Open d'Australie (H) : Zverev, autopsie d'une déroute !

Alexander Zverev, titré au tournoi des Maîtres fin 2018, a de nouveau franchi un palier en 2021 en s'offrant les Jeux Olympiques et une nouvelle fois le Nitto Finals. Désormais numéro 3 mondial, l'Allemand avait même la possibilité de devenir le nouveau numéro un mondial en cas de titre ici à Melbourne. Et il faisait partie des favoris avec Daniil Medvedev. Oui mais voilà, c'était oublier que Zverev souffre d'un énorme handicap : il est incapable de battre les membres du top 20 en Grand Chelem. Avec 15 défaites en 19 duels, forcément la tâche se complique pour aller chasser le titre suprême. Et même s'il a pris une nouvelle dimension depuis 2020, il n'y a aucune progression sur ce plan (6 défaites sur ses 7 derniers matchs).

Sa défaite ce dimanche face à Shapovalov (6-3, 7-6, 6-3) peut être qualifiée de déroute. Les médias allemands parlent même de désastre. C'est a minima une immense désillusion. Rarement, Zverev n'était apparu aussi impuissant, sans âme, sans réaction. Certes, le Canadien a offert une prestation parfaite comme à l'ATP Cup contre Carreno Busta. Mais même un Canadien à 150% aurait dû avoir de la résistance en face de lui. Or, ce fut une promenade, une balade. « Rien n'a fonctionné aujourd'hui », concède l'Allemand. « Denis a modifié sa position en retour. Je ne l'avais jamais vu faire ça avant. Et jouer en journée sous le soleil, c'est totalement différent d'une night session mais je ne me cherche pas d'excuse. J'aurais pu vous dire que j'avais un rhume ou trouver autre chose. Pour être honnête, c'était une semaine de merde. Je ne peux rien retenir de ce match. Depuis Wimbledon, c'est l'un des pires matchs que j'ai joué. Je vais donner du crédit à Denis qui mérite sa victoire, mais je dois me regarder en face aujourd'hui. C'était horrible ce que j'ai montré. En fait, j'ai mal joué toute la semaine, peut-être pas contre John Millman, mais mes autres matchs étaient mauvais. Je n'ai aucune excuse, je dois faire mieux. Je suis venu ici avec l'objectif de gagner le titre et d'être le numéro un mondial, mais en jouant comme ça, je ne le mérite pas. »

Alors que Zverev avait mis en place depuis plusieurs mois un jeu très agressif qui lui permettait de dominer tous ses adversaires. Il n'a jamais réussi à appliquer cette tactique sur cet Open d'Australie. Beaucoup trop passif, attentiste, ce schéma de jeu ne lui réussit pas. Et il faudrait réussir à comprendre pourquoi il n'a pas joué le tennis qu'il proposait en fin de saison dernière. Est-ce la pression d'être l'un des favoris pour le titre ? La pression de toucher du doigt la place de numéro un mondial ? La pression d'être désormais attendu ? C'est son attitude qui interroge. Il n'a jamais eu la grinta et l'envie nécessaire pour gagner ce match et rejoindre les quarts de finale. Après la perte du premier set, il a concédé le break d'entrée avec une seconde balle à 100km/h, symbolique d'un joueur en déroute sur le court. Casser sa raquette de colère n'y changera rien. Le mal était profond. Mené 5-1 dans le jeu décisif de la deuxième manche, il marche tête basse, à pas lent pour changer de côté. Déjà résigné. Comme s'il avait déjà compris qu'il allait perdre. Mais sans combattre.

Combatant, Shapovalov lui l'a été. Conquérant également. Et on parle de progression concernant le jeune Canadien de 22 ans. Après un quart de finale à l'US Open en 2020, sa demi-finale à Wimbledon l'an passé, le voilà à nouveau en quart de finale. Le 14ème mondial a confirmé ce qu'il avait montré à l'ATP Cup. Son changement de coach semble être une réussite : « C’était probablement le match auquel je m’attendais le moins à finir en trois manches. Oui, c'était définitivement une prestation très solide aujourd'hui de ma part. Je me sentais assez à l'aise du fond du court, j'avais l'impression de le dominer. Il faisait vraiment chaud au début, mais c'était une bonne tactique de rester patient et de jouer vite sur mes jeux de service. J'ai tout très bien fait aujourd'hui. »

Prochaine étape pour Shapovalov ? Une montagne. Une légende. Qui vise un 21ème sacre en Grand Chelem. « Contre Rafa, il faut se battre sur chaque point. Rester dans le match du début à la fin. Ne jamais laisser les choses vous perturber. Peu importe le score et le scénario. Je m'attends évidemment à une longue bataille. Nadal te fait beaucoup jouer. Sa défense est très bonne. Il est très bon dans tout ce qu'il fait. Je vais devoir essayer de jouer mon jeu et de continuer à faire ce que j'ai bien fait depuis le début de saison : jouer avec patience et choisir les bons spots pour jouer de manière agressive. »

Shapovalov avait battu l'Espagnol à Montréal en 2017. Depuis, Nadal a remporté leurs trois derniers duels à Rome et en Coupe Davis. Mais le contexte est totalement différent. Le Canadien semble libéré. Il a franchi une étape sur le plan mental avec cette victoire sur Zverev, la première de sa carrière contre un top 5 en Grand Chelem.