Open d'Australie (H) : un premier tour teinté de science fiction ?

En fin de saison dernière, nous étions revenu sur les événements paranormaux de 2021. Force est de constater qu'en deux jours, l'Open d'Australie nous a offert déjà quelques résultats improbables que les meilleurs scénaristes de science fiction auraient pu imaginer.

Humbert, l'incroyable désillusion

A quoi bon battre le numéro 2 mondial pour s'incliner deux semaines plus tard contre Richard Gasquet, touché par la Covid et loin de son meilleur niveau ? Si la génération mousquetaires est logiquement sur le déclin, on espérait pouvoir compter sur l'ancien élève de notre Rodolphe Gilbert pour prendre la relève mais force est de constater que le Messin est en difficulté en Grand Chelem avec 9 défaites sur ses 11 derniers matchs et surtout 9 éliminations au premier tour en 11 tournois dont 6 face à des joueurs moins bien classés (Polmans, Copil, Millman, Berankis, Gojowczyk et Gasquet donc). Sans faire injure à Richard Gasquet, le vent qui a soufflé fort la nuit dernière, n'explique pas à lui tout seul cette énorme sortie de route. Rendez-vous désormais à Roland Garros où Ugo Humbert n'a toujours pas gagné en trois participations...

Paire, l'improbable victoire

Benoit Paire est déroutant. Imprévisible. Génial autant qu'il peut être agaçant. On a beau le savoir, sa victoire en 5 sets contre Thiago Monteiro est une vraie surprise. Pas sur un plan tennistique puisqu'évidemment, le Français a bien plus de références sur dur que le Brésilien (même si ce dernier avait offert un match excellent contre Monfils la semaine dernière). Mais plutôt sur un plan physique puisque la Covid a pour la troisième fois touché Benoit Paire avant le début de la saison et que ses deux matchs de préparation avant l'Open d'Australie laissaient penser qu'il était totalement hors de forme : un abandon contre Laaksonen et une défaite 6-4, 6-0 contre Kokkinakis. Force est de constater que le Français a soit bien caché son jeu, soit réussi une préparation physique express en une semaine. Ou alors, les ventouses ont un pouvoir magique (il a utilisé des ventouses en verre à faible pression pour accélérer la circulation sanguine et réduire les douleurs musculaires). En tout cas, le Français met fin à presque deux ans sans victoire en Grand Chelem. Il n'avait plus gagné en Majeur depuis le début de la pandémie.

Karatsev, l'inépuisable bison russe

Titré à Sydney ce samedi, on pouvait craindre le pire pour le Russe au premier tour contre Jaume Munar. D'abord, parce qu'une défaite lui aurait fait perdre les points de sa demi-finale de l'an passé. Mais surtout parce que gagner un titre 48 heures avant le début de l'Open d'Australie peut vous envoyer directement dans l'avion du retour. Alors, depuis 2010, seulement 33% des joueurs titrés perdent au premier tour mais aucun n'est resté 5 heures sur le court pour son premier tour. C'est une performance assez incroyable d'avoir tenu physiquement face à un Espagnol qui a confirmé qu'il avait vraiment progressé sur dur. Munar a fait un très bon match mais le Russe a tenu, sans rompre. Le plus dur est-il fait pour lui avec désormais 48 heures de repos entre chaque match ? C'est possible mais s'il parvient à dominer McDonald, deux gros défis pourraient l'attendre ensuite : Hurkacz et ensuite Nadal ou Khachanov...

Korda, plus fort que la Covid

Certes, l'Américain a été asymptomatique mais aborder l'Open d'Australie sans disputer la moindre minute de jeu avec une préparation physique forcément perturbée ne laissait pas présager une partie de plaisir pour son entrée en lice contre Cameron Norrie. Et pourtant, Sebastian Korda n'a fait qu'une bouchée du Britannique, totalement surclassé par la puissance, le talent et la qualité de service de son adversaire. Rien ne laissait présager un tel scénario (6-3, 6-0, 6-4) : « Ce n'était pas facile sans match de préparation donc je suis super content de la façon dont j'ai joué. C'est toujours spécial de jouer en Australie avec mon père qui a gagné ici. J'avais battu Cameron il y a un an à Delray Beach en demi-finale, et je me suis également entraîné avec lui ici. J'ai pris beaucoup d'enseignements pendant ces entraînements et j'ai très bien utilisé les tactiques préparées avec mon staff. Je pense que même dans les moments difficiles, j'ai continué à être agressif, en utilisant ma puissance, si efficace sur ces courts rapides. »

Murray, un héros inépuisable

Désormais, plus personne n'est surpris. Après trois ans hors du circuit, de multiples opérations à la hanche, Andy Murray a presque rendu banal le fait de remporter des batailles en 5 sets. Il l'a réussi à 5 reprises depuis 2019. A chaque fois, il donne l'impression de gagner autant grâce à son mental que grâce à ses qualités tennistiques. Le seul joueur à avoir résisté au Big 3 pendant 10 ans est en train de réussir son pari fou. Pourtant, on ne peut pas reprocher à Nikoloz Basilashvili d'avoir bradé le match. Au contraire, le Géorgien a réalisé un bon match, certes décousu mais assez pour mériter la victoire. Sauf que le Britannique a tenu, résisté aux assauts de son adversaire et le poussant inévitablement à la faute (99 fautes directes pour Basilashvili). Pour l'anecdote, avec ce succès, Andy Murray est remonté à la 101ème place mondiale. Il faudra donc battre Taro Daniel au prochain tour pour faire son retour dans le top 100 mais lui voit évidemment plus loin et ne s'est pas lancé dans cette bataille pour s'arrêter là.