TBN Awards 2021 : Norrie, la révélation de la saison

Avant d’entrer dans le détail des joueurs qui se sont révélés en 2021, il convient d’abord d’apporter quelques précisions au sens donné à la notion de révélation. Le partie pris a été de considérer ce terme comme une performance bien au-delà des attentes et du potentiel. On ira donc en priorité récompenser les joueurs qui ont surperformé en rapport à leurs résultats de 2019 et 2020 et affiché un talent et une régularité bien au-delà des prévisions. La bataille fut serrée entre le Britannique et Aslan Karatsev. Casper Ruud complète le podium.

Trophée TBN Award du meilleur jeune de la saison 2021

Trophée TBN Award du flop de la saison 2021

74e au début de la saison, Cameron Norrie a effectué une ascension fulgurante au classement, au point de participer au Masters de Turin en tant que remplaçant, en guise d’ultime récompense. Monstre de régularité tout au long de la saison, le Britannique a épaté par sa progression et sa faculté à être performant sur toutes les surfaces. Il peut agacer certains par son style de jeu peu spectaculaire, pragmatique et tactique mais il faut lui reconnaître une réelle abnégation et un état d’esprit irréprochable. Si son début de saison a été plutôt bon avec une demi-finale à Delray Beach notamment, c’est à partir du mois d’avril qu’il a pris son envol. Il a atteint à Estoril sa première finale ATP après de belles victoires contre les terriens Martinez et Garin notamment. Une finale perdue au tie-break du 3e set face à Ramos Vinolas. Mais cet échec n’a pas miné le Britannique qui a poursuivi sur sa lancée et s’est de nouveau hissé en finale à Lyon, deux semaines plus tard, s’offrant par la même occasion son premier Top 10 en battant Dominic Thiem. Toujours pas de titres toutefois après une défaite logique contre Stefanos Tsitsipas mais Norrie progresse à vue d’œil et va vite le confirmer en signant une nouvelle finale au Queen’s alors que son bilan sur herbe était jusque-là très moyen (5 victoires pour 9 défaites en carrière). Après Wimbledon, le voilà déjà aux portes du Top 30, un classement qui va le protéger et lui permettre d’avoir des tableaux plus accessibles durant tout l’été. Il ne tardera pas à en profiter puisqu’il décroche à Los Cabos, un premier titre qui vient valider toute l’expérience et tous les progrès acquis au cours des derniers mois. Sur dur, sa surface de prédilection, il accède une nouvelle fois à la finale du tournoi de San Diego battant au passage Dan Evans, Denis Shapovalov et Andrey Rublev. On aurait pu penser que son 4e échec en 5 finales serait difficile à digérer, bien au contraire. Au terme d’une folle semaine dans le désert, Cameron Norrie va décrocher le plus grand titre de sa carrière. A la surprise générale, le Britannique va remporter le Masters 1000 d’Indian Wells dans un contexte particulier (tournoi déplacé de mars à octobre) sans dominer un seul membre du top 10 (Fritz, Dimitrov et Basilashvili s’en sont chargés pour lui). Un rêve éveillé pour un joueur qui, à l’aube de sa quatrième saison pleine en pro, n’avait pas encore atteint la moindre finale ATP ni même un quart de finale en Masters 1000. En 2021, Cameron Norrie c’est : 50 victoires, 6 finales disputées et 47% de victoires face au Top 20.

Aslan Karatsev a été la plus grosse sensation de ce début d’année. Lorsqu’il s’est présenté aux qualifications de l’Open d’Australie, Aslan Karatsev était 112e mondial. Pour sa première participation en carrière à un tableau principal en Grand Chelem, on y a découvert une puissance foudroyante avec des mollets de bûcheron, capable de dicter le jeu depuis le fond du court à une vitesse folle. Intouchable et en pleine réussite (en témoigne son 6-0, 6-1, 6-0 contre Gerasimov), il réalise un parcours exceptionnel où il se hisse dans le dernier carré après des victoires face à Schwartzman, Auger-Aliassime et Dimitrov notamment, ce qui lui permet d’intégrer directement le Top 50. Mais ce qui fait du Russe l’une des révélations de la saison, c’est qu’il a réussi à capitaliser sur ce tournoi. Un petit peu plus d’un mois après, Karatsev va décrocher son premier titre à Dubaï, en ATP500, après avoir enchaîné de nouvelles grosses performances (Evans, Sonego, Sinner, Rublev et Harris). Bien qu’il soit davantage un joueur de dur, il arrive à garder le cap durant la saison sur terre battue, atteignant notamment la finale à Belgrade, après une victoire d’anthologie face à Novak Djokovic. Les six mois qui vont suivre seront plus difficiles pour Karatsev, qui a du mal à enchaîner les victoires et semble vivre un contre-coup de son début de saison tonitruant. Entre mai et octobre, il n’arrive plus à remporter trois matchs consécutifs. Il a tout de même réussi à retrouver des couleurs chez lui, à Moscou, en allant décrocher son deuxième titre de l’année aux dépens de Marin Cilic. Bien qu’il n’ait pas réussi à conserver son niveau de jeu tout au long de la saison, Aslan Karatsev s’est tout de même imposé comme un solide joueur du Top 20, un statut qu’il devra confirmer la saison prochaine avec des précieux points à défendre à Melbourne.

Si Casper Ruud avait déjà été titré en 2020 à Buenos Aires et obtenu de gros résultats à Rome et Hambourg, il n’avait réussi à briller que sur terre battue jusqu’à présent. Cette année, il a franchi un immense palier en termes de régularité et s’est imposé comme un joueur capable de performer aussi sur les surfaces rapides. Sa progression lui a valu d’intégrer le Top 8 mondial et de participer à son premier Nitto Masters. Il avait d’ailleurs commencé son année par deux bonnes performances sur dur en signant un 8e de finale à Melbourne et un quart de finale à Acapulco dans la foulée. Sans surprise, il a ensuite ébloui de son talent la saison sur terre battue, signant deux demi-finales à Monte-Carlo et à Madrid avant d’enchaîner trois titres consécutifs en juillet (à Bastad, Gstaad et Kitzbühel), auquel il faut ajouter un sacre obtenu à Genève quelques semaines plus tôt. Avec un total de 28 victoires pour seulement 5 défaites, le Norvégien est le joueur qui a gagné le plus de matchs sur terre battue en 2021 devant Tsitsipas et Delbonis (23 victoires). Sa tournée américaine a également été très positive puisqu’il a atteint les quarts à Toronto puis à Cincinnati avant de décrocher son premier titre sur dur à San Diego. En cette fin d’année, il a également montré tout son talent en indoor, en répondant présent à Vienne et à Bercy (quart de finaliste à deux reprises). Ses progrès sur dur se sont aussi traduits dans les chiffres avec un impressionnant 87% de victoires en position de favori. Pour passer un nouveau palier, il devra être capable de rivaliser avec les tops players sur cette surface, quelque chose qui lui fait défaut pour l’instant. En 2021, il a, par exemple, perdu la totalité de ses matchs face au Top 10 (0/6).

Jenson Brooksby a fait un bond de plus de 250 places au classement ATP. Il est désormais à quelques points du top 50 mondial. Le 4ème meilleur jeune de la saison (derrière Alcaraz, Sinner et Korda) se place également au pied du podium des révélations de la saison. Carlos Alcaraz aurait pu mériter pour certains d'être sur le podium des révélations mais le meilleur jeune de la saison 2021 était attendu comme le nouveau crack du circuit. Il a largement répondu aux attentes mais finalement, peu de monde est surpris de voir le jeune Espagnol à ce niveau. C'est également le cas de Jannik Sinner, déjà élu meilleur jeune en 2020 des TBN Awards et qui se classe en 5ème position de ce classement des révélations de cette saison 2021.

Hubert Hurkacz fait très peu de bruits, ne paye pas forcément de mine sur un terrain, mais quel joueur ! Du haut de son 1m93, le Polonais a définitivement marqué la saison 2021 de son empreinte, et ce, dès le premier tournoi de la saison, en allant chercher le titre à Delray Beach sans concéder le moindre set. Un peu moins en vue durant les trois mois qui ont suivi, il a produit un tennis magnifique en Floride qui l’a conduit au sacre lors du Masters 1000 de Miami. Une semaine où il a successivement battu Shapovalov, Raonic, Tsitsipas, Rublev et Sinner. Ce titre l’a définitivement fait entrer dans la catégorie des tops players, que ce soit au niveau du classement ou de niveau de jeu. Son coup de moins bien sur terre battue était prévisible tant le Polonais est peu à l’aise sur cette surface (33% de victoires sur le circuit), mais il a su repartir de plus belle sur gazon, signant même sa plus belle performance en Grand Chelem avec une demi-finale à Wimbledon, s’adjugeant notamment des victoires sur Medvedev et Federer. En six mois, Hurkacz a réussi à s’affirmer : désormais il faudra compter avec lui dans les grands rendez-vous. Il a conforté sa place dans le top 10 en fin de saison en glanant un nouveau trophée à Metz et en atteignant le dernier carré à Bercy. Sa participation au Nitto Masters est venu couronner une saison exceptionnelle pour lui. A 24 ans, Hurkacz a un très bel avenir devant lui.

La saison de Lloyd Harris n’a pas été forcément flamboyante de bout en bout (32 victoires pour 23 défaites), mais le Sud-Africain a montré de vrais progrès cette année. C’est à Dubaï qu’il a véritablement explosé, signant une magnifique finale alors qu’il sortait des qualifications. Un tournoi qui a démontré sa capacité à battre les meilleurs joueurs puisqu’il n’avait, jusque-là, jamais battu le moindre joueur du Top 20. Gêné à plusieurs reprises par les blessures (forfait au 2e tour à Miami, contraint à l’abandon à Madrid), Harris n’a pas toujours été à 100% de ses capacités, mais il a tout de même réussi à retrouver des couleurs lors de la tournée américaine, sur une surface qui lui convient beaucoup mieux. Durant cette période, le Sud-Africain a signé plusieurs victoires probantes, notamment contre Rafael Nadal à Washington avant de réaliser sa plus belle performance en Grand Chelem avec un quart de finale à l’US Open.  Un parcours qui lui vaut d’atteindre son meilleur classement en carrière, 31e mondial. S’il parvient à se maintenir en bonne santé, il sera l’un des joueurs à surveiller de près sur dur en 2022.

Botic Van De Zandschulp a réalisé l’une des plus grosses progressions de l’année parmi les joueurs du Top 100 (+ 96 places) au prix d’une fin de saison impressionnante. Le Hollandais s’était rapidement montré cette année, signant un quart de finale dès le premier tournoi de la saison au Great Ocean Road, un tournoi où il avait battu Opelka. Durant les mois qui ont suivi, il a oscillé entre les qualifications des tournois ATP et le circuit Challenger avant de se montrer dans les Majeurs. Sorti des qualifications à Roland Garros et à Wimbledon, il a atteint par deux fois le 2e tour (avec une victoire sur Hurkacz Porte d’Auteuil). Après avoir enchaîné cinq tournois Challengers entre mi-juillet et mi-août, il a définitivement éclaté au grand jour à l’US Open. Issu des qualifications, le Hollandais a réalisé un parcours fantastique, battant Ruud et Schwartzman au passage, pour signer un énorme quart de finale dans lequel il a même pris un set à Daniil Medvedev. Surfant sur cette lancée et fort de son statut de Top 60, il a signé une très belle fin de saison avec une demi-finale à Saint-Pétersbourg (où il a battu Korda et Rublev) ainsi qu’un quart à Stockholm pour clore cette belle année qui nous donne très envie de le revoir en 2022.

Très peu connu du grand public avant cette saison, Ilya Ivashka performait surtout sur le circuit challenger. C’est sur terre battue qu’il a explosé sur le circuit principal, pourtant pas sa surface de prédilection. Quart de finaliste à Marbella, il a surpris son monde en prenant un set à Rafael Nadal dix jours plus tard à Barcelone. Le Biélorusse a surfé sur cette dynamique pour signer une très belle finale à Munich la semaine suivante, glanant sa première victoire référence contre Alexander Zverev. Il a confirmé ses progrès lors de la tournée sur gazon avec un quart de finale à Eastbourne et surtout une très belle deuxième semaine à Wimbledon. À l’heure où le dur a repris ses droits, on sentait qu’Ivashka allait être présent. Et en effet, il n’a pas raté l’occasion de décrocher son premier titre ATP à Winston Salem, tournoi où il a battu de solides joueurs du Top 40 (Cilic, Struff et surtout Carreno Busta). Après une demie à Nur Sultan, il a atteint son meilleur classement en carrière (43ème) soit 65 places de mieux qu’au moment d’attaquer la saison. Preuve de ses progrès et de sa régularité, il a remporté 75% des matchs face à des joueurs moins bien classés cette année (14ème de ce classement cette saison)

Emil Ruusuvuori nous a tout de même montré en 2021 qu’il pourrait devenir un bon joueur s’il parvient à gagner en régularité. On a notamment pu voir sa capacité à performer sur dur, une surface où il devrait pouvoir tirer son épingle du jeu dans les mois à venir. On se souvient notamment de son beau 8e de finale à Miami, où il avait battu Alexander Zverev. Il s’est hissé à deux reprises en demi-finale à Atlanta et Winston Salem. Pour viser très haut, il devra cependant progresser sur terre battue, une surface sur laquelle il a encore beaucoup de mal pour l’instant (une seule victoire ATP en carrière).

Daniel Evans a parfaitement lancé sa campagne avec un premier titre ATP décroché en début de saison au Murray River. Si l’on savait qu’il était capable de très bien jouer sur dur, il a bluffé le monde du tennis à Monte-Carlo mi-avril. Alors qu’il n’avait plus remporté le moindre match sur cette surface depuis 2017, Evans était sur un petit nuage à Monaco, battant successivement Lajovic, Hurkacz, Djokovic et Goffin pour se hisser en demi-finale. Malheureusement, sa deuxième moitié de saison a été beaucoup plus compliquée après qu’il ait contracté la Covid.

Soonwoo Kwon avait déjà montré qu’il pouvait être très dangereux en indoor et c’est une nouvelle fois sur cette surface qu’il a obtenu ses meilleurs résultats en 2021. Quart de finaliste à Singapour en février, il a décroché son premier titre ATP à Nur Sultan fin septembre, lui permettant de se rapprocher du Top 50 (53e). Outre ses résultats en indoor, Kwon a gagné en régularité et montré qu’il était capable de gagner des matchs sur les autres surfaces. Il a, par exemple, signé un quart à Marbella, un 3e tour à Paris ainsi qu’une demie à Eastbourne.

Alexei Popyrin avait produit un début de saison plein de promesses, avec un titre obtenu en février à Singapour. Régulier lors des cinq premiers mois, il a proposé plusieurs bons matchs, que ce soit sur dur, mais aussi sur terre battue où il s’est imposé face à des joueurs comme Struff ou Sinner. Des résultats qui lui ont permis de se hisser à la 61e place mondiale. Mais il a connu un énorme passage à vide entre Rome et Cincinnati, ne remportant qu’un match en l’espace de dix tournois. Il a un peu retrouvé des couleurs en fin de saison avec un 3e tour à l’US Open et à Bercy.

Le classement des révélations 2021

  1. Norrie

  2. Karatsev

  3. Ruud

  4. Brooksby

  5. Alcaraz

  6. Sinner

  7. Hurkacz

  8. Harris

  9. Van de Zandschulp

  10. Ivashka