WTA / Dans l'ombre du top 100

Loin des projecteurs habituellement braqués sur les meilleures joueuses du monde, elles ont réalisé une belle saison 2021 et confirmé leur progression sur ce début de saison 2022. Méconnues du grand public, les suiveurs assidus de la WTA les connaissent bien. Faisons connaissance avec ces joueuses du top 100 qui pourraient bien faire parler d'elles dans les mois à venir.

Qinwen Zheng (19 ans, Chine, 74ème)

Le tennis chinois est toujours orphelin de Li Na, unique Chinoise titrée en Grand Chelem (Roland-Garros 2011 et Open d’Australie 2014). La numéro une, Shuai Zhang, n’est même pas dans le top 50. Mais Li Na a tout de même ouvert la voie à une génération de joueuses chinoises particulièrement prometteuses, dont fait partie Qinwen Zheng. Elle n’a que 19 ans mais sa progression est exponentielle depuis 2018. Zheng a fait son entrée dans le Top 100 cette année grâce à un titre en ITF 60k à Orlando, une demi-finale à Melbourne et un 2ème tour à l’Open d’Australie. En lice cette semaine à Monterrey, elle a sorti un gros match contre Leylah Fernandez cette nuit et la Canadienne (21ème mondiale) a dû s’employer pour s’imposer : « C’était un match très difficile et très serré. Je connais Qinwen depuis les juniors, c’est une excellent joueuse et elle progresse très vite. Je suis heureuse d’avoir pu la battre et surmonter toutes les difficultés qu’elle m’a imposées dans la rencontre. Nous avons offert un grand spectacle. »

Zheng est une joueuse longiligne qui base son jeu sur un gros service (7 aces contre Fernandez) et des frappes lourdes des deux côtés. Elle présente un profil de jeu similaire à Madison Keys. Pure joueuse de fond de court, il lui reste tout de même à développer sa technique et son jeu de jambes pour atteindre son objectif d’être dans le Top 30 d’ici la fin de saison : « Je sais que c’est un défi très difficile mais je pense que mon niveau est là. Pour le moment, je dois procéder match par match, point par point. Je pense que j’ai le niveau pour être dans le top 30. Enfant, j’étais grosse et je tombais souvent malade. Alors mes parents m’ont dit de faire du sport. J’ai essayé le badminton, le basket-ball et le tennis. J’ai choisi le tennis parce que j’aimais vraiment la compétition, notamment le sentiment de battre son adversaire. Bien sûr, lorsque vous perdez, vous vous sentez triste, déprimé, vous avez l’impression que le monde s’est brisé autour de vous. Mais la compétition est ce que j’aime le plus dans le tennis. »

 

Zheng s’entraîne en Espagne avec l’ancien 65ème mondial Pere Riba : « C’est grâce à lui que j’ai progressé si vite. Mon jeu de jambes s’améliore et tactiquement, je m’adapte mieux. Je vois le jeu plus clairement. Beaucoup de gens m’ont dit que je frappais fort, mais Pere m’a inculqué beaucoup de stratégies : être plus régulière dans les échanges, plus solide et si je veux frapper fort, d’accord, mais il faut choisir la bonne balle. Il a une grande connaissance du tennis et me transmet tout son savoir, cela m’a aidé à gagner des matchs difficiles. »

Le Big 3 est une source d’inspiration pour la jeune joueuse : « Je regarde toutes les vidéos de leurs matchs. Ils sont extraordinaires. J’essaie d’apprendre d’eux. J’ai vu Rafa en practice à Melbourne… Et waouh, c’était incroyable. Je n’avais pas le courage de demander une photo, je ne voulais pas le déranger mais je veux vraiment une photo et un autographe de lui. » L’appel est lancé…

Claire Liu (21 ans, USA, 91ème)

Claire Liu est une joueuse qui a peu de repères sur le grand circuit. La joueuse de 21 ans s’est faite connaître en remportant Wimbledon Juniors en 2017 dans une finale 100% américaine face à Ann Li. Sa progression est linéaire et bien construite grâce à ses succès sur le circuit secondaire, où elle compte 3 titres ITF. Claire Liu évolue essentiellement aux Etats-Unis, où elle est régulièrement invitée depuis 2018 à jouer l’US Open. Joueuse de fond de court, elle manque de puissance dans ses frappes mais compense par un bon sens de l’anticipation qui lui donne quelques points gratuits. Son entrée dans le Top 100 est très récente mais elle compte déjà 10 victoires sur le circuit WTA dont plusieurs face au top 100 (Yastremska, Kostuyk, Linette, Hercog, Krunic). Elle pourrait faire parler d’elle cette saison.

Nuria Parrizas Diaz (30 ans, Espagne, 51ème)

A 30 ans, elle propose le meilleur tennis de sa carrière. Le nom de Nuria Parrizas-Diaz ne dit rien au grand public et pour cause, elle ne compte que deux participations en Grand Chelem et vient de signer son premier succès dans un Majeur en janvier à Melbourne. Sa fiche est même vierge de toute information sur le site officiel de la WTA. Joueuse professionnelle depuis 2011, l’Espagnole a traversé une période difficile en 2016. Classée au-delà de la 400ème place mondiale, elle semble usée par son manque de résultats et la dureté du circuit secondaire. Mais sa carrière a basculé en 2021 avec deux titres WTA 125 à Bastad et Colombus, qui lui ont permis de faire son entrée dans le Top 100 mondial.

Depuis le début de saison, la native de Grenade a poursuivi sa belle progression jusqu’à se hisser à la 47ème place mondiale. Son 3ème tour à l’Open d’Australie y est pour beaucoup : l’Espagnole est seulement stoppée par Jessica Pegula, 18ème mondiale : « Une tournée australienne très intense et exigeante s’achève pour moi mais en même temps une tournée positive où je garde en tête toutes les bonnes choses. Rien n’aurait été possible sans mon staff. Merci à eux. Je vais essayer de continuer à m’améliorer et faire de mon mieux pour tout ce qui va suivre. J’en veux encore plus. » Joueuse intelligente, elle n’hésite pas à user et surprendre ses adversaires dans des filières longues, avec des frappes pures et beaucoup de sécurité. En deux mots : ambition et maturité.

Jaqueline Cristian (23 ans, Roumanie, 65ème)

Ne vous fiez pas à son visage d’ange et son joli sourire : Jaqueline Cristian est une véritable combattante sur le court ! Son attitude joviale contraste avec son jeu, constitué de frappes puissantes en coup droit comme en revers. La Roumaine a réalisé une saison 2021 touchée par la grâce. Démarrant autour de la 150ème place mondiale, la protégée de Thomas Drouet a rallié les quarts de finale à Palerme et St-Petersbourg et les demi-finales à Cluj et Karlsruhe. Mieux, elle a atteint la finale à Linz en novembre dernier, où elle a bénéficié de deux abandons sur son parcours ! Battue par Alison Riske, son périple autrichien lui a permis tout de même d’accéder au Top 100 juste avant les fêtes de fin d’année. Cette année, Cristian a atteint le 2ème tour à l’Open d’Australie. A Doha, elle a signé la plus belle victoire de sa carrière en battant la Kazakhe Elena Rybakina, 20ème mondiale, au 1er tour. Malheureusement, elle a dû abandonner sur blessure au tour suivant contre Daria Kasatkina.

 

Panna Udvardy (23 ans, Hongrie, 83ème)

Pour le grand public, le tennis hongrois se résume assez vite à Martin Fucsovics chez les hommes, et Timea Babos chez les femmes. Les plus avertis mentionneront Zsombor Piros, Attila Balazs et Dalma Galfi. Il y aura désormais un autre nom à ajouter : Panna Udvardy. Pointant à la 352ème place mondiale en 2020, la joueuse de 23 ans a fait son entrée dans le Top 100 grâce à une excellente saison 2021. Pure terrienne, Udvardy a disputé 9 finales ITF en 2021 dont 5 titres ITF et s’est fait connaître sur le grand circuit avec ce quart de finale à Budapest en dominant Maya Sherif et Aliaksandra Sasnovich. La native de Kaposvar a conclu l’exercice à une belle 83ème place en fin de saison. En 2022, la Hongroise a réalisé son baptême du feu en Grand Chelem en jouant son premier match face à Victoria Azarenka au 1er tour de l’Open d’Australie (défaite 6-3, 6-1). Son point fort est le revers à deux mains : bien en place, elle trouve toutes les zones du court avec une certaine aisance. Son coup droit très lifté a gêné de nombreuses joueuses sur terre battue. Mais elle a encore une marge de progression sur sa lecture du jeu et son jeu de jambes.