WTA : Iga Swiatek, une graine de championne

Son titre à Indian Wells la semaine dernière a propulsé Iga Swiatek à la deuxième place mondiale. Trois jours plus tard, l'annonce de la retraite de la numéro une Ashleigh Barty pourrait permettre à l'ambassadrice de Tecnifibre de prendre la couronne mondiale. Retour sur son parcours, son éclosion et projection sur le futur proche de la Polonaise, âgée seulement de 22 ans.

2016-2019, l’éclosion au plus haut niveau

La Polonaise doit sa réussite à son audace d’intégrer le circuit pro rapidement. A 14 ans, premier titre remporté en 2016 sur le circuit ITF du côté de Stockholm. Elle obtient donc son premier classement WTA en se hissant à la 847ème place mondiale. Il faut savoir qu’il existe une limitation du nombre de tournois professionnels pour les jeunes joueuses, ce qui l'empêche à l'époque de monter plus haut au classement.

Iga a su bien choisir ses tournois pour obtenir des titres et monter au classement malgré tout à vitesse grand V. En 2017, elle décroche deux nouveaux titres de catégorie 15 000$ à Bergamo en Italie et Gyor en Pologne. L’année 2018 aurait été un tournant dans son ascension avec ce premier titre majeur en junior à Wimbledon où elle s’impose face à des joueuses comme Clara Burel, Xinyu Wang ou encore Emma Raducanu.

Le circuit junior reste bien secondaire à cette époque. Elle continue sur sa lancée pour continuer d’engranger les titres sur le circuit ITF au nombre de quatre cette année-là. Deux tournois d’une catégorie 60 000$ du côté de Budapest et Montreux sur sa surface de prédilection, la terre battue.

L’année 2019 signe ses débuts sur le circuit WTA. Son objectif principal depuis son plus jeune âge. Peu connue du grand public, elle continue de faire ses gammes dans l'ombre. Elle atteint le second tour de l’Open d’Australie, les huitièmes de finale de Roland-Garros. A Lugano au mois d’avril, elle atteint sa première finale dans un tournoi WTA.

 

2020, la confirmation d’un immense talent

Alors que 2020 est associé avec l’arrivée du Covid-19, c’est aussi l’année où Iga Swiatek a brillé sur le circuit WTA avec un huitième de finale à l’Open d’Australie ou encore un troisième tour à l’US Open.

Son éclosion aura finalement lieu à Roland-Garros au mois de septembre. La Polonaise décroche le titre suprême dans un parcours impressionnant sans perdre le moindre de set. Une maturité et une agressivité dans le jeu invraisemblable. La terre battue est sa surface de prédilection avec son lift de coup droit et une prise très fermée accompagnée d’une grande marge de sécurité. Dotée d’une excellente main, elle nous délecte de splendides amortis avec son revers.

Du haut de ses 19 ans, elle a écrit l’histoire du tennis polonais en devenant la première polonaise à remporter un tournoi du Grand Chelem. De plus, elle devenait la plus jeune championne depuis 1990 et la victoire d’une certaine Monica Seles (16 ans, 6 mois).

La protégée de Piotr Sierzputowski depuis 2016 n’arrivait pas de nulle part avec une constante progression au fil des années sur le circuit ITF comme sur le circuit junior. Son entraineur y est pour beaucoup dans l’acheminement de sa protégée. Il a su mettre en place un excellent cadre afin de l’aider au mieux sur le plan tennistique, physique et mental dès 2016. Il a été nommé coach de l’année après le sacre de sa joueuse. Une distinction qui n’est pas un hasard et même impressionnante pour un jeune coach de 29 ans.

Une autre personne au sein de son staff a joué un rôle primordial lors de son sacre à Roland-garros :

Daria Abramowicz, Spécialisée dans la psychologie du sport et de la performance, elle va jouer un rôle important dans la nouvelle dimension prise par la joueuse. Son objectif depuis 2019 était de permettre à Iga de mieux se connaître elle-même, « de façon à ce qu’elle sache prendre elle même la décision de se reposer, par exemple. »

Sur le court, l’apport de Daria Abramowicz se manifeste notamment pendant les temps morts. « Vous pouvez probablement le voir dans sa façon d’aborder les changements de côté », a-t-elle fait remarquer. « Par sa manière de respirer, ou de faire d’autres exercices. Et, entre les points, vous pouvez remarquer sa manière de tourner le dos au match, réfléchir un peu et respirer. »

 

2021, une saison de transition

Iga Swiatek est donc attendue au tournant sur les grands évènements pour cette année 2021 . Quoi de mieux pour lancer sa saison qu’un nouveau titre. Pendant la tournée australienne, la récente gagnante de Roland-Garros montre son aisance aussi sur dur.

Un titre remporté avec la manière du côté d’Adélaïde dans un WTA500. Un nouveau tournoi sans perdre le moindre set en battant des joueuses comme Danielle Collins, Jil Teichmann ou encore Belinda Bencic. Une preuve de plus qu’elle peut performer autant sur dur que sur terre battue.

Au cours de cette année, elle remporte son premier WTA 1000 en carrière à Rome en infligeant en finale un sévère 6/0 6/0 à la joueuse Tchèque et membre du top 10, Karolina Pliskova. Iga Swiatek continue de franchir les étapes. Après ce titre, elle va livrer l’un des secrets de son travail sur l’aspect mental : « Pendant les changements de côté, je me suis visualisée en train de recommencer le match à partir de zéro à chaque fois », avait-elle expliqué. « Je l’ai tellement bien fait, je ne savais même pas que j’avais gagné le premier set 6-0. Quand j’ai demandé le score à mon coach à la fin, il m’a dit 6-0, 6-0 et je lui ai répondu : ‘Vraiment ? Tu ne te trompes pas ?’ Je crois que j’étais vraiment en très bonne forme mentalement. »

 

« Avec Daria, je fais beaucoup de travail mental, des choses simples que nous intégrons à mon entraînement et que j’essaie de reproduire en match », avait-elle ajouté. « J’ai toujours été ouverte au travail mental, pour progresser. Comme Djokovic l’a dit une fois : tous les joueurs ont de très bons coups droits, de très bons revers et sont solides physiquement ; mais deviendra champion celui qui sera le plus fort mentalement. »

 

Une force mentale qui lui permettra d'enchaîner 5 participations consécutives en deuxième semaine de Grand Chelem entre fin 2020 et fin 2021. Une fin d’année sous le signe de la consécration avec cette qualification pour le Masters de fin d’année du côté de Guadalajara. Une compétition où se rassemble les huit meilleures joueuses du monde sur l’année en cours.

Une compétition qui ne s’est pas déroulée comme elle l’espérait. Eliminée dès la phase de poule avec deux défaites (Sabalenka, Sakkari) et une victoire (Paula Badosa). Une Polonaise qui finira même en pleurs sur le court lors de son match face à Maria Sakkari : « J’étais juste frustrée et triste de ne pas pouvoir surmonter le stress. Je continue à oublier que j’ai encore le temps d’apprendre à le faire parce que jouer les WTA Finals me donne l’impression d’en savoir beaucoup sur le sport, ce qui n’est peut‐être pas toujours vrai parce que je n’ai pas encore été dans beaucoup de situations dans ces moments‐là. Quand j’oublie que c’est nouveau pour moi, c’est normal de perdre quelques matchs à cause du stress. Pour moi, j’ai l’impression que c’est un gros problème et j’ai un peu honte que mon niveau soit comme ça. Donc je me sentais juste assez triste. J’étais vraiment stressée et c’était difficile pour moi de comprendre parce que je jouais plutôt bien aux entraînements. Quand je me suis fait breaker dans le premier set, mon état d’esprit a totalement changé. Je me suis en quelque sorte rappelée comment c’était à Ostrava et à Roland‐Garros quand Sakkari m’avait battue et j’ai eu des flashbacks de ces matchs. »

2022, objectif numéro une mondiale ?

Pour cette nouvelle saison, Iga Swiatek veut voir grand et faire encore mieux. Elle prend la décision de se séparer de son coach Piotr Sierzputowski après 5 ans de collaboration : « J'ai compris que parfois, dans notre vie professionnelle, il fallait faire des changements pour mieux se développer, pour évoluer, et rencontrer d'autres personnes avec lesquelles va se créer une nouvelle coopération pour les étapes suivantes de son développement ». Des paroles dignes d’une joueuse qui a la tête sur les épaules et qui veut réussir encore plus.

Quel est le fameux coach qui va donc prendre la relève de celui qui lui a permis de gagner Roland-Garros en 2020 et de se qualifier aux Masters de Guadalajara en 2021. Ce n’est autre que Tomasz Wiktorowski. L’ancien coach d’une ancienne gloire du tennis féminin polonais, Agnieszka Radwanska.

En 2011, Il n'a fallu que six mois à Tomasz Wiktorowski pour faire de Radwanska l'une des meilleures joueuses du monde en remportant trois titres (Miami,Tokyo, Pékin) et une qualification au Masters de fin d’année à Istanbul. De 2012 à 2016, l’ex n°2 mondiale n’avait quitté que quelques semaines le top 10 au cours de ces 5 années avec un total de 16 titres remportés.

Ce début de collaboration semble tout aussi fructueux en ce début de saison. La Polonaise souhaitait retrouver son jeu agressif et offensif qui faisait sa force en 2020 lorsqu'elle avait triomphé à Paris. Les effets sont ressentis dès les premiers tournois disputés. Une tournée australienne impressionnante avec deux demi-finales du côté d’Adelaïde dans un WTA500 et à l’Open d’Australie. Puis est venu la tournée au Moyen-Orient avec une défaite au second tour face à la gagnante du tournoi Jelena Ostapenko. La Polonaise avait eu une balle de match puis avait servi pour le match avant de s’incliner. Depuis cette défaite, elle est invaincue. 10 rencontres marqués par ces deux titres en WTA 1000 à Doha et Indian Wells.

Dans le désert californien, elle a tout simplement impressionné. Après un début de tournoi timide, la machine s’est mise en route pour dominer Angéliquer Kerber, Simona Halep ou encore Maria Sakkari en finale : « Cela fait plus d'un jour que j'ai gagné l'Open BNP Paribas et il est toujours difficile de décrire à quel point celui-ci est important pour moi et surtout la manière dont je l'ai remporté dans des conditions totalement différentes qu'à Doha, avec la chaleur et un air sec, la fatigue et toute la concentration nécessaire pour gérer l'environnement du tournoi. J'ai l'impression qu'au cours de ces deux dernières semaines, je suis devenue une meilleur joueuse et c'est ce dont je suis le plus heureux. Mon travail acharné porte ses fruits et je sais que j'ai choisi le bon chemin, même s'il y aura encore des hauts et des bas ainsi que des surprises en cours de route. Je tiens à remercier mon staff, mes supporters et ceux qui regardent. J'espère qu'en ces temps difficiles, mon tennis vous procure un peu de joie et de lumière… Et maintenant, avant de reprendre le travail et de préparer le prochain tournoi, c'est l'heure d'une journée de repos bien méritée. Je tiens aussi à féliciter Maria, car chaque match contre elle est une grande bataille. Et je sais que nous avons déjà commencé une rivalité plutôt cool, et je pense que ça va durer encore dix ans, donc ça va être excitant. Et je suis sûr que nous allons jouer beaucoup de finales encore. Aujourd'hui c'était assez fou à cause des conditions… Au début du tournoi, je parlais avec mon entraîneur et je me disais, d'accord, peut-être que dans quelques années, je saurais comment jouer ici et comment m'adapter aux conditions. Finalement, il m'a fallu une semaine. Je suis vraiment bouleversée et honnêtement, mon esprit est époustouflé. »

Iga Swiatek a su retrouver cette agressivité et cette puissance de frappes qui faisait sa grande force en 2020. Ses statistiques en retour sont vraiment impressionnantes en à peine 3 mois de compétition. Elle a gagné 53.5% de ses jeux de relance en 23 matchs disputés. Elle est donc la joueuse qui a pris le plus souvent le jeu de service de ses adversaires.

Où va-t-elle s’arrêter ?

Le Bilan de cette jeune joueuse de 20 ans est juste impressionnant avec 5 finales jouées pour 5 titres :

·        Indian Wells 2022

·        Doha WTA1000 2022

·        Rome WTA1000 2021

·        Adelaïde WTA500 2021

·        Roland-Garros 2020

 

On sait aujourd’hui qu’elle a le champ ouvert pour atteindre la place de numéro 1 mondiale avec la retraite anticipée d’Ashleigh Barty qui pourrait même décider de se retirer du classement WTA et offrir donc le trône à la Polonaise. Mais en attendant, elle compte 1200 points de retard qui pourrait déjà se combler en partie à Miami où elle n'a qu'un 3ème tour à défendre. Ca sera également le cas à Madrid mais elle perdra ensuite les 1000 points de son titre à Rome et devra tenter de faire mieux qu'un quart de finale Porte d'Auteuil où elle s'était arrêté il y a un an. Connaissant son appétence pour l'ocre, sa saison 2022 sur terre battue devrait être impressionnante si elle parvient à maintenir le niveau de jeu affiché depuis le début de saison (20 victoires pour 3 défaites).

Interviewée par L'Equipe, Iga Swiatek avoue désormais son objectif d'être la numéro une : « Pour moi, ce serait très spécial d'être n°1 mondiale. Je n'avais jamais pensé que, si ça se passait, ça allait se passer de cette manière. Après Indian Wells, c'est devenu mon but. C'est plutôt bizarre que ce soit mon but depuis deux jours et que ça puisse se passer aussi vite (rires). On va attendre qu'elle en parle. »