ATP / tennis paranormal : les trucs qu'on n’a pas compris en 2021 (épisode 2/3)

Dominic Thiem perd contre Pablo Andujar au 1er tour de Roland Garros après avoir mené 2 sets à 0

Triste année 2021 que celle de Dominic Thiem entre soucis physiques  et dépression post-covid ! Alors que Rafael Nadal affiche des failles de plus en plus persistantes sur terre battue et qu'il se révèle plus vulnérable que jamais à l'approche de Roland Garros, l'Autrichien arrive peu préparé pour la saison sur ocre. C'est alors une véritable course contre la montre qui se trame pour le joueur de 27 ans, lorsqu'il entre en lice au tournoi de Madrid en mai dernier. Après une demi-finale logiquement perdue contre Sacha Zverev, il s'incline ensuite contre un Lorenzo Sonego bouillant au second tour du Masters 1000 de Rome. Se considérant encore à court de matchs, il prend alors le risque de jouer le tournoi de Lyon une semaine avant Roland Garros, pendant que ses concurrents se reposent. Il n'ira de toute façon pas bien loin, éliminé d'entrée par le surprenant Cameron Norrie... Dans ces conditions-là, gagner Roland Garros s'annonce très compliqué...

En attendant, le tirage du premier tour ne lui est pas défavorable, Pablo Andujar se dressant sur sa route. L'ancien 32ème mondial était un très bon joueur sur terre battue, mais à 35 ans passés et des pépins physique à répétition, les matchs en 3 sets deviennent compliqués à gérer pour lui. Régulièrement observé en match par les parieurs qui guettent la moindre défaillance de celui qui n'a rarement plus qu'une bonne heure d'autonomie sur le plan physique, l'Espagnol aborde son 12ème Grand Chelem avec peu de certitudes mais avec l'envie de faire douter le plus rapidement possible l'Autrichien. Une bonne entame est pour cela nécessaire... Le premier objectif est atteint puisque Pablo Andujar fait jeu égal avec l'ancien protégé de Gunther Bresnik. Pour ce qui du second, hélas, l'Espagnol laisse échapper les deux premiers sets 6-4, 7-5. Thiem n'est pas dans un bon jour, il est nerveux et fait beaucoup de fautes mais compte tenu des limites physiques de son adversaire, il est assez logique de penser à ce moment-là que le plus dur a été fait, grâce à son opportunisme. Mais il y a un très gros bémol. Aussi improbable que cela puisse paraître, Andujar n'est pas celui qui est le plus dans le dur physiquement. Bien au contraire, il continue à jouer sa partition sans faiblir pendant que Thiem continue à enchaîner les fautes directes – 61 au total dans le match ! Son dernier sursaut pour débreaker dans le 5ème set ne sera pas suffisant, Thiem perd les trois derniers sets 6-3, 6-4, 6-4 contre un adversaire qui aura su parfaitement saisir sa chance : « Je n'en espérais pas tant. J'ai 35 ans et je ne sais pas combien de temps je continuerai à jouer », exulte l'Espagnol en conférence de presse sans réaliser encore ce qu'il venait de faire – sa première victoire en carrière sur un top 10 au meilleur des 5 sets ! Il perdra au tour suivant contre Federico Delbonis, dans un autre match à rallonge. Mais après avoir battu Federer (en reprise , lors du tournoi de Genève) et Thiem en l'espace d'une semaine, le vétéran espagnol peut savourer.

 

Quant à Dominic Thiem, sa saison noire ne fera que se confirmer. L'Autrichien est contraint d'abandonner quelques semaines plus tard lors du tournoi de Majorque en raison d'une blessure ennuyeuse au poignet droit. Pendant qu'il se soigne, son préparateur physique depuis 6 ans lui dit qu'il pourra participer à l'US Open. Reprenant l'entraînement de manière trop précoce, Dominic Thiem aggrave sa blessure. Il limoge alors son préparateur qui refuse de reconnaître ses torts. Très proche de passer par la case opération, il fait l'impasse sur la fin de saison et repousse à plusieurs reprises son retour. On devrait le revoir pendant la tournée sud-américaine de terre battue en février prochain. En espérant que les séquelles de son poignet, blessure ombrageuse par excellence, ne l'handicape pas pour 2022...

 

 

Marco Trungelliti (et sa bedaine) gagne un match fou contre Davidovich Fokina à l'US Open

 

Marco Trungelliti, 198ème mondial avant cet US Open, a la particularité d'être plus connu en dehors que sur les courts de tennis. En 2015, il est contacté par des intermédiaires pour truquer des matchs sur le circuit Futures. Dans un milieu où le silence de ce genre d'approches s'impose, Trungelliti rapporte l'évènement auprès de la Tennis Integrity Unit, conduisant à la suspension de trois joueurs argentins. Depuis, le joueur de 31 ans traîne sa carrière et ses tenues bariolées sur le circuit secondaire sans faire de vagues (3 titres en Challenger au total). 2021 est un cru honnête pour lui mais l'énergumène souffre de la hanche, ce qui l'oblige à réduire la voilure après Wimbledon. C'est avec quelques appréhensions et plusieurs kilos superflus qu'il aborde les qualifications de l'US Open. Le succès sera pourtant bien présent même si son entrée dans le tableau principal résulte déjà d'un petit miracle. En effet, il sauve 5 balles de match contre Alecsandar Kovacevic au dernier tour des qualifications, dont l’une d’entre elles sur un plongeon à la volée aussi spectaculaire que surréaliste.

 

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Au premier tour de l'US Open, il affronte le tout aussi fantasque Alejandro Davidovich Fokina, autre adepte des plongeons au filet dans ce qui sera l’un des matchs les plus longs du tournoi (4h27). En temps normal, l'Espagnol est bien préparé pour ce type de rencontre… « Jouer 5 sets, c’est comme un marathon, avouait le jeune espagnol il y a quelques mois sur le site officiel de l’ATP. C’est grâce à Martin Fitz que j’ai la mentalité d’un coureur de marathon. Cela m’aide beaucoup et au cinquième set, je reviens sur le terrain pour donner mon maximum. » La personne citée est le champion du monde espagnol 1995 de marathon et fait partie de l’encadrement du natif de Malaga depuis la fin de saison dernière. Et celui-ci ne tarit pas d’éloges sur les qualités de son poulain : « Alex démontre qu’il est un vrai « marathon man ». Il est le Eliud Kipchoge (ndlr : double champion olympique de marathon) du tennis. Il combine la vitesse d’Usain Bolt mais aussi l’endurance d’un coureur de marathon ». Avec de telles paroles, on n’était pas réellement prêt à vivre ce qui allait se passer pendant cette rencontre. Trungelliti avouera lui même après le match que son envie et son mental ne fait que compenser ce que le physique ne lui permet pas de faire. Et pourtant, « Cafe », comme ses amis l’appellent, fait un bon match, avec un niveau de jeu bien meilleur que ce qu’il a montré en qualifications. Pour Davidovich Fokina, c’est un jour sans et il se retrouve bientôt mené 2 sets à 1 et break contre lui dans le 4ème set. Il parvient malgré tout à remporter le 4ème set et s’avance dans une cinquième manche où il a sans aucun doute plus de certitudes que son adversaire. Il a tout d’abord plus d’expérience que son adversaire sur ces matchs à rallonge mais également la bonne caisse physique évoquée par son préparateur, au contraire de l’Argentin qui affiche une petite bedaine pour se prémunir des hivers difficiles. Pourtant, c’est bien Trungelliti qui surclasse physiquement son adversaire. A 5-4, 30-30 service de l’Espagnol, ce dernier contracte une crampe qui lui fait perdre le point. Il doit donc faire face à une balle de match mais peine à se relever. Les secondes passent, le 44ème joueur mondial est proche de l’abandon. Mais Trungelliti incite son adversaire à jouer le point. Il sait que le match est gagné mais veut une victoire dans les règles de l’art. Davidovich Fokina accepte de lui faire ce geste et sert péniblement, alors qu’il ne peut quasiment plus bouger. L’Argentin gagne le point et exulte. C’est un véritable K.O physique, totalement improbable. Les deux joueurs s’enlacent avec le sourire au filet et dans un beau geste de fair-play, l’Argentin aide son adversaire à ranger son sac puis le porte jusqu’au vestiaire. La fin de match est belle et fait honneur aux deux joueurs qui ont ferraillé sur le court.

  

Trungelliti renoue ainsi avec la victoire, lui qui traversait une grosse période de doutes, mais n'effacera pas pour autant ses doutes sur le plan physique. Un mois plus tard, il est obligé de se retirer du tournoi de Murcie avant son 2ème tour contre Evan Furness et ne réapparaîtra plus de la saison...

Pour lire l'épisode précédent sur Feliciano Lopez et Steve Johnson