je pense que j'ai eu des difficultés au début de mon retour, parce que mon cœur et mon esprit étaient ailleurs que sur le court de tennis. [4]» concède-t-il plusieurs mois après. Hors de forme, il ne dispute que 5 matchs avant Roland Garros pour un bilan d’un seul set gagné… Autant dire que son premier tour Porte d’Auteuil contre Frances Tiafoe, sur une surface aussi exigeante sur le plan physique, ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices… Encore moins après les deux premiers sets concédés à son fantasque compatriote… Mais Steve Johnson a abordé son Roland Garros sans pression particulière et finit par se laisser porter par l’ambiance du court n°7. « Je n’ai pas été à la hauteur dans les deux premiers sets mais j'ai juste creusé au plus profond de moi et je me suis donné une chance de gagner ce match [5]», avoue-t-il sur le site officiel de l’ATP. Après le gain du 3ème set, le match ne sera plus qu’une formalité pour Johnson. Touché par des problèmes personnels pendant cette période, Tiafoe finit par lâcher le match, lui qui n’a pourtant pas pour habitude de se dérober dans ce genre d’ambiance. « C'était la meilleure atmosphère dans laquelle j'ai joué depuis des mois, ou un an, probablement », avoue Steve Johnson.

 

Avoir gagné un match sur terre sans aucun repère, c’est une chose mais enchaîner sur une deuxième victoire dans ces conditions contre Thiago Monteiro, un pur spécialiste de la surface, en est une autre ! C’est pourtant l’exploit qu’a accompli Johnson en s’imposant une nouvelle fois en 5 sets et quasiment 4 heures de jeu. Compte tenu des limites physiques montrées par l’Américain sur ses précédents tournois, cet enchaînement de performance fut particulièrement étonnant, d’autant que l’Américain n’a pas pu cette fois s’appuyer sur le public, évacué en raison du couvre-feu au milieu du match. L’Américain perdra sèchement son 3ème tour contre Pablo Carreno Busta mais il aura dépassé très largement ses espérances sur ce tournoi.

 

La suite de la saison de Steve Johnson sera relativement discrète mais son maintien dans le top 100, compte tenu des circonstances et du peu de matchs effectués cette année sera probablement une satisfaction. De toute façon, l’essentiel ne se trouve pas sur un terrain de tennis pour lui : « Il n'y a rien dans ma vie qui soit plus important que ma famille et je ne pourrais pas être plus heureux qu’aujourd’hui. »

 

[1]     https://www.eladelantado.com/todo-el-deporte/deporte-local/feliciano-lopez-nadie-te-prepara-para-la-retirada/

[2]     Pour en savoir plus, à lire le témoignage du joueur sur le site officiel de l’ATP : https://www.atptour.com/en/news/steve-johnson-my-point-may-2018

[3]     After Traumatic Start To The Year, New Father Steve Johnson Thriving In Paris | ATP Tour | Tennis

[4]     Ibid

[5]     Ibid