Edito : plus c'est long, plus c'est bon !

Doit-on considérer les amateurs de rencontres en cinq manches comme des réactionnaires ? Doit-on accepter sans résistance la volonté de certains de priver les fans de tennis de matchs d'anthologie durant 5h53 ? À en croire une partie du monde du tennis, mais aussi et surtout certains sponsors et médias, l’avenir de la petite balle jaune passe forcément par un raccourcissement des matchs.

La raison ? Des études montrent que les jeunes s’intéressent de moins en moins au sport de raquette le plus populaire, la société du début du XXIème siècle offrant une multitude d’informations à ingurgiter le plus rapidement possible. D’ailleurs, même le football semble touché, puisque Florentino Perez, le président du Real Madrid, a récemment expliqué que les enfants n’ont « plus le temps de se poser durant un match pendant 90 minutes ». Comme il semblerait que ce soit un fait, il est a priori inutile de le contester. Et bien non ! On peut s’interroger sur les effets de cet élément de réalité. Autrement dit, est-ce si grave, docteur ?

Sur le plan financier, les tenants des matchs en trois sets (en Grand Chelem), voire des sets en quatre ou cinq jeux maximum, nous expliquent qu’il faut craindre un manque à gagner pour toute l’économie du tennis, si les formats actuels n’évoluent pas. En résumé, moins de public engendre moins d’argent et donc moins d’intérêt(s). Un processus logique, mais est-ce vraiment un argument ? Est-il possible d’envisager, sans trembler, que le tennis, comme bien d’autres domaines, ait atteint une sorte de plafond ? C’est mécanique, si le nombre de fans diminue, les droits télé seront moins élevés. Ainsi, les prize money connaîtront aussi une petite décroissance. Pour autant, Jannik Sinner et Felix Auger-Aliassime mettront-ils un terme à leur carrière ou entameront-ils une grève de la compétition tant que la durée des rencontres ne sera pas réduite ? Difficile à croire.

Beaucoup de joueurs professionnels, même ceux de la jeune génération, rêvent avant tout de remporter un Grand Chelem. Et pas un Grand Chelem au rabais - comprenez en deux sets gagnants. Quels sont les matchs qui ont marqué les deux dernières années ? En 2019, Djokovic/Federer à Wimbledon et Nadal/Medvedev à l’US Open. Et cette saison ? Les deux Nadal/Tsitsipas à Melbourne en cinq sets et à Monte-Carlo trois manches étalées sur près de 3h45. Bien sûr, il n’est pas question d’étendre à tout bout de champ les matchs en cinq sets, car c’est sans aucun doute la rareté de ce format qui donne à ces rencontres un caractère inoubliable. Mais a-t-on trouvé mieux que l’émotion pour promouvoir le tennis, et le sport en général ?

Quitte à perdre quelques aficionados, n’est-ce pas le prix à payer pour conserver certaines belles et nobles traditions ?  Et puis plutôt que de penser à réduire certains formats, pourquoi ne pas militer au contraire pour un retour des finales de Masters 1000 en cinq manches pour redonner un peu de piment à des tournois qui ont perdu de leur splendeur ?