Christopher O'Connell, un parcours de blessures et d'abnégation

Le joli parcours de Christophe O'Connell s'est interrompu au 3ème tour de l'Open d'Australie contre l'étonnant Maxime Cressy. Le joueur australien de 27 ans aura honoré comme il se doit la wild card qui lui a été adressé et souhaite dorénavant enchaîner une année pleine sur le circuit, lui dont le cheminement en tant que joueur constitue une vraie leçon d'abnégation.

« Stay Healty », « Keep my fitness » sont des leitmotiv régulièrement entendus de la bouche de Christopher O'Connell dans ses interviews et conférence de presses ces dernières années. Et pour cause, les blessures ont trop longtemps rythmé sa vie de joueur de tennis, dès son plus jeune âge. Après avoir intégré programme Pro tour de l'Australian Institute of Sport (dont Ashleigh Barty et Nick Kyrgios ont également bénéficié), il développe des fractures de stress au niveau du dos qui l'obligent à mettre le tennis entre parenthèses pendant quasiment 2 ans. Celles-ci finissent par disparaître avec la croissance et son père finit par le convaincre de reprendre le tennis, lui qui commençait à envisager sa vie d'une autre manière. En 2017, à l'aube de sa jeune carrière, il contracte une pneumonie qui le laisse sur le flanc pendant plusieurs mois. Bis repetita, en 2018, il est de nouveau freiné par une tendinite au genou, qui le tient à l'écart de la compétition pendant une bonne partie de l'année... «J’ai alors décidé de nettoyer des bateaux parce que j’en avais tellement marre d’être blessé, évoque-t-il auprès du site The Age en 2021. J'ai pensé à coacher des enfants mais je ne voulais plus être sur un court de tennis. Mon frère avait un boulot là-bas, alors je l’ai rejoint. Le salaire n’était pas aussi bon que celui d'entraîneur de tennis, mais c’était assez relaxant, juste être sur l’eau et nettoyer des bateaux.. »

Le jeune australien garde cependant le tennis dans un coin de sa tête. « J'avais 23 ans à l'époque, les choses allaient si vite. Je sentais que je n'avais pas atteint mon potentiel. Mais je n'étais prêt à revenir qu'une fois prêt et physiquement bien rétabli ».

En 2019, au moment où il décide de reprendre le fil de sa carrière, Christopher O'Connell n'a plus de classement ATP... Il décide alors de tout reprendre tout à zéro. « J'ai repris la compétition en jouant un maximum de matches pour récupérer le plus rapidement possible mon classement. J'ai quasiment joué toutes les semaines, les 6 premiers mois, beaucoup de tournois Futures dans mon pays», nous avoue-t-il lors d'une interview exclusive en janvier 2020. Après avoir gagné beaucoup de matchs et retrouvé des sensations, il décide de s'établir dans un lieu plus central pour disputer des tournois Challenger en Europe. Il s’entraîne alors à Belgrade, avec son ami Danilo Petrovic. L'année sera florissante et sans aucune blessure ; 82 victoires en 108 matchs disputés, 5 tournois remportés cette année et 1000 places grattées en 1 an !

Le come-back est incroyable et au début de l'année 2020, l'Australien se trouve aux portes du top 100. Mais c'est la pandémie de Covid-19 qui stoppe une nouvelle fois sa progression. O'Connell ronge son frein comme tout le monde en attendant la reprise du tennis. « Cela a été un peu dur pendant un temps mais j'ai réussi à jouer un peu sur un terrain appartenant à des voisins de mes parents » confesse-t-il. Alors que le circuit reprend ses droit, la perspective de jouer l'US Open le motive à redoubler ses efforts à l'entraînement. Il y disputera un second tour de prestige sur le stade Arthur Ashe contre Daniil Medvedev.

Mais, alors qu'il essaye, comme tous les joueurs de retrouver son rythme de compétition, l'improbable arrive. Lors d'un match de Challenger à Barcelone, il se tord la cheville en voulant exécuter une volée plongeante sur sa balle de match. Contraint à l'abandon, sa saison est terminée. Et il traînera sur les courts sa cheville fragile pendant les premiers mois de l'année 2021, ne jouant que rarement à 100% de ses moyens. Après un quart de finale probant en termes de niveau de jeu au tournoi 250 d'Atlanta en juillet, l'Australien voit finalement le ciel s'éclaircir.

Mais il se blesse à nouveau en finale du Challenger de Saint Tropez en septembre, qu'il ne peut disputer à son terme. « J’ai développé une ostéite pubienne. C'est une blessure désagréable, qui m'a éloigné des courts pendant 2 mois », explique-t-il en conférence de presse à Melbourne. Et comme si cette liste ne suffisait pas, l'Australien contracte la COVID fin octobre entre l'Italie et Belgrade... « Voilà mon année, des bons résultats, des blessures et des maladies », résume-t-il. Conséquence de tout cela, une dégringolade au classement à la 175ème place mondiale.

Dans ce contexte d'incertitudes, son retour à la compétition au tournoi de Melbourne suscite quelques interrogations. Face à son compatriote Jordan Thompson, pourtant très loin de son meilleur niveau, O'Connell flanche physiquement dès le second set. La semaine suivante, après être sorti des qualification du tournoi de Sydney, il perd une véritable bataille de nerfs contre Sebastian Baez, grand espoir argentin encore inexpérimenté sur dur. O'Connell semble ainsi aborder l'Open d'Australie avec peu de certitudes sur le plan mental et physique.

Pourtant, loin de se démobiliser, O'Connell a fait évoluer sa manière de travailler depuis plusieurs mois. Ce dernier avait pour habitude de se déplacer seul de tournoi en tournoi, ne pouvant compter sur son coach Fernando Ibarrolla, qui le suit depuis l'âge de 8 ans mais qui doit avant tout gérer son académie en Australie. Un véritable bémol en termes de progression pour un joueur aspirant au top 100. Depuis avril, le natif de Sydney s'est adjugé les services de Marinko Matosevic, ancien 39ème joueur mondial.«Je parle tout le temps de tennis à Marinko même quand je ne suis pas sur le court et que je suis en rééducation. J’apprends tellement avec lui, concède O'Connell avant l'Open d'Australie auprès du site australien News. J’ai cette compréhension de mon jeu que je n’ai jamais eue auparavant. Il a simplifié ma manière de jouer. Je sais quelles sont mes armes et mes faiblesses maintenant. C’est un gars très persévérant. Il peut parfois être un peu persistant, mais c'est quelque chose qui est bon pour moi. Il est aujourd'hui très confiant concernant la manière dont je cherche à jouer ». O'Connell avoue s'être entraîné durement tout le mois de décembre sous la chaleur australienne, pour appréhender au mieux la dureté des matchs au meilleur des 5 sets sous les degrés peu cléments de Melbourne. Au premier tour, il dispose d'Ugo Gaston après un premier set crucial, qui à conduit le Français à sombrer dans ses travers habituels sur le plan mental.

Le second tour l'oppose à Diego Schwartzman, dont l'état physique inquiétait, lui qui avait fini au bord des crampes au tour d'avant contre Krajinovic.. au bout de 2 sets et demi. Le lutin argentin s'était montré plutôt confiant concernant sa capacité à bien récupérer mais avait fini par avouer après son deuxième tour que les choses avaient été plus difficile que prévu. «Après mon premier match, je me suis retrouvé avec des douleurs que je n’ai pas habituellement et cela m’a compliqué lors de la préparation de ce match », concède-t-il auprès du quotidien argentin La Nacion.

Le premier set entre les deux joueurs est malgré tout particulièrement rude, sous une température qui ne fait que croître. Le 16ème joueur mondial insiste beaucoup sur le revers d'O'Connell, coup qui peut se révéler faillible lorsque celui-ci n'est pas en jambe. Mais l'Australien tient bien sa diagonale et se permet même quelques coups d'éclats bienvenus de ce côté-là. Il fait plus que rivaliser mais c'est l'Argentin qui breake en premier et se retrouve à servir pour le set. C'est alors que le natif de Buenos Aires commence à faire preuve de beaucoup de fébrilité sur son service. Après avoir sauvé 3 balles de set, l'Australien parvient enfin à débreaker. La décision se jouera au tie-break remporté par O'Connell d'un coup droit de contre-attaque rageur, au bout d'1h30 de combat. Cette première manche, primordiale, laissera des traces dans l'organisme de l'argentin. « Le premier set était important pour la victoire, je l’ai vraiment senti dans mon corps. A partir de là, il a commencé à aller mieux et moi je me suis mis à empirer », analyse l'argentin.

En effet, l'Argentin accuse le coup physiquement et mentalement. Ces premiers services avoisinent les 150 km/h et ces secondes frôlent régulièrement la double faute. Quant au 175ème joueur mondial, loin de baisser le pied après cette première manche éreintante, il prend confiance et se permet de plus lâcher ces coups côté coup droit. Il finit par s'adjuger les deux manches suivantes 6/4 6/4 et s'offre devant son public la plus belle victoire de sa carrière. « C’est la meilleure sensation que j’ai jamais eue sur un court de tennis, concède-t-il en conférence de presse. Je joue au tennis depuis l’âge de quatre ans. Avoir des moments comme celui-ci, c’est un rêve devenu réalité »

O'Connell aura certes disposé d'un argentin apathique pendant 2 sets mais bien des joueurs par le passé, à commencer par Filip Krajinovic au dernier tour, n'ont pas su gagner contre un Schwartzman dans un mauvais jour. Loin de décliner au fil du match comme on pouvait le craindre, il aura su faire preuve d'autorité et ne pas laisser l'Argentin ré-émerger, lui qui n'a encore que peu d'expérience de matchs en 3 sets gagnants, dans ce genre d'ambiance acquis à sa cause.

Le 3ème tour l'oppose au surprenant Maxime Cressy. L'américain d'origine française a beaucoup joué sur ce début d'année et un public déchainé peut le fatiguer nerveusement. Malheureusement, le parisien d'origine est dans une autre dimension actuellement. Après avoir empoché le premier set facilement, Cressy montre quelques signes de fébrilité dans le tie-break du second set et O'Connell en profite. On peut alors penser à ce moment là que le match peut basculer du côté de l'australien. Mais il n'en sera rien. L'américain reste bien concentré, hermétique au public bouillant et se révèle particulièrement écœurant en retour de service. Il breake l'australien et s'adjuge le 3ème set. Bis repetita au 4ème set. Le natif de Sydney aura bien des occasions de revenir mais Cressy se révèle beaucoup trop solide et impérial à la volée (50/71 soit 70% de points réussis au filet!).

O'Connell montre un peu d'amertume en quittant le court n°3 mais l'enjeu est, hélas, comme souvent avec lui, ailleurs. « Je sais que j’ai de bons résultats en moi. Mais le plus important, c’est de rester en bonne santé, de ne pas avoir ces blessures où je manque deux mois de tournois. J’ai raté quasiment cinq ou six mois l’an dernier. Cela ne peut arriver à nouveau», avait-il indiqué avant son match.

En l'occurrence, Christopher O'Connell s'est de nouveau blessé. A la fin du premier set, l'australien ressent une douleur et prend un temps mort médical. « J'étais nerveux et j'ai à moitié trébuché au moment d'exécuter un coup droit. C'est alors que j'ai ressenti quelque chose, avoue-t-il au site australien News. Sans examen effectué, l'australien ne sait pas s'il s'agit de la hanche ou du quadriceps. Il assure cependant que ce nouveau coup dur n'a pas eu d'impact sur l'issue du match. « Avec le traitement que j'ai eu, cela avait l'air d'aller. Cela ne m'a pas porté préjudice, il était trop bon pour moi aujourd’hui » avoue-t-il. Mais cette nouvelle blessure l'oblige à être prudent. O'Connell avait prévu de jouer le tournoi ATP de Pune, dans une semaine, ainsi que deux challengers mais ce nouveau coup dur pourrait l'obliger à revoir ces plans. Hier, il s'est retiré du tournoi de double qu'il effectuait avec Jason Kubler, un autre habitué des blessures récurrentes ...

Vu ces antécédents en la matière, on ne peut que souhaiter à Christopher O'Connell de se rétablir rapidement. Pour qu'il puisse enfin réaliser une année pleine et acquérir la consistance que seul l’enchaînement de matchs peut garantir...