Open d'Australie (F) / Ashleigh Barty : la suprématie, en toute simplicité

Ashleigh Barty a remporté ce samedi son troisième titre du Grand Chelem en carrière, le premier à Melbourne pour une Australienne depuis Chris O’Neil le 3 janvier 1979. 43 ans d’une attente interminable qui s’est soldée par une victoire pleine d’autorité pour l'idole de tout un peuple. Décryptage d’une quinzaine parfaite pour celle qui est plus que jamais la patronne du tennis mondial.

 

Face à une génération entière de joueuses à cadence, tout en puissance, Barty a réussi à toutes les faire déjouer à un niveau rarement observé depuis très longtemps. Excellente en première balle, elle termine sa quinzaine avec 45 aces, une capacité redoutable à varier la hauteur de balle, à trouver des angles, avec une grande sécurité dans ses frappes et ce slice de revers vénéneux au possible. Barty construit tactiquement ses points avec une palette technique parmi les plus complètes du circuit. En retour, elle lit extrêmement bien les services adverses avec seulement 54% de points perdus sur les premières balles de ses adversaires. Ajoutez à cela une condition physique irréprochable et elle tutoie la perfection.

Barty, au-dessus de tout et de toutes

Pour parvenir au titre suprême sur ses terres, il a fallu balayer successivement Tsurenko (en ne laissant qu’un jeu) et Bronzetti en moins d’une heure. Puis neutraliser Giorgi puis Anisimova, pourtant brillante tombeuse de Naomi Osaka au tour précédent. Mais aussi maîtriser Pegula puis Keys, deux excellentes frappeuses de fond de court, avant de battre Collins en finale. Plus que la victoire finale, c’est l’impression de ne laisser aucune miette à ses adversaires avec une énorme marge de manœuvre, comme le mentionne Rodolphe Gilbert, notre consultant : « Pour moi, Barty a survolé le tournoi. Elle a été au-dessus de toutes les autres. Je suis ravi de voir Barty s’imposer et encore plus à la maison car ce n’est jamais facile. Cela donne encore un peu plus de valeur à la formidable victoire de l’Australienne. Elle montre qu’elle est la patronne du circuit avec ce titre. »

Barty, plus qu’un titre du Grand Chelem : une ode au jeu varié

Pour trouver une joueuse aussi techniquement complète, il faut faire preuve d’une grande connaissance du circuit féminin pour donner d’autres noms que celui de l’Aussie. Car si elle fait preuve d’ovni de par la variété de son jeu, elle montre définitivement qu’il existe un autre style de jeu, une autre façon de s’imposer dans le gratin du tennis mondial. Barty a récolté une quantité incroyable de points gratuits en faisant déjouer ses adversaires. Des balles variées et difficiles à exploiter, ses opposantes se sont littéralement cassé les dents dans l’échange en allant à la faute. Et quand ça ne suffit pas, le point gagnant survient après un échange long où aucune balle n’est identique puis conclu par un coup parfait long de ligne, tout en sécurité. Un style de jeu ultra-complet et intelligent qui n’est pas sans rappeler certaines joueuses des années 2000 comme Justine Hénin, Elena Dementieva, ou Martina Hingis. A l’instar du monde entier, Rodolphe Gilbert est littéralement conquis par Barty, mais surtout, ce qu’elle dégage sur et en dehors du court : « Barty a produit un tennis incroyable. Elle sait tout faire : servir, frapper fort, prendre la balle tôt, elle utilise un revers coupé magnifique et redoutable, que l’on ne voit plus sur le circuit féminin depuis Steffi Graf. Elle arrive à dominer ses émotions alors qu’elle semble être une personne sensible. Et dans un contexte pareil, ce n’est vraiment pas facile à gérer. J’aime ce qu’elle représente sur et en dehors du court. »

 

Barty, plus que l’US Open à remporter

Ashleigh Barty représente plus que jamais l’antithèse de la starification incarnée. Moins de campagnes publicitaires, plus de jeux. Et pour cause, l’Australienne propose un des jeux les plus plaisants à regarder… pour une exposition médiatique réduite au minimum alors qu'elle est numéro une mondiale. Barty est la première Aussie à remporter l’Open d’Australie depuis plus de 40 ans. Preuve de la longue attente qui a pesé sur les épaules de Barty : toutes les vainqueures du tournoi austral ont fait le déplacement dans une Rod Laver Arena archi-comble afin d’assister à ce potentiel moment historique. Face à Danielle Collins, le premier set, remporté 6/3 a été à sens unique dans sa physionomie. Tout le monde s’attendait à voir une énième démonstration de force de la n°1 mondiale. Il n’en fut rien. L’Américaine a chèrement vendu sa peau en poussant la locale au tie-break. Un jeu décisif pour l’Histoire, remporté 7 points à 4 par Barty. L’attente fut interminable, la délivrance fut exceptionnelle pour celle qui reçut son bien des mains d’Evonne Goolagong : « J'ai dit de nombreuses fois que j'étais tellement chanceuse d'avoir autant de gens ici qui m'aiment, me soutiennent. Savoir que mes parents et mes sœurs ont fait le déplacement fut très spécial pour moi. Je suis une fille incroyablement chanceuse de recevoir autant d'amour. Nous avons commencé ensemble, dès le début de cette deuxième partie de notre carrière, nous l'avons fait tous ensemble et rien n'a changé de notre équipe, ça a été incroyable. Je vous aime à mort, vous êtes les meilleurs, et je ne peux que vous remercier pour tout le temps et l'amour que vous m'avez accordés. »

Troisième titre du Grand Chelem pour Barty. Et Il ne manque plus que l’US Open à son palmarès personnel. A 25 ans seulement. Déjà. en remportant l’Open d’Australie dans de telles conditions, Ashleigh Barty, éternelle surdouée du tennis et du sport (NDLA : Barty, déjà espoir du tennis mondial, arrêta temporairement sa carrière à 20 ans pour se consacrer au cricket et jouer avec l’équipe nationale, avant de reprendre le tennis), vient de faire plus que de remporter le tournoi : elle a redonné de très belles lettres de noblesse au tennis féminin.