Effet rétro / Miami : une demi-finale dans la légende

31 mars 2017, 19h10 heure locale, débutait une merveille de match. Un combat épique, un chef d'oeuvre que Tennis Magazine classa tout simplement à la 10ème place des plus beaux matchs de la décennie 2010-2019... Cette affiche entre Roger Federer et Nick Kyrgios était évidemment attendue comme indécise et spectaculaire entre deux joueurs sous le feu des projecteurs en ce début de saison 2017.

D’un côté, Roger Federer retrouvait son meilleur niveau après une blessure au genou et une absence de 6 mois. Classé 17ème en début de saison, il venait de s'adjuger l’Open d’Australie et mettre ainsi fin à une disette de 5 saisons sans titre en Grand Chelem. Il enchaînait ensuite avec un sacre à Indians Wells et se présentait donc face à Kyrgios avec un bilan de 18 victoires pour une seule défaite après avoir éliminé successivement Tiafoe, Del Potro, Bautista et Berdych.

En face, au-delà de ses frasques légendaires, l’Australien aimait ce parfum des grands affiches afin de prouver son talent et montrer qu'il méritait les louanges alors que son meilleur classement en carrière n'allait pas au-delà de la 13ème place. Pour cela, il aurait dû être plus régulier dans ses performances sans donner l'impression de choisir ses matches. Mais une bataille face au Suisse entrait forcément dans ses critères de sélection. Il aime montrer que sur un match, il est capable de rivaliser avec le Big Three. En tout cas, il l'avait prouvé en ce début de saison 2017 en réussissant l’exploit peu commun de battre Novak Djokovic à deux reprises en l’espace de deux semaines sans perdre le moindre set à Acapulco et Indian Wells. À sa décharge, Nole était diminué par des douleurs au coude qui le pousseront d'ailleurs en juin à mettre un terme à sa saison. Mais n’empêche, la performance de l'Australien était à souligner.

Il aurait dû affronter le Suisse dix jours auparavant à Indian Wells mais victime d'une intoxication alimentaire, il avait déclaré forfait avant les quarts de finale. Qu’à cela ne tienne, après ce rendez-vous manqué, Kyrgios était dix jours plus tard en mesure d'affronter Federer. Après un parcours brillant (Karlovic, Goffin et Zverev), Nick Kyrgios visait sa première finale en Masters 1000… Leur dernier duel datait de 2015 à Madrid et s’était soldé par une victoire au bout du suspense de Kyrgios en 3 tie-breaks dont un fameux 14-12 dans le 3ème set. Une défaite amère pour le Suisse qui aurait aimé s'imposer le jour de l'anniversaire de ses deux jumeaux.

Ce match face « au plus grand joueur de tous les temps » selon l'Australien, Nick Kyrgios voulait le gagner et ne lâchera rien jusqu'au dernier point. Le premier set démarre sur les chapeaux de roue avec un deuxième jeu où Federer va se procurer une première balle de break sauvée par Kyrgios. Le Suisse récidive au 4ème jeu sans plus de succès. À 3-3, c’est Kyrgios qui hérite de 2 balles de break et parvient à passer devant en poussant un cri rageur. Il n'arrive néanmoins pas à conclure à 5-4 et se fait débreaker par Federer qui lui va obtenir une balle de set à 6-5… sans succès de nouveau.

Le tie-break est d’une intensité rare. Les deux joueurs se procurent plusieurs balles de set et se conclut finalement à 11-9 pour Federer au bout de sa quatrième opportunité en 1h14. On se dit alors que ça va être très compliqué pour Kyrgios de se remettre émotionnellement et physiquement d'un tel scénario. Le deuxième set ne baisse pourtant pas d’intensité. La qualité de jeu, le spectacle et l'intensité sont toujours au rendez-vous. En toute logique, il va, lui aussi, se disputer au jeu décisif. Federer s’offre deux balles de break à 3-3 mais Kyrgios, bien que très émotif, parvient à conserver ses mises en jeu. Dans le tie-break, les deux joueurs ne lâchent rien comme sur ce coup droit fantastique de Kyrgios à 5-4 pour Federer. Le Suisse s’offre pourtant deux balles de match, mais à chaque fois le service de Kyrgios répond présent pour repousser l'échéance. L’Australien parvient finalement à remporter le set sur un ace puissant, 11 points à 9 et avec une gestuelle claire, le doigt pointé vers le sol en mode « this is my yard ! » Durée du set : 1h02 !

L’ultime manche sera du même acabit ! Aucune balle de break à se mettre sous la dent en revanche et un tie-break décisif qui va basculer en faveur du Suisse sur quelques détails. Alors que Nick Kyrgios était parvenu à réaliser un mini-break qui lui permettait de servir pour le match à 5-4 dans le jeu décisif, il y eut d'abord un cri dans le public en plein échange qui va déconcentrer l'Australien, suivi d'une double faute. A 6-5 sur son service, le Suisse ne va cette fois pas laisser passer cette troisième balle de match et s'imposer après 3h15 de match. Le public de Miami va réserver une standing ovation aux deux joueurs qui auront offert un show exceptionnel mais rien ne consolera l'Australien qui va, de rage, fracasser sa raquette au sol avant d'aller étreindre Roger Federer pour le féliciter. C’est ça aussi Nick Kyrgios : un dingue, une pépite, mais surtout un gagneur ! Sauf que ce jour-là, touché par la grâce, c'est le Suisse qui s'imposait et prenait ainsi sa revanche après Madrid.

Deux jours plus tard, Roger Federer soulèvera le trophée face à Rafael Nadal. Un triptyque Melbourne/Indian Wells/Miami qu'il avait déjà réalisé en 2006. Alors que personne ne le voyait revenir au plus haut niveau, est réapparu en 2017 au sommet de sa virtuosité. Statistiquement, il a connu des saisons plus fastes comme en 2005 (81 victoires pour 4 défaites) ou 2006 (92 victoires pour 5 défaites). Mais dans le jeu, il se sera rarement montré aussi agressif, offensif et juste.