ATP / Jenson Brooksby, un rookie aux dents longues

Jenson Brooksby fait partie des meilleures progressions de la saison 2021. Son entrée fracassante dans le Top 100 – il est 56ème mondial - s’est notamment réalisée après une explosion remarquée sur le circuit Challenger, de belles performances en ATP 250 et ce parcours incroyable à l’US Open. Retour sur la saison du rookie américain.

Au milieu des Karatsev, Rinderknech, ou encore Cerundolo, Jenson Brooksby fait partie de ces joueurs qui ont crevé l’écran de manière brutale et imprévue. Une entrée dans le Top 100 remarquée, des affrontements dantesques à l’US Open, et une première finale en ATP 250 à Newport au point que Novak Djokovic lui-même a confié qu’avec Brooksby, « l’Amérique avait un bel avenir dans le tennis ». Après une expérience douloureuse à New York en 2018 face à Millman, il avait mieux appréhendé l’évènement un an plus tard en dominant Berdych qui disputait son dernier match en carrière et en résistant à Basilashvili en 4 manches.

Hors du Top 300 en début de saison, l’Américain a d’abord été l’épouvantail du circuit Challenger (NDLA : 23 victoires pour seulement 4 défaites et 3 titres cette saison) avant de réaliser une entrée remarquée sur le circuit principal. Une finale ATP perdue à Newport contre le revenant Kevin Anderson et deux autres demi-finales à Anvers et Washington.

Des matchs références sont aussi à noter comme à Washington contre Felix Auger-Aliassime (victoire 6/3 6/4), ses combats homériques en quatre sets contre Taylor Fritz au 2nd tour de l’US Open, puis en cinq manches contre Aslan Karatsev, ou encore ce 4ème tour contre Novak Djokovic sur un court central Arthur-Ashe à l’ambiance électrique. Brooksby a littéralement écœuré le n°1 mondial en lui prenant le premier set 6/1, mais émoussé physiquement, il finit par s’incliner 6/3 6/2 6/2 sur les manches suivantes. « Il a tenu jusqu’au milieu du deuxième set puis le moteur a explosé », précise son coach Joseph Gilbert. « Il a croqué à pleine dent dans ce tournoi mais il n’avait jamais joué autant de sets en si peu de jours. Il était à la fois excité, plein d’adrénaline et d’énergie mais mentalement, il était épuisé. »

Qu’importe, le natif de Sacramento se penche déjà sur la suite de sa carrière : il est impatient de débuter 2022 avec l’étiquette de nouvelle coqueluche du tennis US... et nous aussi ! Service illisible, revers à la prise improbable, coup droit solide, véloce des deux côtés, du fond de court comme vers le filet, Brooksby est même particulièrement adroit à la volée : « Je me sens vraiment confiant dans mon jeu. Je crois que je peux rivaliser avec n’importe quel adversaire. C’est important pour moi de commencer fort les matchs, d’imposer mon état d’esprit et ma stratégie. Je ne vais pas gagner tous les matchs évidemment mais je dois profiter de chaque instant passé sur le court. »

 

Sans parler de les dominer, Brooksby fait déjouer ses adversaires. Le jeune joueur de 20 ans fait partie de cette catégorie de joueurs qui proposent un tennis techniquement peu académique mais ô combien efficace. Une efficacité qui vient d’une confiance folle en ses chances et qu’il arrive à maintenir par une grosse éthique de travail qui est en train de payer. Après une saison synonyme d’explosion, celle de la confirmation pointe le bout de son nez. Nul doute qu’il débutera la saison 2022 comme le joueur hors tête de série que l’on ne veut surtout pas affronter en Grand Chelem. Mais un duel entre le jeune américain et une tête de série ferait évidemment le bonheur des passionnés et des fans australiens.

 

Interview avec Joseph Gilbert, son coach de toujours

Cette année a été assez spéciale pour Jenson. Quel bilan retenez-vous de sa saison 2021 ? Son année 2020 fut très difficile à vivre sur le plan personnel et technique. Il a été blessé quasiment toute l’année, mais il a appris à mieux prendre soin de son corps. Nous avons fait venir des coachs de tous horizons pour l’aider à renforcer son corps en prévention des blessures, et cela a immédiatement payé. Aujourd’hui, Jenson vit actuellement un rêve. Tous ses efforts sont en train de payer à une vitesse démentielle. Quand il était petit, c’était l’un des rares enfants qui revenaient plus tard sur le court avec la même envie à chaque fois qu’il franchissait une étape importante. C’est un monstre de travail qui n’est jamais rassasié. Et moi, je suis un entraineur comblé.

Jenson a engrangé énormément de confiance grace à ses derniers résultats. Quel point de vue donnez-vous à sa progression dans les tournois importants ? Il a prouvé qu’il a sa place parmi les 100 meilleurs joueurs du monde. L’objectif que l’on s’est fixé tous les deux a été atteint. Il a prouvé qu’il peut imposer sa patte et son tennis, mais aussi qu’il peut affronter n’importe qui. Déranger aussi bien des joueurs tels que Djokovic ou Auger-Aliassime en sont une première preuve, et connaissant Jenson, il n’en restera pas là.  Cette croyance et cette confiance ne font que croître, ce qui est formidable pour moi, car c’est l’une des choses les plus difficiles à obtenir. Mais elle peut aussi facilement disparaitre. C’est un problème qu’il faut gérer au quotidien qui vaut aussi pour tous les autres joueurs du circuit. Pour lutter contre cela, il faut continuer à travailler aussi dur que possible.

Qu’avez-vous pensé de son match contre Novak Djokovic à l’US Open ? Nous avions un plan de jeu sur ce match mais j’ai vu tout de suite que Jenson était dans le rouge dès le début. Il a tenu jusqu’au milieu du deuxième set puis que le moteur a explosé. Beaucoup de gens avaient oublié que Jenson avait joué un match en 5 sets et deux matchs en 4 sets avant. C’était son premier Grand Chelem dans lequel il a croqué à pleine dent mais il n’avait jamais joué autant de sets en si peu de jours. Il était à la fois excité, plein d’adrénaline et d’énergie mais mentalement, il était épuisé.

De qui vous êtes-vous inspiré pour construire le jeu de Jenson ? Jenson ne pourra pas être comme Nadal en ce qui concerne notamment l’aspect physique et il n’a pas non plus l’aisance et la technique de Federer. En revanche, ses caractéristiques peuvent se rapprocher de celle de Djokovic avec sa façon de se déplacer, de frapper la balle et d’absorber le rythme de l’adversaire. Jenson aime les amortis et aller vers l’avant comme Novak. Quand on voit Jenson, on peut aussi penser à Murray et Medvedev dans sa façon de déplacer et contrôler le jeu. Mais Jenson est un immense compétiteur. Parfois agaçant. Que ce soit au ping pong, aux cartes ou pour un pile ou face, il veut gagner. Plus jeune, il avait du mal à se lever le matin et démarrait lentement ses journées. On s’est beaucoup disputé à propos de ça. Il est à fleur de peau comme moi. On a appris tous les deux à gérer les moments où on a besoin de liberté, où on peut déconner et aussi ceux où il faut être très professionnel et concentré avec beaucoup d’intensité.