TBN Awards 2021 : Thiem, le flop de la saison

Après Cilic et Basilashvili, c'est l'Autrichien qui a été désigné comme la plus grande déception de cette saison 2021. Si sa blessure peut laisser penser que ce vote est sévère envers Dominic Thiem, on peut aussi analyser cette blessure comme une conséquence de sa mauvaise gestion mentale de son titre à l'US Open.

Trophée TBN Award du meilleur jeune de la saison

Trophée TBN Award de la révélation de la saison

Gêné physiquement d’un bout à l’autre de la saison, Dominic Thiem n’aura donc disputé que 19 matchs durant cette campagne, principalement en raison d’une blessure au poignet droit qui mit fin à sa saison au mois d’août. Sur les 8 tournois qu’il a disputés, l’Autrichien n'a signé qu’une seule demi-finale à Madrid pour quatre éliminations d’entrée et aucune victoire face aux membres du Top 20. Malgré sa 68ème place à la Race, il serait tout de même un peu réducteur de tout mettre sur le compte de la blessure tant l’ancien n°3 mondial a semblé dans le dur mentalement après son sacre à New York. Des difficultés sur lesquelles il s’était d’ailleurs confié : « Après ce titre, j'étais dans un état d'euphorie, les résultats m'ont permis d'aller en finale du Masters de Londres. Mais en préparant cette saison, je suis tombé dans un trou. J'ai poursuivi mon grand rêve pendant 15 ans, sans regarder à gauche ou à droite. Je pense que la pandémie s'ajoute juste à tout le reste. Quand on poursuit toute sa vie son grand objectif, qu'on lui subordonne tout le reste et qu'on atteint ensuite cet objectif, tout change pendant un moment. » Redescendu à la 15e place mondiale, il devra rapidement retrouver son niveau de jeu, et sa condition physique en 2022 s’il veut retrouver assez vite le Top 10. Bonne nouvelle cependant puisque l’Autrichien a communiqué sur son état de santé début novembre, expliquant que « l’IRM avait montré une amélioration significative au niveau du poignet »  et qu’il « reviendrait à la compétition fin décembre à Abu Dhabi ».

Cette saison encore, on aura plus entendu parler de Nick Kyrgios en dehors des courts que pour ses performances sur le terrain. Après ses 9 matchs disputés en 2020, le fantasque Australien n’en aura disputé que 15 cette année en raison d’une blessure au genou qui l’a handicapé durant toute de la saison. Alors qu’il avait réalisé un bon Open d’Australie avec une victoire sur Ugo Humbert et un gros match face à Dominic Thiem notamment, il a fallu patienter jusqu’à Wimbledon pour le revoir sur les terrains où il a, là aussi, montré de belles promesses. Complètement hors de forme, il avait réussi à atteindre le 3e tour sur le gazon londonien, battant encore une fois Ugo. Malheureusement, il avait été contraint à l’abandon dans la troisième manche face à Auger-Aliassime. La suite de sa saison a été moins flamboyante, notamment lors de la tournée américaine où il n’a remporté qu’un match en l’espace de 4 tournois. Après une défaite contre Stefanos Tsitsipas lors de la Laver Cup, il décide de mettre fin à sa saison expliquant que son genou continue de le faire souffrir et qu’il joue sous infiltration depuis plusieurs semaines. 7 victoires, 8 défaites, une 181ème place à la Race et une 93ème place mondiale qui va lui compliquer les choses en 2022 s’il ne prend pas des points tout de suite dès la tournée australienne.

Ancien n°28 mondial, Joao Sousa a dégringolé dans les profondeurs du classement pour la deuxième année consécutive, au point d’être classé 206ème à la Race cette saison. Il faut dire que sur le circuit principal, le Portugais a eu énormément de difficultés avec une seule victoire en 14 matchs et un bien triste bilan de 5 défaites en 6 matchs face à des joueurs moins bien classés. Depuis octobre 2019, il n’a même remporté que 8% de ses matchs ATP. Même sur terre battue, la surface où il est habituellement le plus à l’aise, le natif de Guimarães n’a pas remporté le moindre match dans un tableau principal, que ce soit sur le circuit principal, ou même en Challenger. Depuis sa fracture de stress au pied gauche fin 2019, Joao Sousa n’a jamais réussi à retrouver le rythme et un niveau de jeu lui permettant de rivaliser avec le Top 100.

Les jeunes qui n’ont pas confirmé

Jusqu’à la saison dernière encore, Thiago Seyboth Wild était considéré comme l’un des espoirs du tennis mondial. Pas au niveau des Jannik Sinner et autre Carlos Alcaraz certes, mais une progression notable était attendue cette saison, d’autant plus qu’il avait remporté un titre à Santiago en 2020, battant tout de même Cristian Garin et Casper Ruud. Mais il n’aura finalement pas confirmé les espoirs placés en lui cette année, ne gagnant même qu’un seul match sur le circuit principal en 2021. Même en Challenger il n’a pas été à la hauteur, ne faisant pas mieux qu’une demi-finale. Dans la seconde division du tennis, le Brésilien y présente même un bilan négatif de 12 victoires pour 16 défaites. Preuve de ses difficultés, il n’a remporté que 45% de ses matchs contre des joueurs moins bien classés. Aux portes du Top 100 en fin d’année 2020, il est désormais 132e mondial. À la Race, il pointe même au-delà de la 200e place mondiale cette année.

Dans une moindre mesure, c’est aussi le cas de Miomir Kecmanovic qui présente un bilan négatif en fin d’année (17 victoires pour 27 défaites). Le jeune Serbe de 22 ans avait pourtant plutôt bien commencé sa saison en atteignant son meilleur classement début mars (38e) après un quart au Great Ocean Road et une demie à Buenos Aires. Le reste de l’année sera une succession de « un petit tour et puis s’en va ». Entre mi-mars et Bercy, Kecmanovic a disputé 21 tournois, dont 11 se sont soldés par un échec dès le premier tour. Sur la deuxième moitié de saison, il n’a même jamais réussi à enchaîner deux victoires de rang. Une stat résume parfaitement ses difficultés en 2021 : il a perdu 15 des 16 matchs qu’il a disputés contre le Top 50.

À première vue, cela peut sembler sévère de mettre Jaume Munar dans cette catégorie. En effet, si l’on prend la saison dans sa globalité, le jeune Espagnol a réalisé un exercice relativement correct avec notamment une finale à Marbella ainsi qu’une demie à Parme et un quart à Buenos Aires. Mais depuis 2019, année où Munar a véritablement explosé sur le circuit principal et avait notamment réalisé un 3/7 face au Top 20 sur terre, le natif de Majorque a stagné en termes de progression. En 2021, il a notamment eu moins de 50% de victoires sur sa surface de prédilection contre le Top 100. L’un des freins majeurs à son ascension est également son manque de progrès réalisé sur les surfaces plus rapides et cette saison n’a pas dérogé à la règle avec seulement une victoire en cinq matchs sur dur. Certes, son bilan est bon en Challenger mais il semble incapable d’accrocher le wagon ATP…

Les Américains submergés par la nouvelle vague

Si Taylor Fritz, Reilly Opelka, Frances Tiafoe, Sebastian Korda et Tommy Paul incarnent le présent du tennis américain ; Brandon Nakashima et Jenson Brooksby le futur, les trentenaires n’ont pas su résister à cette nouvelle vague.

À commencer par Tennys Sandgren, auteur de sa plus mauvaise saison en carrière avec seulement 33% de victoires sur le circuit ATP. Le problème c’est qu’il a été tout autant en difficulté en Challenger avec seulement 2 victoires en 6 matchs. Son meilleur résultat ? Un 2e tour. En réalité, c’est depuis la « coupure Covid-19 » que l’Américain semble avoir perdu son tennis puisque sa fin de saison dernière avait été tout aussi compliquée. En juillet 2020, il avait déclaré : « C’était difficile de passer autant de temps sans jouer au tennis. Être éloigné des terrains aussi longtemps vous fait oublier à quel point c’est un sport compliqué et à quel point il est compliqué de prendre les bonnes décisions lorsque l’on est sous pression. » Cette fatigue mentale s’est-elle poursuivie en 2021 avec des bulles à répétition durant une bonne partie de la saison ? C’est probable.

Son compatriote Steve Johnson n’a pas non plus été flamboyant bien qu’il ait réussi à sortir un peu la tête de l’eau sur dur en deuxième partie de saison avec un quart de finale à Washington et un autre à Los Cabos. Difficile tout de même de s’en contenter pour un ancien 21e mondial, surtout avec un bilan de 11 victoires en 28 matchs. Mais ces baisses de résultats depuis quelques années ne trouvent pas leurs explications seulement d’un point de vue purement tennistique. Johnson, qui avait été dévasté par le décès de son père en 2017, a ensuite dû lutter contre des crises d’angoisse à partir de l’année suivante. Début 2021, sa fille qui venait de naître a dû être hospitalisée et placée sous oxygène en soins intensifs avec un protocole Covid qui empêchait la famille de se tenir à leurs côtés. « Je n’avais pas envie d’être en Australie. Dès que j’ai appris la nouvelle, j’étais déjà mentalement dans l’avion pour rejoindre ma femme et ma fille.», avait-il expliqué quelques mois plus tard. Opérée finalement un mois plus tard, sa fille va mieux maintenant mais la saison de l’Américain en a forcément pâti.

De son côté, Sam Querrey lui, est davantage sur la fin de sa carrière à 34 ans. Physiquement, l’ancien vainqueur du Queen’s a beaucoup de mal à tenir le coup et seul le gazon semble encore lui convenir (finaliste à Marbella cette année et demi-finaliste à Stuttgart). Même sur dur, sa surface de prédilection, il n’a pas été dans le coup cette année, ne glanant que 2 victoires en 11 matchs. Il a notamment perdu en deux matchs contre Yen Hsun Lu, Gianluca Mager ou Daniel Altmaier. Sa dernière victoire sur cette surface remonte au 2 février.

 

 

Les blessés 

Deux tournois disputés en février, deux en mars et un juillet : voilà pour ce qui est de la saison de Milos Raonic, qui n’aura participé qu’à un seul majeur en 2021, à Melbourne. Le Canadien s’était d’ailleurs hissé en deuxième semaine, chutant en 4 manches face à Novak Djokovic. Colosse au physique fragile depuis quelques saisons, le trentenaire a, cette année, été gêné par son mollet durant la quasi-totalité de l’exercice. Pour retrouver trace d’une saison à plus de 60 matchs, il faut remonter à 2016, période où il a fait son entrée dans le Top 3 mondial.

Pour David Goffin, cette saison fut aussi un calvaire. Un enchaînement de blessures qui l’ont conduit à renoncer fin septembre : « C'était une année difficile, avec des blessures, ma cheville au début de l'année, et maintenant mon genou me gêne depuis trop longtemps. » Tous ces coups d’arrêt l’ont fait redescendre à la 39e place mondiale. Il avait pourtant limité la casse durant les quatre premiers mois de compétition avec un titre à Montpellier (battant au passage Sonego et Bautista Agut) et un joli quart de finale à Monte-Carlo où il avait éliminé Zverev. Mais à partir de Roland Garros, il n’a plus réussi à remporter le moindre match.

L’autre grand blessé de cette saison se nomme Borna Coric. Le Croate avait réalisé un bon début de saison avec notamment une demi-finale à Rotterdam, mais a été contraint de se faire opérer de l’épaule dès le mois de mars : « Je souffre de douleurs à l’épaule depuis un certain temps maintenant et malgré le fait d’avoir essayé toute une gamme de techniques de récupération, il était clair qu’une solution plus permanente était nécessaire. » expliquait-il. Sauf que la rééducation a pris plus de temps que prévu et que Coric a dû faire une croix sur sa saison. Le voilà désormais 73e mondial.

Stan Wawrinka, lui aussi, a dû renoncer très tôt dans la saison. Juste après Doha, au mois de mars, il a subi une opération du pied après n’avoir remporté que trois petits matchs (contre Kukushkin, Bolt et Sousa). Malheureusement, il a dû passer une deuxième fois sur le billard au mois de juin, mettant définitivement fin à sa saison. D’autant plus qu’à 36 ans, un retour au plus haut niveau devient de plus en plus compliqué. Mais l’espoir est permis pour 2022 puisque le Suisse, pris en charge dans les infrastructures médicales du PSG, s’est montré optimiste mi-novembre. « Je suis vraiment très content, parce que j’avais besoin de ça pour pouvoir me relancer et continuer ma carrière. Je travaille quotidiennement avec les médecins du club. » Attention au retour de Stan The Man ! Ca ne sera pas pour l’Open d’Australie où il a déjà déclaré forfait.

Le prix du joueur le plus blessé revient à Kyle Edmund. Le Britannique et ancien top 15 mondial a contracté une blessure au genou avant même le début de la saison et n’a subi une intervention chirurgicale qu’au mois de mars. Après une convalescence plus longue que prévu, le demi-finaliste de l’Open d’Australie 2018 a connu une saison blanche. Sa dernière victoire remonte à fin août 2020, au premier tour de l’US Open.

 

 

Les autres joueurs cités

Parmi les autres déceptions de l’année, on peut citer Jiri Vesely, qui n’aura été réellement performant qu’au Murray River en début d’année en atteignant les quarts de finale. Si l’on met de côté le tournoi Australie, le Tchèque présente un bilan 7 victoires en 21 matchs. On attendait aussi un peu mieux d’Aljaz Bedene, qui avait montré sa capacité à performer sur toutes les surfaces par le passé, mais qui n’a pas réussi à enchaîner trois victoires de rang en 2021. Il avait d’ailleurs dû mettre un terme à sa saison mi-juillet.

Auteur d’un début de saison très poussif avec une seule victoire en l’espace de quatre tournois sur dur, Vasek Pospisil avait décidé de prendre du recul pour « faire du bien à la tête et au corps ». Probablement dans une meilleure forme mentale, cela ne s’est pas traduit par de meilleurs résultats puisque le Canadien n’a remporté que 7 des 22 matchs qu’il a disputés à partir du mois de juin et un bilan assez compliqué de 3 victoires en 13 matchs face au Top 100. Alors qu’il avait plutôt bien commencé sa saison avec des victoires sur Lloyd Harris et Marton Fucsovics au Murray River et une demie à Montpellier, Egor Gerasimov s’est complètement éteint par la suite. Lors des 27 tournois suivants, il ne va pas réussir à gagner 2 victoires consécutives. Cette saison, il n’a remporté que 13% de ses matchs contre le Top 50.

Après avoir contracté le Covid-19 au moins de mars, Guido Pella a mis beaucoup de temps à retrouver la totalité de ses capacités. « J’ai couru deux tours de terrain et j’ai eu l’impression de me noyer » racontait-il à la presse argentine. Revenu début avril à la compétition, il a enchaîné 11 défaites en 13 matchs avant de sortir la tête de l’eau à Cincinnati et de finir la saison sur une meilleure note (5 victoires en 10 matchs). Enfin, il y  a toujours Bernard Tomic au rayon des flops, ce « grand espoir » que l’on ne voit même plus sur le circuit principal (deux matchs joués cette année) et qui est redescendu au-delà de la 250e place mondiale.